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Filière
Le porc français entre montée en gamme et concurrence

La filière porcine éprouve certaines difficultés pour mettre en place sa montée en gamme tout en restant compétitive sur le marché européen. Elle souffre de dumpings fiscal, social et environnemental en face de ses principaux rivaux du Vieux Continent.

© DR

Dans un contexte où le prix du porc perçu par les éleveurs en France est en baisse de 18,9 % en mai 2018 par rapport à 2017, selon l’Institut du porc (Ifip), tombant à 1,36 €/kg, la filière a la volonté politique de participer à la montée en gamme. « On n’a pas le choix, les consommateurs attendent certaines choses de nous maintenant, nous devons nous adapter pour maintenir notre crédibilité », affirme Arnaud Fontaine, porte-parole des transformateurs de viandes porcines et chargé des produits secs à la Fédération des industries charcutières, traiteurs et transformatrices de viandes (Fict), lors de l’assemblée générale de l’Interprofession nationale porcine (Inaporc), le 4 juillet dernier.

Le processus de montée en gamme est bien lancé en France, avec différentes actions mises en place, comme le renforcement de la segmentation, répondant à la politique d’excellence de la gastronomie française. Déjà 80 % des produits charcutiers vendus (sur une production de 80 000 t) s’inscrivent dans la segmentation (Le Porc français, label Rouge, Agriculture biologique). « Nous visons des produits d’élite plutôt que des produits de masse », déclare Bernard Vallat, président de la Fict.

Vers une révision du cahier des charges du label Le Porc français

Pour cela, Inaporc souhaite réviser le cahier des charges du label Le Porc français. « Le label est une indication d’origine, mais il doit amener de nouvelles garanties par rapport au bien-être et à l’environnement », précise Thierry Lirot, chef de groupe achats à Auchan et représentant des distributeurs à l’AG d’Inaporc. Les entreprises sont unanimes quant à l’enrichissement du cahier des charges, qu’elles souhaitent conclure rapidement. « Nous projetons d’officialiser le nouveau cahier des charges Porc français pour mi-2019 », informe Bernard Vallat.

De nouvelles garanties sur le bien-être et l’environnement

Inaporc souhaite faire appel à une entreprise extérieure pour contrôler la mise en place des bonnes pratiques du cahier des charges. « Si quelqu’un ne respecte pas les consignes, il se verra interdit de mettre le logo Porc français sur ses produits, pour ne pas prendre le risque de desservir la grande majorité des acteurs », poursuit Thierry Lirot. De son côté, la Fict, qui travaille sur la création du label Charcuterie de France, validera courant 2019 son nouveau code des usages pour les industriels charcutiers qui prévoit notamment une diminution du taux de nitrites dans les jambons cuits de 40 mg/kg par rapport à la teneur actuelle, qui ne dépasserait pas les 80 mg/kg.

Des distorsions de concurrence au sein de l’UE

La France rencontre cependant des difficultés à l’export, et souffre de dumpings par rapport à ses concurrents européens, malgré la récente révision de la directive sur le travail détaché. « Nous sommes un pays performant, mais pas compétitif », souligne Loïc Evain, directeur adjoint de la direction générale de l’Alimentation (DGAL). Les coûts fiscaux, environnementaux et sociaux sont différents au sein de l’Union européenne. « Les Pays-Bas ne prennent aucune mesure concernant leur impact environnemental et le bien-être animal, alors que la France y investit beaucoup d’argent », pointe du doigt Boris Dufflot, chef du pôle économie de l’Ifip.

Un problème de coûts

Frédéric Monnier, porte-parole des fabricants d’aliments à l’AG d’Inaporc, préfère mettre l’accent sur le dumping que l’Allemagne fait subir au reste de l’Union européenne, à commencer par le volet social dû au coût de la main-d’œuvre outre-Rhin, moins onéreuse qu’en France. Mais l’Allemagne, qui a l’indice de compétitivité le plus élevé d’Europe, a surtout été accusé d’un dumping fiscal, au point de voir une mesure d’infraction lancée à son encontre. « Les Allemands prônent le développement de leur production grâce à un carrousel à la TVA : les naisseurs engraisseurs vendent officiellement leurs animaux avec un taux de TVA à 10 %, alors qu’ils sont officieusement vendus avec un taux à 7 %. De cette manière, ils peuvent ainsi économiser 15 000 euros par an, leur permettant d’investir dans de nouveaux bâtiments, et consolider leur filière. Aucun travail n’a été fait pour réduire les distorsions de concurrence », dénonce Frédéric Monnier.

À ce titre, il est plus difficile d’investir en France pour la modernisation de la filière porcine que nécessite la montée en gamme, notamment en matière d’infrastructures. « L’excellence française, sur laquelle nous jouons sur les marchés internationaux, génère un problème de coût. Il sera difficile pour certaines PME charcutières d’innover pour la montée en gamme, car elles n’ont pas les moyens financiers. On espère qu’il y ait des repreneurs pour les entreprises en difficulté », souligne Bernard Vallat.

Certains aimeraient être davantage aidés par l’État. Il « doit nous aider pour moderniser nos outils d’élevage et nous accompagner sur le dumping social européen, ça serait déjà pas mal », souligne Michel Bloc’h, représentant des fabricants d’aliments à l’AG d’Inaporc.

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