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Accord commercial Inde-UE : quelles sont les filières agricoles où l’Inde est compétitive ?

Alors que les négociations entre l’Inde et l’Union reprennent en vue de la signature d’un accord bilatéral de libre-échange, quels sont les risques pour le secteur agricole ? Viande bovine, œufs, produits laitiers, sucre, dans quelle mesure l’Inde pourrait exporter ces produits vers l’Union européenne ? 

Drapeau union européenne et indiens sur des conteneurs dans un port
La balance commerciale de l’UE à 27 avec l’Inde pour les biens agricoles est structurellement déficitaire.
© Généré par l'IA

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a confirmé, en Inde fin février, sa volonté de voir les négociations concernant l’accord de libre-échange entre les deux puissances se conclure en 2025. Démarrées en 2013, les négociations avaient été relancées en 2022 avec un objectif de conclusion en 2023. Mais la situation géopolitique mondiale, qui pousse l’UE à assurer de nouveaux partenariats commerciaux, pourrait accélérer la manœuvre.

 

 

Quels sont les produits agricoles échangés avec l'Inde actuellement ?

L'Union européenne importe café, thé, cacao et épices, riz, tourteaux de soja et produits bio en provenance d'Inde. A l'inverse, l'Inde achète auprès de l'UE des produits laitiers, des pommes et des poires, selon une étude de 2022.

Lire aussi : L’Asie, un poids lourd méconnu du bio

 

Un marché indien protectionniste

L’Inde est un marché particulièrement attractif, mais aussi complexe, notamment pour les vins et spiritueux qui font l’objet de droits de douane élevés et de mesures non tarifaires. C’est un bassin de consommation qui dépasse 1,4 milliard d’habitants dont les revenus sont très disparates. L’Inde a fait de certains secteurs agricoles des intérêts offensifs comme la viande bovine par exemple. D’autres secteurs sont clairement défensifs et le positionnement de plusieurs autres secteurs reste incertain, expliquent Abcis et l’ARTB, dans une étude réalisée pour le ministère de l’Agriculture en janvier 2024. 

Lire aussi : Accords de libre-échange de l’UE : quels seront les gagnants et les perdants dans l’agriculture et l’agroalimentaire

 

Des droits de douane élevés pour les produits agricoles

En 2020, la moyenne pondérée des taux des droits de douanes appliqués en Inde, tous produits confondus était de 6,19 % contre 5,48 % en Corée du Sud et 2,47 % en Chine. Mais plus d’un quart des droits est supérieure à 10 % et ces droits élevés ont progressé ces dernières années. Les droits de douanes les plus élevés sont ceux appliqués aux produits des industries alimentaires, boissons et tabacs à 45,3 %, aux graisses et huiles (45,1 %), aux produits végétaux (36,6 %) et aux animaux vivants et produits animaux (30,2 %). Certains produits particuliers sont mêmes soumis à des conditions plus sévères : les viandes et préparation de poulet et poules font même l’objet d’un droit ad valorem de 100 % ; les poudres de lait sont soumises un droit de 60 %, les laits infantiles à des droits de 30 à 50 %. 

Une balance commerciale négative pour l’UE

La balance commerciale de l’UE à 27 avec l’Inde pour les biens agricoles est structurellement déficitaire. En moyenne entre 2012 et 2021, elle était déficitaire d’environ 2,5 milliards €, dont 680 millions € pour les animaux vivants et produits animaux, 1,2 milliard € pour les produits végétaux, 165 millions € pour les graisses et cires et 425 millions € pour les préparations alimentaires, boisson, spiritueux, vinaigre et tabac.

 

Viande bovine : l’Inde ne semble pas pouvoir accéder au marché UE

L’Inde structure ses exportations de viande bovine, constituées de carabeef très compétitif sur le marché mondial. Les principaux acheteurs sont le Vietnam, l’Arabie saoudite, l’Irak, les émirats arabes unis, la Jordanie, Oman, les Philippines, Hong Kong, l’Ouzbékistan, et Singapour. Le gouvernement indien travaille au développement des exportations de viande du pays et à l’ouverture de nouveaux marchés. L’UE n’importe toujours pas de viande indienne pour des raisons sanitaires. Il n’existe pas de système de traçabilité obligatoire en Inde même si des initiatives sont en cours. L’Inde n’importe pas de viande bovine. 

 

En lait, des exports de dégagements

Moins de 1 % de la production laitière de l’Inde est exportée, principalement pour du dégagement, des poudres, 35 à 40 000 tonnes au maximum, avec une qualité insuffisante pour le marché européen, d’autant plus que les prix ne sont pas avantageux. Néanmoins elle peut développer ses exportations de spécialités, paneer et ghee, pour la diaspora. L’Inde vise avant tout à satisfaire son marché intérieur. Les importations sont pour l’heure très protégées et l’Inde n’importe principalement du lactose pour la fabrication de médicaments, notamment auprès des Pays-Bas et des États-Unis. Actuellement, l'Inde achète aussi un peu de lactosérum à la France et de fromages italiens.

A noter, les exportations indiennes de produits laitiers ont plus que doublé entre 2023 et 2024 en équivalent lait. Quand le marché mondial des produits laitiers se tend et que les prix flambent, les pays acheteurs les plus sensibles au prix se tournent vers l'origine Inde. Ce sont ainsi les envois de poudre de lait écrémé vers le Bangladesh qui ont affiché la plus forte croissance. On note aussi la hausse de 300 % des envois de beurre, notamment vers le Bahreïn et les autres marchés du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. 

 

En œufs, l’Inde a du potentiel export

L’Inde exporte des ovoproduits, plus de 77 900 téoc en 2022, plaçant l’Inde au 4ème rang des plus grands exportateurs d’œufs coquille et ovoproduits derrière la Turquie, les Pays-Bas et les États-Unis mais devant la France qui occupe désormais le 5ème rang. Parmi les principaux partenaires, on retrouve Oman, les Maldives, les Émirats arabes unis et le Qatar. A noter que le principal fabricant d’ovoproduits secs en Inde, Eggway, est une filiale du français Igreca.

 

En poulet, pas d’envois… pour le moment

L’Inde exporte somme toute peu de poulet et présente une compétitivité limitée. Néanmoins, une libéralisation de certaines lignes tarifaires, notamment celles concernant les désossés de poulet, pourrait susciter l'intérêt de grands acteurs asiatiques du secteur, toujours selon l'étude d'Abcis.

 

La filière sucre européenne communique ses inquiétudes 

L’Inde est passée de grand importateur à exportateur de sucre en 2018. La filière est très subventionnée pour maintenir des emplois ruraux. 

« Un accès au marché additionnel pour le sucre indien viendrait mettre de l’huile sur le feu »

Dans un communiqué publié le 6 mars, l’association européenne des industriels du sucre (CEFS) et la confédération internationale des betteraviers (CIBE) expriment leur opposition à « toute concession supplémentaire sur les importations de sucre en provenance d’Inde ». Pour justifier leur position, ces deux organisations mettent notamment en avant une filière sucrière indienne « lourdement subventionnée », dont le régime a été condamné à plusieurs reprises à l’OMC pour distorsion des marchés mondiaux du sucre. « Un accès au marché additionnel pour le sucre indien viendrait mettre de l’huile sur le feu », analyse Marie-Christine Ribera, directrice générale du CEFS, alors que les prix du sucre blanc ont baissé de 35 % en un an dans l’UE.

 

Des distorsions de concurrences très importantes

L’Inde ne possède pas de législation équivalente à celle de l’Union européenne pour la préservation de l’environnement, notamment de l’eau et la gestion des effluents. Le bien-être animal ne fait pas l’objet non plus de dispositions contraignantes, que ce soit en élevage ou pour le transport.

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