L’Europe en jeu
Que restera-t-il de la manifestation des agriculteurs français du 27 avril dernier ? Il y a fort à craindre qu’une majorité d’automobilistes banlieusards n’en retiendra qu’une chose : les paysans n’ont rien à envier aux manifestants professionnels qu’ils feignent d’honnir. Comme eux, ils se servent du blocage du trafic pour faire valoir leurs revendications ; et ils poussent le mimétisme jusqu’à emprunter un itinéraire symbolique, celui qui mène de la Nation à la République ! Les apparences vont pourtant à l’encontre des intentions d’un monde qui n’attend qu’une chose : s’émanciper d’une assistance qui l’épuise. L’horizon auquel les céréaliers et autres éleveurs qui ont défilé mardi aspire, c’est de pouvoir vivre d’un revenu qu’ils auraient dégagé de leur travail. Cela nécessiterait certes quelques aménagements : assouplir les réglementations qui brident ce secteur d’activité et réguler son économie par le soutien de la puissance publique en matière de stockage, de restitution ou d’intervention. Cette responsabilité relevait de l’Europe depuis près de cinquante ans. Certains États membres manifestent aujourd’hui l’intention de se désengager partiellement de leur participation à la Pac après 2013. Cette évolution constitue un paradoxe flagrant dans l’époque que nous vivons. Personne, ni en Allemagne ni en France, n’envisage ouvertement d’abandonner aujourd’hui la Grèce au fond du gouffre financier dans lequel cet État membre s’est enfoncé. Comment imaginer que les mêmes dirigeants européens acceptent de laisser disparaître une agriculture qui constitue depuis les années 60 le fondement même de l’Europe communautaire ? Pourtant, aux infos du matin, la déconfiture de la Grèce fait les gros titres. Pas celle de l’agriculture européenne. L’avenir de la Pac mérite mieux que les commentaires de la circulation routière. Au moins la une des pages économiques, si ce n’est la une tout court.