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Année 2 de la loi Egalim
Des revalorisations contrastées pour les producteurs laitiers

Pour sa première année d’application, la loi Egalim a eu des effets positifs, mais parfois limités, sur le revenu des éleveurs laitiers. Des progrès sont attendus pour les négociations 2020.

© Андрей Яланский - stock.adobe.com

Après la « charte de valeurs » proposée par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) fin 2016, la loi Egalim a permis de davantage concrétiser la problématique de la revalorisation du revenu des agriculteurs, selon le syndicat agricole. En moyenne, l’augmentation du prix du lait payé au producteur (prix de base 38/32) a été de 10,27 euros les 1 000 litres entre septembre 2018 et 2019, estime la FNPL. « Nous sommes sur la bonne voie », commente Thierry Roquefeuil, président du FNPL. « En comparant avec nos voisins allemands, globalement présents sur les mêmes marchés que nous, le prix payé aux producteurs français est en moyenne 20 euros supérieur pour 1 000 litres. Cela montre qu’un travail a été effectué sur le marché intérieur », poursuit-il.

20 euros de plus que nos voisins allemands

Destinés à assurer une meilleure rémunération des producteurs, les accords tripartites entre producteurs, transformateurs et distributeurs se sont multipliés. Plus courant sur les produits issus du lait de vache, les acteurs à l’instar de Bel, l’APBO (800 producteurs) et Intermarché se sont organisés deux à deux pour revaloriser le prix du lait payé au producteur et des produits vendus en magasin. La filière caprine a, quant à elle, accueilli ses deux premiers accords de revalorisation au début du mois de février. Établis entre Intermarché/Netto et Eurial (600 producteurs), puis entre Envergure (U Enseigne - Carrefour) et Eurial, ils permettent de revaloriser le prix du lait aux producteurs à hauteur de 749 euros les 1 000 litres (soit +40 euros), toutes primes comprises. « C’est une première marche nécessaire pour atteindre notre objectif de prix moyen annuel de 790 euros les 1 000 litres », commente Jacky Salingardes, président de la Fédération nationale des éleveurs de chèvres (Fnec).

Cependant, si les accords fleurissent, ils restent rares et concernent directement moins de 2 000 exploitations sur les 58 000 existantes, selon la FNPL.

Plusieurs facteurs expliquent les écarts

En observant sur une période de douze mois glissants, la FNPL a montré le niveau de prix payé au producteur et l’évolution sous l’effet de la loi Egalim était disparate selon les entreprises (voir graphique ci-contre). Des écarts existent en raison de plusieurs facteurs autres que les EGA tels que le mix produit, la présence sur les marchés internationaux, la stratégie d’entreprise et les coûts de structure. « Pour une PME valorisant la majeure partie de ses produits en France, l’effet pour le producteur sera plus important que dans une grande entreprise comme Sodiaal où il sera davantage dilué », commente Thierry Roquefeuil.

L’élément bloquant est souvent l’industriel

Si Bel a commencé son travail de revalorisation du prix du lait dès 2018 et est aujourd’hui l’entreprise qui paye le mieux les producteurs, d’autres ont du mal à s’y atteler. C’est le cas de Danone jugé par certains comme peu transparent sur les prix pratiqués auprès des producteurs. Et ce, alors que son directeur général des produits frais coprésidait un atelier des EGA sur la manière de « rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs ». Pour cette raison, Lidl s’apprête à exclure de ses 1 500 magasins l’ensemble des produits du groupe en mars (cf p. 13). « L’élément bloquant est souvent l’industriel. Nous avons encore du travail pour que certains acteurs acceptent de laisser une place aux producteurs », affirme Thierry Roquefeuil.

Contacté par Les Marchés Hebdo, le médiateur des relations commerciales agricoles relève ainsi que le point le plus conflictuel dans l’application de la loi Egalim est le niveau de couverture des coûts des productions agricoles par les tarifs proposés et négociés par les distributeurs et la transparence de la retombée aux producteurs. L’instance est d’ailleurs de plus en plus saisie par les acteurs de la filière, notamment à l’aval.

Les producteurs laitiers espèrent que les coûts de revient seront mieux pris en considération dans les contrats maintenant que la Commission européenne a validé les indicateurs du Cniel. La fin des négociations, prévue le 1er mars, permettra de dresser un bilan des réels engagements des acteurs.

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