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Négociations commerciales : « La même date sans distinction de taille »

À la veille de la présentation du projet de loi visant à anticiper les négociations commerciales pour les plus grandes entreprises, l’Association nationale des industries alimentaires proposait la même date butoir du 31 janvier pour toutes.

Marie Buisson, directrice juridique de l'Ania.
Marie Buisson est directrice juridique de l’Ania depuis mai 2022. Elle en coordonne et anime la commission industrie-commerce. Elle porte la voix des entreprises agroalimentaires auprès des pouvoirs publics et administrations, et représente l’Ania (Ania) à la commission d’examen des pratiques commerciales (CEPC).
© Ania

Le gouvernement veut faire en sorte que les plus grands fournisseurs de produits de grande consommation anticipent le début et le bouclage de leurs négociations tarifaires pour 2024. Le consommateur peut-il en attendre un soulagement de l’inflation ?

Marie Buisson - Il n’est pas certain que toutes les entreprises aient une baisse de prix à proposer. Certaines filières pourront même proposer des hausses, quand on voit par exemple le prix du sucre qui explose et les coûts de l’énergie, du transport et des emballages, toujours élevés. Même si les coûts de production diminuent, ils demeurent bien plus élevés que les années précédentes. Les entreprises souhaitent pouvoir proposer les prix les plus bas possible, car la baisse des volumes nous est préjudiciable.

Pourquoi l’Ania est-elle en défaveur d’une différenciation par taille d’entreprises dans la négociation anticipée ?

M. B. - Faire passer en négociation toutes les grandes entreprises aurait un effet pervers. J’explique. Les PME qui fournissent des marques signent en principe avant le 31 décembre avec les distributeurs. Si les négociations sont avancées pour les grandes entreprises, alors les négociateurs de la distribution risquent de se focaliser sur elles pour sécuriser une part importante de leur chiffre d’affaires. Ils risquent de renvoyer à plus tard les PME et ETI, et leur proposer in fine moins de contreparties pour 2024 ; et donc les désavantager, par exemple sur le plan du merchandising. Multinationales et TPE-PME ne doivent pas être divisées. Pour faire face aux enjeux que rencontre l’industrie agroalimentaire – souveraineté alimentaire, transition écologique, alimentation saine et durable, etc. –, nous avons besoin que les 17 000 entreprises alimentaires françaises avancent ensemble.

Pourquoi l’Ania propose-t-elle la même date butoir pour toutes entreprises, précisément le 31 janvier ; le gouvernement ayant annoncé, avant sa proposition de loi, le 31 décembre puis le 15 janvier ?

M. B. - Les dispositifs spécifiques comportent des effets de bord. La même date butoir, sans distinction de taille, permettrait, selon nous, d’éviter les distorsions. Aux distributeurs, nous recommanderons de sécuriser les PME en bouclant, comme ils le font usuellement, leurs contrats avant ceux des grandes entreprises. Pourquoi le 31 janvier : à l’Ania, nous considérons que ces échéances, le 31 décembre ou le 15 janvier, ne laissent pas le temps aux entreprises de mobiliser tous les éléments de leur politique commerciale, et l’ensemble de leurs prévisions de coûts, puis de négocier sereinement avec les distributeurs. Le 31 janvier semble beaucoup plus réaliste.

Et si tout simplement cette date butoir sautait ?

M. B. - Ce sujet mérite réflexion. Trois mois de négociations, c’est un peu long, quand on sait que dans d’autres pays, tout est bouclé en trois ou quatre rendez-vous. Les partenaires français seraient capables de négocier avec un mois de moins. Ce serait ça de gagné pour parler business, innovation, nouveaux produits… Nos entreprises demandent avant tout de la stabilité juridique. Alors que les négociateurs ont intégré la non-négociabilité des prix de matières premières agricoles. Le seuil de revente à perte a donné un bol d’oxygène aux filières. S’il est relevé ou s’il saute, cela changera à nouveau la donne. Nous participerons aux réflexions sur le sujet évidemment.

Cette séquence très particulière peut-elle déboucher sur l’amélioration de pratiques dans les relations commerciales ? 

Marie Buisson : Les distributeurs continueront de vouloir des baisses de prix à tout prix. On ne peut que leur faire ouvrir les yeux sur la réalité des entreprises. Il y a même des multinationales dont les résultats en France sont les plus mauvais de leur groupe. Il faut que le gouvernement et les distributeurs admettent que les prix ne descendent pas aussi vite qu’ils sont montés. Je compare ce choc inflation à la crue d’une rivière, qui est soudaine et qui met un certain temps à se résorber.      

Lire aussi : Loi Descrozaille : la rapporteure au Sénat veut suspendre le relèvement du SRP

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