Bovins : « La valorisation des peaux brutes a chuté de 40 % en 6 ans »
Christophe Dehard, président de l’Alliance France Cuir, évoque pour Les Marchés les tensions sur le marché des peaux brutes. La valorisation a chuté pour ce coproduit qui souffre de la concurrence internationale et du manque de demande. Il insiste sur l’importance, pour les abattoirs, de travailler en partenariat avec le collecteur de peaux.
Christophe Dehard, président de l’Alliance France Cuir, évoque pour Les Marchés les tensions sur le marché des peaux brutes. La valorisation a chuté pour ce coproduit qui souffre de la concurrence internationale et du manque de demande. Il insiste sur l’importance, pour les abattoirs, de travailler en partenariat avec le collecteur de peaux.

Les Marchés : Le marché du cuir s’est-t-il remis de la crise Covid ?
Christophe Dehard : Il y a bien eu un petit moment de boost post-Covid, mais aujourd’hui c’est le retour de la crise, tous les indicateurs sont au rouge. La demande est mauvaise. En Chine, il y a une crise de l’immobilier. Ce qui veut dire moins de logements.
Tous les indicateurs sont au rouge
Or l’ameublement (canapé, fauteuils) est un des trois débouchés principaux du cuir. Plus largement, en Europe le cuir n’est plus à la mode, les consommateurs préfèrent un canapé en tissu et en changer plus souvent. Dans les voitures il y a aussi de moins en moins de cuir sur la sellerie, le volant. Il y a de plus en plus de boîtes automatiques, donc moins de pommeaux et soufflets en cuir. L’essor de la voiture électrique conduit aussi les constructeurs à privilégier des revêtements synthétiques moins lourds. Le cuir de veau est, lui, destiné au secteur du luxe, qui souffre de la récession en Asie.
L. M. : Quelles conséquences pour le marché des peaux brutes ?
C.D. : La valorisation des peaux brutes a chuté de 40 % en 6 ans. Pour les peaux d’ovins, la situation est catastrophique, elles n’ont plus de valeur ! Beaucoup sont destinées à l’équarrissage ou la méthanisation. La France est le troisième exportateur mondial de peaux brutes, la Chine est notre premier client, devant l’Italie. Mais le secteur du tannage italien est très calme, faute de débouché, les volumes ont chuté de 40 %.
La France est le troisième exportateur mondial de peaux brutes
Et sur le marché chinois, on peut trouver des peaux brutes de bovins à 20$/pièce rendu ! Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a 180 millions de peaux brutes de gros bovins qui sont détruites chaque année dans le monde, c’est encore pire pour les ovins.
Lire aussi : Quels débouchés pour les cuirs et peaux de bovins et ovins ?
Nous avons aussi eu très peur, récemment, des rumeurs ont circulé au sujet d’un embargo chinois sur les peaux européennes. Les guerres commerciales entre pays pourraient avoir de lourdes conséquentes pour nos entreprises. Fort heureusement, ce ne fut pas le cas.
L. M. : Dans ce contexte, quelle est la meilleure stratégie pour les abattoirs ?
C.D. : Il est très important de travailler la qualité, au moment du dépouillage notamment, car le marché est très sélectif, personne n’achètera une peau trouée. Certes la valorisation a diminué, il y a peu de marge, mais une peau abîmée n’est pas collectée et devient un poste de charge.
Une peau abîmée n’est pas collectée et devient un poste de charge
Quand on ne commercialise pas directement, il faut aussi avoir une relation solide avec son collecteur, tisser un vrai partenariat pour comprendre ses attentes. Le nombre de collecteurs diminue, se compte sur les doigts de la main. Il y a eu des fermetures faute d’équilibre économique. C’est un métier difficile à transmettre, une profession méconnue mais importante pour les outils de petite et moyenne dimension. Les abattoirs doivent comprendre l’importance de leur collecteur, sinon ils n’auront plus que les factures de l’équarisseur.
Y-a-t-il des perspectives positives ?
C.D. : D’une part, la France produit des belles peaux de qualité grâce à son troupeau allaitant, aux bêtes lourdes. De l’autre, le produit cuir, en lui-même, a de nombreux atouts. Certes la période est tendue pour le pouvoir d’achat, mais les produits en cuir sont plus solides, durables et réparables que les produits synthétiques. Nous travaillons avec les cordonniers autour du bonus réparation par exemple. Nous sommes confiants, c’est dans l’air du temps, d’ailleurs c’est la deuxième matière préférée des Français derrière la laine selon un récent sondage. Nous serons gagnant si l’Europe met en place un affichage environnemental.
Christophe Dehard a été élu en juin dernier président de l’Alliance France Cuir. Il dirige la valorisation du cinquième quartier et coproduits pour le Pôle bœuf et le Pôle porc du groupe SVA Jean Rosé (Les Mousquetaires). L'Alliance France Cuir est l’organisation professionnelle qui fédère 21 fédérations professionnelles autour du cuir. La filière cuir compte pour 133 000 emplois dans les industries du cuir, de la tannerie mégisserie, de la chaussure, de la maroquinerie, de la ganterie, de la distribution