Taxes Trump de 20 % : 800 millions d’euros de perdus pour les vins et spiritueux français
Si le spectre des 200 % de taxes sur les vins et spiritueux européens s’éloigne, la taxe de 20 % annoncée par Donald Trump fait réagir tous les opérateurs du secteur. Le manque à gagner atteindrait 800 millions d’euros. Cognac et Bordeaux sont principalement touchés.
Si le spectre des 200 % de taxes sur les vins et spiritueux européens s’éloigne, la taxe de 20 % annoncée par Donald Trump fait réagir tous les opérateurs du secteur. Le manque à gagner atteindrait 800 millions d’euros. Cognac et Bordeaux sont principalement touchés.

La France peut craindre un recul de 800 millions d’euros de ses exportations de vins et spiritueux, selon un communiqué de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS), suite à l'annonce d'une taxe supplémentaire de 20 % par la Maison Blanche le 2 avril. Au niveau européen, la perte atteindrait 1,6 milliard d’euros.
« Cet affrontement tarifaire ne fait que des perdants »
« Cet affrontement tarifaire ne fait que des perdants, tout autant en Europe qu’aux États-Unis. D’ailleurs, nos homologues américains, portent également ce message auprès des Autorités américaines » a déclaré Gabriel Picard, Président de la FEVS.
Quel poids des États-Unis pour les exportations de vins françaises ?
Les États-Unis ont acheté pour 2,52 milliards d’euros de vins, spiritueux et autres alcools à la France en 2022, puis 2,36 milliards d’euros en 2023, selon les données des Douanes françaises. Ce seul pays pèse pour plus de 20 % de nos exportations. Le cognac a une place prépondérante parmi nos exportations, devançant le champagne en valeur. Toujours en valeur, les principaux vins exportés vers les États-Unis sont les Bordeaux, puis les Bourgogne et les vins du Val de Loire.
Un quart du vin sous IG exporté l’est vers les USA
Le marché américain représente près de 25% des produits viticoles exportés sous indications géographiques (AOC et IGP). « Nous sommes très dépendants de ce marché à court terme » interpelle le CNAOC. « Pour les eaux-de-vie (Cognac et Armagnac), c’est une catastrophe d'une ampleur inimaginable. En addition du conflit avec la Chine, ces taxes vont mettre en très grande difficulté notre filière, avec un risque de cessations d’activité en chaîne en Charentes notamment » souligne Anthony BRUN, Vice-Président de la CNAOC et Président de l’UGVC à Cognac.
« Pour les eaux-de-vie (Cognac et Armagnac), c’est une catastrophe d'une ampleur inimaginable »
30 millions de bouteilles de vin de Bordeaux ont aussi traversé l’Atlantique l’an dernier, pour plus de 435 millions d’euros.
« Il est encore temps de négocier » avance le CNAOC qui espère que l’UE fera preuve de « négociations constructives ».
Lire aussi : Face à la crise viticole, que propose la Commission européenne dans son paquet vin ?
Une filière européenne du vin « durement touchée »
Le Comité européen des entreprises des vins (CEEV) rappelle par communiqué que les exportations communautaires de vins ont atteint 4,88 milliards d’euros en 2024. De tels tarifs toucheraient durement la filière, car « le marché américain est fondamental pour l’économie de la filière vin en Europe », selon Marzia Varvaglione, la présidente du CEEV, pour qui « il n’y a pas de marché alternatif qui pourrait compenser une telle perte ». Le comité rappelle son attachement au libre-échange pour le commerce mondial du vin.
« Une taxe à 20 % ne tue pas le marché »
Interrogé par Les Marchés, Stefan Gallard, directeur marketing de Grain de Sail, qui transporte par bateau du vin vers les États-Unis réagissait : « Une taxe à 200 % sur les vins européens, c’est un embargo. Une taxe à 20 %, on a déjà connu sous la précédente mandature Trump, ça ralentit les choses mais ne tue pas le marché ». Néanmoins l’opérateur regrettait que le prochain départ du voilier, samedi, se fasse avec un tiers du chargement en moins. « Les importateurs américains ont cessé toutes commandes en amont, par peur des annonces ». Même réaction de la part des vins de Bourgogne, « l’annonce d’hier soir d’appliquer des droits de douane à hauteur de 20 % a été accueillie avec désolation mais aussi un certain soulagement, la filière ayant l’impression d’avoir d’échappé au pire ». La taxe pourrait plomber 100 millions d'euros d'exportations, mais « elle ne provoquera pas un coup d’arrêt brutal».
« L’annonce d’hier soir a été accueillie avec désolation mais aussi un certain soulagement, la filière ayant l’impression d’avoir d’échappé au pire »
Qui va profiter de cette taxe Trump ?
Les vins français, espagnols, allemand et britanniques avaient déjà été taxés en 2019. Selon un bilan des Douanes relayé par nos confrères de Réussir Vigne, la part de marché des vins français avait, dans la foulée, chuté de 20 % au profit des vins italiens et néo-zélandais. Cette fois-ci, l’Italie ne bénéficie pas d’un régime de faveur. La Nouvelle-Zélande, elle, n’est assujettie qu’à une taxe de 10 %. L'étude signalait également que les taxes n'avaient pas induit une augmentation de la consommation de vins produits aux États-Unis sur la période.