« La remontée des cours au second trimestre semble solide »
L’année 2014 avait très bien commencé, marquée par une offre mondiale abondante et une demande soutenue, elle s’est moins bien terminée. Début 2015, alors que l’Union européenne entre dans l’ère postquotas, les prix européens pourraient remonter au deuxième trimestre

En 2014, comment ont évolué l’offre mondiale et la demande chinoise ? Quelles sont les tendances pour début 2015 ?
Gérard Calbrix - En 2014, l’offre laitière mondiale a fortement progressé, de l’ordre de 3 %, car tous les facteurs de production ont été extrêmement favorables : prix du lait à des niveaux record, baisse des prix des céréales et du soja utilisés dans l’alimentation animale et absence d’accidents climatiques dans les grandes zones exportatrices mondiales. C’est dans l’Union européenne que la production laitière a le plus augmenté en volume avec des producteurs de lait qui ont anticipé la fin des quotas laitiers. La demande mondiale en produits laitiers a continué de progresser d’un peu plus de 2 %. Cependant, la Chine a beaucoup acheté en début d’année 2014 et constitué des stocks importants de poudre et réduit ses achats au deuxième semestre 2014. Ce ralentissement de la demande chinoise et l’embargo russe sur les importations de produits laitiers européens en août ont fait apparaître la surproduction et entraîné une chute des cours des poudres de lait, du beurre et des fromages ingrédients.
Début février 2015, le marché mondial des produits connaît un brutal retournement de tendance. La baisse de la production laitière européenne liée à la contrainte quotas laitiers et une sécheresse en Nouvelle- Zélande se traduisent par un rééquilibrage entre l’offre et la demande sur le marché mondial.
Quelles évolutions peut-on prévoir pour les principaux produits laitiers exportés par les pays européens sur le marché mondial ?
G. C. - La remontée des cours des produits laitiers constatée en février, environ 500 euros par tonne, apparaît solide. L’ampleur de la remontée de la collecte laitière dans l’Union européenne en avril et mai 2015 avec la fin des quotas laitiers reste un élément d’incertitude sur la tenue des cours jusqu’à l’été. Cependant, avec l’effondrement de la parité de l’euro par rapport au dollar, les produits laitiers européens sont devenus extrêmement compétitifs sur le marché mondial par rapport à ceux des concurrents américains et néo-zélandais. Depuis décembre 2014, l’Europe exporte des volumes record de produits laitiers, ce qui continuera de soutenir les cours en Europe.
Alors que débute la première campagne post-quotas, quelles sont vos prévisions de collecte en Europe, d’évolution des prix payés aux producteurs et des cours des produits industriels ?
G. C. - Il est extrêmement difficile de prévoir l’évolution de la production laitière en 2015 en Europe. Les prévisionnistes estiment que la production laitière européenne augmentera en 2015 de 1,2 % selon la Commission européenne et 1,4 % selon l’office allemand ZMP, ce qui est plutôt modéré. En fait, le potentiel de hausse de la production semble limité par rapport à 2014. En effet, beaucoup de producteurs de lait ont utilisé tout leur potentiel de production en 2014 qui a été une année record en Europe.
Les prix du lait semblent toucher un point bas au cours du premier trimestre 2015 dans les pays européens les plus réactifs par rapport au marché des produits industriels. Une remontée est enclenchée dans un pays comme les Pays-Bas. Les autres pays devraient suivre en lien avec la remontée des cours des produits industriels de février.
IDENTITÉ
Gérard Calbrix est directeur des affaires économiques à Atla, l’Association de la transformation laitière française depuis 2001. Ingénieur agronome et titulaire d’un master en contrôle de gestion, il a travaillé comme chef produit dans le marketing des semences de grandes cultures, puis comme directeur de clientèle dans les études marketing avant de rejoindre Atla en 2001.