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Œufs bio : les 3 obstacles majeurs de la réglementation européenne

Le changement de réglementation bio, en 2022, était appréhendé par la filière œuf. Après deux ans de recul, le constat est sombre, cette réglementation européenne pensée à l’origine pour développer le bio plombe complétement la production d’œufs. 

poules pondeuses élevée en bio
La réglementation bio européenne adoptée en 2022 met en péril la filière oeuf bio française, alertent certains opérateurs
© Being Organic in UE

« La nouvelle réglementation bio a des impacts très négatifs pour la filière œufs en France», prévient d’emblée Marie Guyot, directrice du Synalaf, le syndicat national des labels avicoles de France, qui identifie 2 principaux points d’achoppement, alors que l’équilibre de marché se redresse actuellement, à tel point que l’offre manque. Un opérateur du bio nous fait part d’un troisième obstacle réglementaire à la production AB.  

1 : L’aliment 100 % bio, un problème technico-économique

Le passage à l’aliment 100 % bio des poules pondeuses a été complexe au lendemain du changement de réglementation, avec des éleveurs qui rapportent toujours des problèmes de qualité qui nuisent à la productivité des poules et au poids des œufs. 

 « C’est un vrai problème technique, car on a un déséquilibre en acide aminé»

Pour l’heure, les poulettes bénéficient d’une dérogation et peuvent être nourries avec 5 % d’aliment non bio, « or cette dérogation devrait s’arrêter en 2027 et c’est une vraie menace pour les éleveurs, car cette alimentation est déséquilibrée en acides aminés, et engendrera une fragilité des poulettes et des impacts sur les œufs (taille, qualité de coquille) », s’inquiète Marie Guyot. Tous les pays européens n’ont pas le même problème, « en Scandinavie, ils utilisent ainsi des farines de poissons bio dans la ration ».1 Par ailleurs, l’aliment 100 % bio est un surcoût très important.

1Plus de 11% de la production de saumon de l’UE est bio. 

2 : Un délai de déclassement pour les antiparasitaires

La nouvelle réglementation a fixé arbitrairement un délai de déclassement de 48h dans le cas d’utilisation d’antiparasitaires, ce qui n’était pas le cas auparavant. « Les poules conduites en extérieur ont des parasites, il faut les traiter pour éviter que les parasites s’installent. Les éleveurs bio sont dans une impasse technique et économique car il n’y a pas de produits alternatifs efficaces et le déclassement coûte très cher à la filière », explique Marie Guyot. « Les œufs bio sont déclassés alors que la réglementation générale valable sur tous les œufs a fixé un délai de retrait égal à 0, cette règle en bio n’a donc aucun sens d’un point de vue sanitaire». La directrice explique que l’Itavi a mené une étude chez des producteurs européens qui montre que tous subissent cette contrainte de la même façon. 

« Cette règle en bio n’a donc aucun sens d’un point de vue sanitaire»

Faire évoluer la réglementation bio européenne, un long chemin

« Tous les producteurs européens d’œufs bio pâtissent de cette réglementation, nous espérons donc la faire évoluer. Mais il faut comprendre que ce sera sur un temps sans doute long », prévient la directrice du Synalaf.  

« Nous espérons donc la faire évoluer. Mais il faut comprendre que ce sera sur un temps très long »

La réglementation entrée en application en 2022 avait ainsi commencé à être discutée en 2014. « Nous allons déjà sensibiliser la nouvelle ministre de l’agriculture à la question », explique Marie Guyot, concluant « la réglementation de 2022 était censée pousser la bio, mais elle fragilise énormément la filière œuf, entraînant plus d’arrêts que de développement ! ». 

Lire aussi : Œufs: quelles nouvelles règles pour les petits conditionneurs

3 : La limite du nombre de poulettes par lot 

Autre contrainte pour les éleveurs de poulettes, désormais ils doivent se spécialiser, il n’est plus possible d’alterner des lots de poulettes destinées à être conduites en bio et en plein-air. Comme le marché global du bio est sous pression et les contraintes techniques importante, c’est donc un risque pour l’éleveur. D’autant plus que les poulettes doivent dorénavant avoir accès à un parcours extérieur, il faudra donc un nouveau temps de rodage pour les éleveurs. 

« C’est un non-sens logistique, sanitaire et technique ! ». 

De plus, les poulettes doivent être conduites par lot de 10 000 maximum. « Or en France, les éleveurs conduisent en général des élevages qui contiennent un multiple de 3 000 poules, souvent 12 000. Il faut donc faire venir des poulettes de deux éleveurs différents » regrette notre interlocuteur chez Le Gouessant, coopérative du bio « C’est un non-sens logistique, sanitaire et technique ! ». 

 « Cette réglementation manque de sens. Ce règlement européen, au lieu de nous aider, handicape nos éleveurs » 

 « Cette réglementation manque de sens. Ce règlement européen, au lieu de nous aider, handicape nos éleveurs, c’est toute la filière française qui est menacée » continue l’opérateur, qui conclut « Le Gouessant s’oppose fermement à ce règlement inepte et réfléchit à un moyen de pression. Nous ne pouvons pas tolérer des règles absurdes comme celles sur les 10 000 poulettes, et leurs conséquences sanitaires et économiques qui menacent notre modèle et ne permet que de faire un bio hors de prix qui n’est pas accessible à tous ».

Lire aussi : Plan Œufs 2030 : combien de nouveaux bâtiments, quelle part de l'alternatif, quelle stratégie de filière ?

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