Compétitivité : la volaille française remonte dans le classement mondial
L'édition 2016 de la veille internationale de FranceAgriMer sur la volaille montre un recul des faiblesses économiques de la filière française en 2015, selon la notation du cabinet d'études AND International rendue publique au Space.
La filière française de la volaille de chair gagne en compétitivité. C'est ce que laisse voir la « veille concurrentielle » des principaux pays producteurs, dont l'édition a été présentée par AND International et FranceAgriMer au Space de Rennes. Depuis trois ans, le cabinet d'études AND me-sure les coûts de production mais aussi d'autres facteurs de compé-titivité. Ce sont les « conditions macroéconomiques et naturelles» du marché intérieur, des parités monétaires, des matières pre-mières à disposition, etc. ; les « entreprises », leur dynamisme, la solidité des entreprises ; les « aspects institutionnels » regroupant les réglementations, soutiens, organisations et enfin le « portefeuille de marchés » mesurant les débouchés possibles et capacités de marketing.
AND classe les grands pays producteurs de volailles en leur attri-buant des points. Le facteur des coûts de production est celui qui donne le plus de points ; celui qui pèse le plus dans le score de chaque pays. Suivent la « dynamique des entreprises », le potentiel de production et les capacités à conquérir les marchés. Moyennant ce système de notation, la France a progressé dans le classement international depuis trois ans. En 2013, la volaille nationale se situait en 13e place derrière l'Allemagne, en 2014 à la 11e derrière le Chili. En 2015, elle s'est hissée à la 10e place, certes encore derrière l'Allemagne.
Prémices de l'influenza aviaire
Dans un contexte international de baisse du coût des grains, le coût de production du poulet standard vif apparaît à 91,90 euros/kg en 2015, contre 102 euros/kg en 2013. Ce coût du vif est compara-ble dans les pays de l'Union européenne (la Pologne se distinguant avec 86,30 euros/kg). La France trahit en revanche un rendement moindre en filets de poulet dans une analyse centrée sur l'UE, avec un surcoût de 1 euro/kg de filet. L'année 2015 a été celle de l'inté-gration par LDC de la branche volaille d'Avril et d'Agrial, ainsi que de Drop en Pologne.
Sur le plan macroéconomique, la France a bénéficié en 2015 du fléchissement de l'euro face au dollar américain en 2015, mais a souffert du raffermissement de la monnaie européenne face au réal brésilien. L'Hexagone a connu les prémices de l'influenza aviaire, et comme toute l'UE elle a subi le protectionnisme de l'Afrique du Sud. On remarquera aussi dans le classement 2015 la progression de la Pologne et l'émergence de l'Ukraine sur le marché de l'UE… avant une percée plus importante attendue pour cette année.
Surcoût de la livraison en urgence
Patrick Garnon, chef du service marchés et études de filières de FranceAgriMer, a recommandé lors de la présentation de ne pas s'en tenir au classement. « L'industrie s'est bien restructurée », a-t-il observé. En la matière, la France devance l'Allemagne, mais le détail des notations montre qu'elle doit encore améliorer ses coûts de production. « Les principaux acteurs sont en mutation », a confirmé le consultant Christian Renault, auteur de l'étude. « C'est long parce que ça concerne tous les maillons », a-t-il prévenu, et d'énumérer tous les domaines en cours de mutation, de la génétique au ramassage, du savoir-faire des producteurs à celui des industriels, des bâtiments d'élevage aux usines.
La reconquête du marché intérieur, notamment celui de la restauration hors foyer et des ingrédients de volaille, est donc en route, sont convenus les observateurs réunis à la conférence. Parmi ceux-ci, Jean-Michel Schaeffer, qui préside la Confédération française de l'aviculture et le conseil spécialisé de la volaille de l'Office. Le représentant des éleveurs a évoqué des outils informatiques à l'usage des organisations professionnelles pour calculer les performances possibles en élevage à partir de la génétique et de différents types d'aliments.
Une des conditions de cette reconquête du marché domestique est la production de poulets lourds, donnant un meilleur rendement en filet que les poulets destinés à être consommés en en-tier. « La France a des atouts par rapport aux pays européens, que sont sa disponibilité en matières premières, ses producteurs, ses entreprises structurées et son gros marché intérieur », a considéré Christian Renault. L'expert décrit une double assise de la filière française : sur son marché intérieur et au grand export. Si le marché domestique est porteur, il pointe les surcoûts de commercialisation et de livraison en urgence des plateformes de la grande distribution.
Questionné sur la capacité des grands exportateurs à conquérir d'autres marchés de pays tiers que ceux du Moyen-Orient, il a jugé qu'il s'agirait d'abord de consolider le marché du poulet entier sur le Moyen-Orient. Il a désigné un potentiel de développement à long terme des coproduits au grand export. Les Pays-Bas, la Belgique et l'Allemagne « valorisent mieux les pattes sur le marché chinois ; leurs volailles ont de plus belles pattes, exemptes de pododermatites », a-t-il illustré. « Si la France reprend des parts de marché pour sa consommation interne, elle aura du potentiel sur les pays tiers », a-t-il promis.
TÉMOIGNAGES CHEZ NUTREA, DOUX ET UKL-ARRÉE
Sur leur stand au Space, trois responsables de l'élevage ont confirmé une augmentation de la productivité en élevage. Chez Nutrea, qui fournit 70 % des poulets abattus à Languidic chez Gastronome, les 2 kilogrammes (kg) en vif poussent en 35 jours contre 42 jours il y a quelques années ; ceci avec 1,6 kg d'aliment pour 1 kg de poulet. Chez Doux, depuis quatre ans, « grâce à l'alimentation et aux conditions d'élevage », 2 jours ont été gagnés sur la durée d'élevage du poulet export (1,350 kg vif), durant désormais 31 ou 32 jours. Le responsable d'UKL-Arrée (Triskalia), qui fournit 20 % des poulets export à Châteaulin chez Doux, précise un indice de consommation « amélioré » de 1,63 kg (kg d'aliment par kg de poulet vif) et aussi des gains en jours d'élevage, qui permettent d'élever davantage de poulets dans le même bâtiment.