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Filière avicole
Fin du broyage des poussins mâles : la filière avicole dénonce un délai trop court

Éleveurs et industriels donnent de la voix pour faire comprendre au gouvernement que l’arrêt de l’euthanasie des poussins d’ici à 2022 n’est pas réalisable dans les temps et mettra en difficulté la moitié de la filière.

L’annonce est tombée le 18 juillet 2021 : la filière volaille œuf devra arrêter l’euthanasie par gaz et le broyage des poussins mâles d’ici à la fin de l’année 2022. Les différents maillons de la chaîne dénoncent une décision précipitée par le contexte des élections présidentielles de 2022. « Le calendrier s’agence mal avec le rendez-vous électoral de l’année prochaine », résume Gilles Guillaume, porte-parole de la section œuf de l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB). « Le président de la République veut faire de ce décret un argument de campagne pour l’année prochaine », regrette Loïc Coulombel, président du Syndicat national des industriels et professionnels de l’œuf (Snipo). Bien que le gouvernement ait débloqué une aide financière à destination des couvoirs français pour soutenir 45 % des investissements nécessaires à l’installation d’une technologie d’ovosexage, la filière, qui n’a pas manqué de le saluer, pointe du doigt des délais « beaucoup trop courts ».

« La technologie est en place, mais ne peut pas aujourd’hui être appliquée à l’ensemble de la production », avertit Loïc Coulombel. « La recherche technique est en route, mais nous sommes encore dans une phase de recherche, alors que la donne peut être très différente d’ici deux ou trois ans », ajoute Gilles Guillaume.

Un surcoût estimé à 64 millions d’euros

La filière estime que l’immaturité des technologies d’ovosexage engendre des surcoûts « ahurissants » au niveau de la valeur des poussins. La technique par imagerie spectrale développée par AAT va entraîner une augmentation de 1,08 euro du prix de la poule, pour un prix de base inférieur à 1 euro. « Nous ne voyons pas comment la filière va pouvoir répercuter ce surcoût. Nous nous tirons une balle dans le pied », avertit Éric Guélaff, président de la section œuf Grand Ouest de l’UGPVB et éleveur de poules en plein air dans la Manche. « Aucun maillon n’est capable d’absorber cette hausse des prix. Il est vital qu’il soit absorbé par le consommateur », estime Gaëtan Vergnes, secrétaire général du Snipo.

Nous sommes encore en phase de recherche

La méthode d’ovosexage d’AAT présente, par ailleurs, un inconvénient de taille : elle ne s’applique qu’aux poules rousses. L’autre méthode d’ovosexage avancée, développée par la société allemande Seleggt, est, quant à elle, adaptée aux deux souches rousses et blanches, mais engendre un surcoût de 3,30 euros par animal. L’aviculture française étant constituée à 85 % de poules rousses (soit 42,5 millions de têtes) et 15 % de poules blanches (7,5 millions de têtes), le surcoût total pour la filière a été estimé à environ 64 millions d’euros par an.

Un coût de production à répercuter

Julien Denormandie a répondu à cette inquiétude générale que la version 2 de la loi Egalim permettrait de faire passer ce surcoût jusqu’au consommateur grâce au ruissellement. « Egalim 2 n’en est qu’au stade de projet, ce qui ne rassure personne quant à son application, et encore faut-il que la loi soit correctement appliquée », souligne Gilles Guillaume. « La grande distribution se dit prête dans le discours à reporter les coûts, mais nous en doutons. Les enseignes nous avaient assuré il y a quelques mois qu’elles feraient passer l’intégralité des hausses des prix liées à l’alimentation des animaux, mais n’en ont pris que la moitié en compte… Notre confiance est limitée », s’inquiète Loïc Coulombel.

Outre le ruissellement nécessaire sur le marché des œufs coquille qui représente 45 % des œufs produits en France, cette augmentation des coûts de production des œufs semble d’autant plus problématique sur le marché des ovoproduits et de la restauration hors domicile. « Le marché des œufs coquille est très franco-français. Pour l’industrie et la restauration, nous sommes en concurrence directe avec les autres pays européens. L’ovosexage ne doit pas être une initiative franco-allemande, il faut que ça soit généralisé au niveau de l’Union européenne, sinon la moitié de notre filière nationale mourra », met en garde Gaëtan Vergnes.

Éviter les distorsions de concurrence

La problématique a été soulevée lors de la réunion du 19 juillet 2021 entre les ministres européens de l’Agriculture. Si certains pays y sont favorables, comme l’Espagne et les Pays-Bas, d’autres comme l’Italie, la Roumanie ou encore la Bulgarie sont moins réceptifs. « Une étude a été lancée pour déterminer l’impact sur les coûts de production au niveau européen. Donc, l’application à l’échelle de l’UE ne pourrait se faire pas avant quatre ans… », précise Loïc Coulombel, dans l'attente des résultats de l'étude.

La distorsion de concurrence que provoquerait la hausse des coûts inciterait les casseries françaises à s’approvisionner ailleurs. « L’œuf industriel n’étant pas concerné par le logo Œuf de France, les éleveurs français risquent aussi d’acheter leurs poussins à l’étranger. Les entreprises de génétique françaises en feront les frais », souligne Éric Guélaff.

Les méthodes d’ovosexage ne sont pas infaillibles et les éleveurs seront contraints d’élever pendant 15 semaines tous les animaux nés, sans valorisation possible des coquelets, faute de marché. Ces animaux ont pour seul débouché la viande préparée mécaniquement telle que les saucisses et les produits élaborés ou encore l’approvisionnement des zoos, dont l’un des couvoirs détient le monopole, mais cette solution reste « un débouché très limité », selon Éric Guélaff.

Tronico a stoppé son travail sur l’ovosexage

L’entreprise de génétique française vendéenne Tronico travaillait sur une solution de sexage in ovo depuis 2015, mais a été contraint de stopper ses travaux, car « l’État a demandé à la société de travailler sur des tests de dépistage de la Covid-19 », indique Gilles Guillaume, porte-parole de la section œuf de l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB). FranceAgriMer a relayé en novembre 2020 que les recherches se sont arrêtées parce que les financements publics étaient arrivés à leur terme. « Nous sommes prêts à reprendre les discussions avec le ministère de l’Agriculture », assurait Patrick Collet, président-directeur général de Tronico.

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