Lactosérum : la France, leader européen, risque de perdre du terrain sur le marché mondial
Le marché mondial du lactosérum a explosé au début de la dernière décennie mais semble avoir atteint un pic. Le débouché de la nutrition animale recule mais les échanges de WPC se sont fortement développés depuis 2010, indiquant une tendance vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Mais les fabrications françaises sont limitées.
Le marché mondial du lactosérum a explosé au début de la dernière décennie mais semble avoir atteint un pic. Le débouché de la nutrition animale recule mais les échanges de WPC se sont fortement développés depuis 2010, indiquant une tendance vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Mais les fabrications françaises sont limitées.
Le marché mondial du lactosérum a connu des changements significatifs au cours des dernières années. Les exportations mondiales ont augmenté de 42,2% entre 2010 et 2023, atteignant un pic en 2021 avec près de 1,85 million de tonnes exportées. Cependant, le rythme de croissance des exportations a ralenti depuis 2013, avec des baisses notables en 2015, 2019, 2022 et 2023, c’est le bilan que dresse FranceAgriMer dans une note parue cette année.
L’Union européenne et les États-Unis dominent le marché mondial du lactosérum
L’Union européenne et les États-Unis représentent 70 % du marché mondial du lactosérum. Ce sont en effet les principaux bassins de production du fromage dont le lactosérum est un coproduit. En UE, même si l’Allemagne est le premier fabricant de fromages, c’est la France qui produit le plus de lactosérum, mais le poids de la France a beaucoup reculé sur la dernière décennie avec une production de poudre de lactosérum en chute de 32 % entre 2010 et 2023.
La Biélorussie s’impose sur le marché
Un nouvel acteur s’est installé sur le marché mondial du lactosérum ces vingt dernières années, c’est la Biélorussie, qui ne transformait pas son lactosérum au début des années 2000, et qui le fait en intégralité dorénavant. La Biélorussie serait ainsi devenue le troisième exportateur mondial de poudre de lactosérum en 2022, avec un peu plus de 130 000 tonnes. Très dépendante du débouché russe à l’origine, la Biélorussie a su diversifier ses clients, avec environ 40 % de ses envois qui partent désormais en Chine.
Lire aussi : Produits laitiers : les FFMP, poids lourd mal connu du marché mondial
La Chine demeure le principal importateur mondial de lactosérum
Les acheteurs de lactosérum sont globalement asiatiques, avec la Chine qui pèse 20 à 35 % des achats sur les vingt dernières années. En 2023, la Chine compte pour 36 % des importations mondiales de lactosérum.
2000 | 2010 | 2015 | 2021 |
Chine | Chine | Chine | Chine |
Mexique | Indonésie | Russie | Indonésie |
Japon | Mexique | Indonésie | Malaisie |
La Chine produit assez peu de fromage, ce qui la pousse à devoir importer du lactosérum pour l’alimentation animale (porc) et humaine (produits pour seniors et sportifs et poudres infantiles). Entre 2010 et 2023, les importations chinoises de lactosérum ont plus que doublé (+ 130 %).
Néanmoins le pays se tourne de plus en plus vers les WPC ou même les perméats, issus de la production des WPC. Ce type de produit présente en effet l’avantage de pouvoir être recomposé, à l’inverse de la poudre de lactosérum classique. L’importation de ce type de produit permettrait donc l’utilisation dans la composition de poudres infantiles sous marque chinoise.
Lire aussi : Poudre de lait infantile : la France perd des parts en Chine
Des débouchés historiques qui stagnent
Les importations de l’Indonésie (autour de 130 000 tonnes) et de la Malaisie (85 à 90 000 tonnes) stagnent depuis cinq ans, après avoir bondi dans les années 2010. L’Europe y détient le plus de parts de marché.
Les importations japonaises sont légèrement baissières, mais moins tenues par les États-Unis. Celles du Mexique reculent aussi, ce qui engendre un redéploiement des marchandises américaines.
Lire aussi : Produits laitiers : Pourquoi l’Amérique du Sud a loupé le coche du grand export
Du potentiel au Vietnam et dans les Philippines
FranceAgriMer n’identifie que deux marchés en croissance, le Vietnam et les Philippines. Dans ces deux pays, la part de marché de la France est pourtant limitée, respectivement 2,1 % 5 %, les États-Unis dominant.
Moins de lactosérum pour la nutrition animale
Le lactosérum est un produit clé de la ration des veaux de boucherie. Néanmoins, la production recule en France, avec une baisse des abattages de 20 % en 10 ans. Le lactosérum est aussi utilisé dans l’engraissement de porc, en particulier dans les rations 1er âge (post-sevrage), mais là aussi le cheptel recule, de 11 % en 10 ans.
La demande décolle pour le WPC
Le WPC80 est un concentré de protéines sériques (Whey Protein Concentrate) contenant environ 80% de protéines.
Le WPC, une meilleure valorisation du lactosérum
Il s'agit d'une forme plus concentrée de protéines de lactosérum obtenue par ultrafiltration et séchage du lactosérum liquide. Le WPC80 représente une valorisation plus avancée du lactosérum par rapport à la simple poudre de lactosérum, reflétant l'évolution du marché vers des produits plus sophistiqués et à plus forte valeur ajoutée. Il est ainsi largement utilisé dans les compléments alimentaires pour sportifs, les barres protéinées, les boissons nutritives et certains produits alimentaires enrichis en protéines. Aux États-Unis, la hausse de la production de fromage (+35 % entre 2010 et 2022) ne s’est pas accompagnée d’une hausse de production de lactosérum, au contraire, mais ce sont le WPC qui progressent.
Lire aussi : Lait : durabilité ou autosuffisance, deux visions s’affrontent au Sommet mondial du lait
En France, peu de site de production de WPC
En parallèle à la baisse de production de la poudre de lactosérum en France, la production de concentré de protéines sériques, les WPC, semble se développer, mais le nombre d’acteurs est encore très restreint (moins d’une dizaine de sites). Pourtant, mieux valoriser en WPC est une nécessité alors que les coûts de séchage augmentent.
Lire aussi : Lait : aux États-Unis les laiteries de plus en plus en compétition entre elles
La France n’a exporté que 10 000 tonnes de WPC en 2023, dont 7 000 t vers l’UE. L’Allemagne en a exporté en revanche 40 000 t. Alors que le marché chinois est de plus en plus tourné vers ces produits ; ce sont donc les États-Unis et l'Allemagne qui ont l’avantage sur ce marché.