Compétitivité
Pacte productif : l’Ania détaille ses propositions
Repartir du tarif des industriels pour les négociations commerciales, abaisser le seuil d’accès aux financements publics pour l’investissement et accompagner 500 entreprises primo exportatrices font partie des demandes de l’Ania.
Alors que Bruno Le Maire présentait les grandes orientations du pacte productif le 15 octobre 2019, après son diagnostic commun avec la FNSEA et Coop de France début octobre, l’Ania a détaillé ses propositions. « Il y a urgence à aider les entreprises à retrouver le chemin de la croissance et de l’investissement pour qu’elles puissent recruter, exporter et innover », a lancé l’association dans un communiqué. Une déclaration s’appuyant sur les résultats d’une consultation réalisée au printemps 2019 auprès de 150 entreprises (à 73 % des TPE-PME). 76 % des entreprises interrogées ont déclaré des marges stables ou dégradées depuis 2014. Autre résultat significatif : 69 % des entreprises sont à l’arrêt dans leur croissance en raison de relations difficiles avec la grande distribution, selon l’Ania.
Rendre à l’industriel la liberté de son tarif
Pour améliorer la situation, l’association rejoint la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (Feef) qui en fait un de ses chevaux de bataille en demandant de « rendre à l’industriel la liberté de son tarif ». Traduction : l’Ania souhaite que les négociations commerciales repartent du tarif des produits, déterminé en fonction des coûts réels de fabrication. « Les distributeurs doivent accepter de prendre en compte les hausses brutales des matières premières qui mettent en danger toute une filière », affirme l’Ania.
Renoncer au bonus-malus sur les contrats saisonniers
Sur l’emploi, alors que 21 000 emplois restent encore non pourvus chaque année dans l’agroalimentaire, l’Ania, tout comme la Feef, demande au gouvernement de renoncer à l’instauration d’un bonus-malus sur les contrats saisonniers pour la filière agroalimentaire dans le cadre de la réforme de l’assurance chômage.
Autre proposition : redonner des marges de compétitivité aux entreprises en favorisant la relance de l’investissement dans l’outil de production. L’association prône ainsi d’abaisser le seuil d’accès aux financements publics et de simplifier les exigences de formalisme pour limiter les coûts d’ingénierie de projets pour les PME.
L’un des enjeux du secteur agroalimentaire est aussi de regagner des parts de marché à l'étranger, l’Ania propose ainsi de mettre en place des promotions d’entreprises primo exportatrices accompagnées à l’exportation par la Team France et Bpifrance. L’objectif affiché : « 500 entreprises accompagnées pour une présence à l’international renforcée et pérennisée » et mise en place d’une marque unique Taste France dès le 1er trimestre 2020 pour une meilleure visibilité de l’offre agroalimentaire française à l’étranger.
« L’agroalimentaire est un secteur fragilisé », reconnaît Bruno Le Maire
« Nous nous en sortons dans trois secteurs : l’aéronautique, le luxe, les vins et spiritueux. Mais on ne bâtit pas une force industrielle sur trois secteurs, qui plus est, trois secteurs qui sont les mêmes depuis vingt ans. Certains secteurs se sont fragilisés : je pense à l’agroalimentaire ou à l’industrie pharmaceutique », a déclaré Bruno Le Maire, lors de l’évènement pacte productif pour le plein-emploi, le 15 octobre à Bercy. « Nous pourrions très bien faire le choix d’une économie de service : devenir la plateforme financière et le pays des services en Europe. C’est le choix qu’ont fait les Britanniques avec Margaret Thatcher dans les années 1980 […]. Ce n’est pas le choix que nous faisons. La France ne serait pas la France sans production industrielle et sans production agricole », a-t-il ajouté.