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CARREFOUR, Séverine Fontaine : « La blockchain est amenée à devenir un standard »

La blockchain, cette nouvelle grande innovation du secteur financier, est arrivée dans l’alimentaire à l’initiative de Carrefour. Une première européenne qui prend encore plus de poids avec l’adhésion de Carrefour au réseau IBM Food Trust.

© S. Fontaine

Carrefour rejoint le réseau IBM Food Trust. Pourquoi ?

Séverine Fontaine - Nous avons lancé en mars dernier la première blockchain alimentaire avec le poulet fermier d’Auvergne Filière qualité Carrefour (FQC). Concrètement, un QR code permet au consommateur d’accéder au parcours du poulet, du couvoir à nos magasins, en passant par le nom de l’éleveur, ses pratiques, l’alimentation du poulet… Depuis, nous poursuivons nos développements en interne : les tomates FQC (de pleine terre et sans herbicides de synthèse) et les oeufs FQC (de poules élevées en plein air, sans traitement antibiotique pendant la période de ponte) sont déjà blockchaînés ; d’autres produits FQC comme le pomelo chinois, l’orange, le lait microfiltré (issu de vaches nourries sans OGM et élevées au pré pendant la saison) bénéficieront de cette technologie. D’ici 2022, notre objectif est de codifier nos 100 FQC en France, mais aussi de disposer de la blockchain sur nos filières internationales. Nous avons également entamé une réflexion sur l’extension de la technologie à d’autres produits, marques distributeurs Carrefour voire marques nationales. Rejoindre maintenant la plateforme IBM Food Trust en tant que membre fondateur, c’est être partie prenante dans la définition du standard blockchain de demain et interagir avec un réseau de partenaires clés pour l’industrialisation du processus (industriels, distributeurs, GS1…).

 

Qu’en attendez-vous ?

S. F. - Nous maintenons une approche duale qui nous permet de développer nos blockchains en interne au plus près de nos partenaires FQC et de nous appuyer sur le réseau IBM Food Trust pour construire ensemble les standards des blockchains de demain. La blockchain permet d’améliorer la transparence et de garantir la traçabilité des produits vis-à-vis des consommateurs. C’est un registre d’informations générales sécurisées organisées en chaîne de noeuds. En standardisant les informations, nous pourrions démultiplier les démarches et aller plus vite. Carrefour ambitionne dans le cadre de son programme Act for food d’établir une blockchain pour toutes ses filières qualité partout où l’enseigne est présente, soit dans 21 pays. Nous prenons en ce moment la mesure de cette volumétrie et tentons de standardiser donc les procédures au sein de ce consortium.

 

Qu’entendez-vous par standardiser ?

S. F. - Standardiser veut dire définir. Définir les mots comme éleveur, collecte, abattage… L’objectif est de créer un langage commun et d’aboutir à un référentiel mondial de la blockchain pour faciliter la récolte d’informations qui seront les mêmes pour tous. Ceci ne nous empêchera pas toutefois de personnaliser certaines informations au sein d’un bloc de données.

 

Qui financera ce déploiement ?

S. F. - Pour cette première année, Carrefour a financé les investissements pour établir la blockchain des huit produits avec lesquels nous avons démarré. Le travail a été fait en interne par nos équipes. Avec nos fournisseurs, nous avons défini les attributs qu’il faut renseigner. Des attributs avec des preuves pour lesquels nous pouvions récolter des informations numériques. Pour le grand déploiement, le modèle économique reste à écrire. Une chose est sûre, la mise en place de la blockchain avec nos partenaires sous-entend une relation durable pour pérenniser les investissements réalisés.

 

À qui appartiennent les données ?

S. F. - À ceux qui les émettent. Une charte juridique est établie avec les entreprises. Elle spécifie quelles données qui peuvent être visibles et par qui. Dans nos blockchains privées, elles sont stockées chez Carrefour. Nous mettons à disposition des partenaires qui le souhaitent un kit d’installation et l’accompagnement informatique nécessaire pour héberger un noeud chez eux, sur leur système informatique.

 

Jusqu’où doit-on pousser l’acquisition d’informations ?

S. F. - C’est une telle attente des consommateurs que nous ne pourrions pas y échapper. Il faut juste décider avec les partenaires quelles données on offre à voir, sous quelle forme et à qui. Aujourd’hui, quand on dit sans traitement antibiotique, des vétérinaires attestent qu’ils n’ont pas delivré des antibiotiques aux élevages concernés. Les résultats des analyses libératoires sont utiles pour le service qualité Carrefour mais pas forcément pour les clients. En bien-être animal, les outils d’évaluation se construisent comme les colliers connectés permettant de représenter les déplacements des vaches.

 

La blockchain a-t-elle une valeur ? Et si oui, comment pensez-vous partager cette valeur avec vos fournisseurs ?

S. F. - La blockchain a une valeur de différenciation. À date, le prix consommateur n’est pas impacté. En revanche, nous espérons obtenir plus de vente la clientèle. C’est trop tôt pour pouvoir l’affirmer. Quoi qu’il en soit, la blockchain va sans doute devenir un standard et il est nécessaire de réorganiser les données dans ce sens.

 

Est-ce que cette transparence vous amènera à monter en gamme sur vos produits sous MDD ?

S. F. - Pour certains produits, nous pourrions en effet corriger nos cahiers des charges pour entrer dans la blockchain. Toutefois, nous restons convaincus que c’est la transparence qui prime même quand tout n’est pas parfait. Il faut montrer la vérité et instaurer des paroles vraies. C’est l’occasion de montrer le savoir-faire des entreprises et des agriculteurs.

 

Quel sera l’impact sur la traçabilité ?

S. F. - La blockchain permet, contrairement au code à barres, de tracer des lots. C’est un plus quand il s’agit de faire un rappel. Les clients, qui nous auraient autorisés à les contacter par exemple grâce à la carte de fidélité, pourraient être prévenus directement en cas de problème.

 

Pourriez-vous nous donner un exemple dans le lait ?

S. F. - Pour le lait frais microfiltré, dont la blockchain est en cours de réalisation, nous commercialisons une partie du lait d’environ 85 producteurs normands qui livrent à Gillot. Le lait est embouteillé par la Laiterie Saint-Hilaire-de-Briouze. Nous avons identifié pour chaque lot, les producteurs collectés, avec la date de collecte, de transformation… L’avantage du QR code comparé au code-barres est d’offrir un espace quasi-infini pour exposer les données avec des photos, des vidéos…

 

À SAVOIR

• La blockchain, a été créée en 2008 avec la cryptomonnaie Bitcoin. Il s’agit d’une technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle. En pratique, les utilisateurs envoient dans une base de données collaborative, des informations et des liens internes vérifiés et groupés à intervalles de temps réguliers dans un block différent. Au fur et à mesure, la chaîne se construit. L’ensemble est sécurisé par cryptographie et la liste d’enregistrement est protégée contre la falsification ou la modification par ces noeuds de stockage. Ainsi, il est impossible d’effacer les données qui entrent dans la base depuis le démarrage de la chaîne. La blockchain met à disposition des informations en temps réel et il est possible de contrôler qui voit quoi. Tous les acteurs d’une chaîne sont impliqués et la gouvernance se trouve grâce aux blocks indépendants, décentralisée.

 

Le projet IBM Food Trust a été construit aux États-Unis en août 2017. Il a été co-construit avec les distributeurs Walmart et Kroger ainsi que des industriels dont Nestlé et Unilever. Il s’agit d’une plateforme collaborative de traçabilité alimentaire reposant sur la blockchain et le protocole Hyperledger. Après 18 mois de tests durant lesquels des millions de produits alimentaires individuels ont été tracés par les distributeurs et les fournisseurs, le réseau est désormais disponible dans le monde entier. Carrefour a rejoint la plateforme dernièrement.

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