Volaille : comment le modèle ukrainien des méga-fermes s’introduit en Europe
L’inquiétude des aviculteurs croates, qui pourrait toucher tous les aviculteurs de l’UE, était portée au Parlement européen à Bruxelles le 11 avril dernier par Drazen Curila, président du comité avicole de la Chambre d’agriculture Croate, lors du symposium organisé par l’ENAJ, le réseau européen des journalistes agricoles.
L’inquiétude des aviculteurs croates, qui pourrait toucher tous les aviculteurs de l’UE, était portée au Parlement européen à Bruxelles le 11 avril dernier par Drazen Curila, président du comité avicole de la Chambre d’agriculture Croate, lors du symposium organisé par l’ENAJ, le réseau européen des journalistes agricoles.
« Nous avons peur que l’aviculture familiale croate ne soit totalement rayée de la carte » estime Drazen Curila. Président du comité avicole de la Chambre d’agriculture croate et producteur d’œufs, il participait au symposium organisé par l’ENAJ (association européenne des journalistes agricoles) sur les modèles agricoles dans l’UE de demain, le 11 avril dernier au Parlement Européen à Bruxelles.
« Nous avons peur que l’aviculture familiale croate ne soit totalement rayée de la carte »
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Le géant de la volaille ukrainien MHP s'installe en Croatie
Depuis son entrée dans l’UE, la Croatie a progressé pour atteindre une autonomie de 90% en volaille de chair comme en œufs sur un modèle avicole familial, la majeure partie des fermes possédant un ou deux bâtiments. Mais, il y 6 ans, le groupe MHP a commencé à opérer de Croatie en rachetant des entreprises et a commencé à prendre des positions assez fortes, perturbant le marché national. Désormais il envisage de construire des installations bien plus importantes sur trois sites, dans une région croate qui a subi un important tremblement de terre il y a 4 ans et qui est depuis restée désertée par les habitants. « Outre MHP, nous entendons aussi parler d’un second projet de méga fermes, portée par PCC, une compagnie qui n’a rien à voir pour l’instant dans l’agriculture mais dans les casinos » ajoute Drazen Curila.
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Des méga-fermes qui ne bénéficient pas à l'emploi local
Actuellement le pays produit 45 millions de poulets de chair par an alors que les deux méga projets y ajouteraient 190 millions de plus pour le marché d’exportation. « Ils prétendent qu’ils donneront du travail à des Croates, mais je sais que c’est impossible car nous avons déjà du mal à trouver de la main d’œuvre locale et il existe un flux de travailleurs en provenance des Philippines, d’Inde ou du Népal. De plus, dans le plan de ce méga projet il existe un plan pour construire des logements pour 3000 travailleurs, qui viendront donc principalement du Népal ou d’Inde » estime le responsable.
« Il existe un plan pour construire des logements pour 3000 travailleurs, qui viendront donc principalement du Népal ou d’Inde »
« Les petits fermiers ne pourront jamais lutter. Pourtant, ils s’inscrivent dans le modèle européen de fermes familiales mais ont souvent de gros emprunts à rembourser ? Impossible pour eux donc d’entrer en concurrence les méga projets qui privilégient une intégration verticale totale de l’aliment pour les animaux aux produits finis » poursuit-il.
« Les petits fermiers ne pourront jamais lutter. »
Des millions de dollars issus de fonds européens
Gert-Jan Oplaat, président de l’Avec (association européenne des transformateurs et du commerce de la volaille), était présent à la même table ronde lors du symposium ENAJ du 11 avril. Il est vent debout contre l’arrivée du modèle ukrainien dans l’UE. « Le modèle de méga fermes que les opérateurs ukrainiens proposent est opposé non seulement aux demandes des citoyens mais aussi au green deal » estime t-il.
« Le modèle de méga fermes est opposé non seulement aux demandes des citoyens mais aussi au green deal »
Surtout que des financements européens seraient mobilisés pour ces investissements. « C’est une très mauvaise nouvelle pour tous les producteurs de volailles dans l’ensemble des pays de l’UE car ils envisagent d’investir 592 millions de dollars, financés par des fonds européens, une concurrence déloyale s’inquiète Gert-Jan Oplaat.
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