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MLC et Sodiaal réagissent face au désengagement de Synutra

Maîtres laitiers du Cotentin et Sodiaal font les frais des difficultés financières du groupe chinois Synutra. Des solutions se mettent en place sans remettre en cause le prix du lait, les volumes attribués ni les parts sociales.

Synutra a fait les gros titres de la presse cet été. Les producteurs de Sodiaal et des Maîtres laitiers du Cotentins inquiets se sont exprimés alimentant les rumeurs. Mais ce ne sont pas que des rumeurs malheureusement. Dans ses derniers comptes rendus publics clôturés en mars 2017, Synutra France affichait plus de 38 millions d'euros de dettes fournisseurs, contre 11 millions en mars 2016. Et elles ont sans doute grimpé encore depuis.

MLC cherche à se faire payer des pénalités et des impayés

Maîtres laitiers du Cotentin a profité de son assemblée générale pour expliquer que dès mi-août, Synutra a rompu leur relation commercial. Ce contrat portait sur 690 millions de briquettes de lait UHT, correspondant à environ 90 millions de litres de lait entier dans le cas de lait " classique ", et plutôt à 60 millions de litres de lait entier dans le cas de recettes de lait infantile, soit 80 à 100 millions d'euros de chiffre d'affaires selon les recettes. MLC est dégagée de ses obligations envers Synutra et reste maître de ses outils. La coopérative cherche donc de nouveaux clients. Et elle a lancé une procédure judiciaire à l'encontre de Synutra pour se faire payer une facture de 9,59 millions d'euros pour " non atteinte des objectifs de vente fixés par le contrat pour la première année d'activité ".

Les contrats entre Sodiaal et Synutra seront redimensionnés

Sodiaal pour sa part reste partenaire de Synutra. Le 20 septembre, Synutra était toujours en négociation avec la première coopérative laitière française pour lui revendre une partie de son usine de Carhaix. Ce qui lui permettra du même coup de solder sa dette envers Sodiaal. Synutra n'a jamais réussi à remplir le contrat initialement prévu pour valoriser annuellement 288 millions de litres de lait et des poudres de lactosérum. Les lignes de briquettes de lait UHT sur le site Candia de Saint Étienne étaient toujours à l'arrêt, depuis 2017. " L'agrément pour exporter du lait infantile liquide est arrivé en juin dernier. Actuellement, nous travaillons avec Synutra pour être en mesure de démarrer dès que possible. Et sur les lignes qui nous appartiennent, Candia cherche des marchés en Chine et ailleurs ", expose Damien Lacombe.

Qeulles sont les raisons du fiasco ?

Quelles seraient les raisons de ce fiasco ? Il serait question de compétence, selon Sodiaal, qui rappelle que Synutra est un spécialiste du conditionnement qui n'a pas une longue expérience en tour de séchage et poudre de lait infantile. Selon Maîtres laitiers du Cotentin, " l'idée de faire des briquettes de lait infantile était très bonne. Ce n'est pas le problème ". Alors, cela vient-il du fameux dépôt protéique au fond de la briquette ? " Avec le procédé thermique validé avec Tetra pak et Synutra, il n'est pas possible d'avoir zéro dépôt jusqu'au dernier jour de la DLC. Avec une recette de lait infantile, le risque de dépôt est moindre mais il existe quand même. " Pour MLC, le problème vient de " l'échec commercial de Synutra. Quand nous sommes allés visiter leur site en Chine début juin, il y avait un stock important de briquettes et certaines avaient une DLC qui correspondait à une production chez nous en octobre 2017 ! Pas étonnant qu'il y ait un dépôt ". Synutra voulait des pailles rigides. " Elles grattent le fond de la briquette et augmentent le risque de remontée du dépôt dans la bouche du consommateur. D'où les retours clients qu'ils ont eus. "

MLC attend son agrément chinois lait infantile

MLC n'a toujours pas obtenu son agrément chinois pour exporter ce lait en tant que lait infantile. Cette absence d'agrément a servi de prétexte à Synutra pour rompre son contrat. "Nous parlons de prétexte, car ils savaient très bien que suite à l'affaire Lactalis, tous les dossiers de demande d'agrément chinois étaient bloqués par l'administration française. " Par ailleurs, MLC explique qu'avec Tetra pak, le travail était engagé pour réduire le problème du dépôt protéique. Il semble donc évident que Synutra France ne voulait pas chercher à surmonter les difficultés.

MLC a pu réorienter le lait sur ses autres sites. « Cet hiver, nous aurons les capacités de transformation et nous fabriquerons davantage de fromages, beurre et crème. France Frais, notre réseau de 129 filiales de grossistes distributeurs, achète davantage de produits MLC. Habituellement, le réseau valorise entre 30 et 35% de nos fabrications. On arrivera à 40% dans le contexte actuel », expose le président Christophe Levavasseur.

Pour les six lignes de briquettes, MLC cherche de nouveaux partenaires. « Nous avons trois pistes. La première est de transformer pour le compte d'autres industriels laitiers. La deuxième est de vendre nos briquettes à des distributeurs chinois. Nous attendons avec impatience l'agrément chinois. La troisième piste est de vendre nos briquettes à des acteurs du Moyen-Orient, du Maghreb et d'autres pays d'Afrique. »

Sodiaal veut développer ses marques propres de poudre de lait infantile

Sodiaal est en négociation pour racheter une partie du site de Carhaix : la partie réception et les tours de séchage. Sur une capacité de 80 000 tonnes, Sodiaal produirait à parts égales pour sa propre activité (marchés Europe, Moyen-Orient, Chine) et pour Synutra. « Notre plan #Value prévoyait un projet de construction d'un nouveau site de nutrition infantile, avec notamment un nouvel outil de poudre de lait infantile. Le rachat de Carhaix va nous faire gagner trois à quatre ans. Et c'est un très bon timing, étant donné que nos sites actuels sont saturés (3 tours pour 30 000 tonnes de poudres) et que nous n'aurions pas pu répondre à certains clients s'il avait fallu attendre un site neuf. Cette usine est un bel outil malgré ce que l'on a pu entendre dire sur des problèmes techniques. Contrairement à Synutra, qui est spécialisé dans le conditionnement, nous avons un vrai savoir-faire en tours de séchage (une vingtaine en tout chez Sodiaal) et en nutrition infantile. Nous avions anticipé cette dépense. Il n’y aura donc pas besoin de réaliser d’économies supplémentaires, ni de vendre certains actifs, ni de faire appel à des parts sociales», explique Damien Lacombe, son président.

 

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