[Edito] Vite ! une taxe carbone aux frontières

Le tribunal administratif de Paris a reconnu le 3 février, pour la première fois, que l’État a commis une faute en ne respectant pas ses engagements de réduction de gaz à effet de serre. Une décision « historique », saluée par les ONG (Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace, Oxfam et l’association Notre affaire à tous), réunies sous la bannière l’Affaire du siècle, qui poursuivaient l’État en justice. L’État est condamné à verser 1 euro symbolique à ces quatre associations. Il s’agit là du premier grand procès sur le climat en France et on imagine que ce n’est qu’un début, la pression environnementale étant amenée à s’intensifier sur les pouvoirs publics. Comment s’en offusquer ? Les jeunes générations méritent que l’on respecte un peu mieux la planète. Les dégâts du changement climatique sont désormais incontestables, visibles chaque jour davantage. La prise de conscience est collective, espérons-le tout du moins, et les efforts se multiplient dans tous les secteurs, l’agroalimentaire en tête. C’est en effet sur cette filière que la pression de l’opinion publique s’avère particulièrement forte. Après le Nutri-Score, l’étiquetage carbone émerge (notamment l’Eco-Score lancé par Yuka et Open Food Facts) et devrait prochainement orienter les achats des consommateurs. Oui, mais voilà, si cette démarche favorise les entreprises engagées dans le développement durable, comment les protéger contre la concurrence déloyale provenant de pays dont l’accord de Paris sur le climat reste le cadet de leurs soucis ? Selon un rapport de l’Association française des entreprises privées, récemment dévoilé, la neutralité climatique visée par l’UE en 2050 risque d’entraîner une hausse de 23 % des « fuites de carbone » (délocalisations d’activités industrielles hors de l’UE, en priorité vers la Chine, la Russie, l’Inde ou le Brésil). Face à ce risque, la commission Environnement du Parlement européen demande la mise en place d’une taxe carbone aux frontières. Une solution qui devient de plus en plus inéluctable, et que la France devrait rapidement défendre si elle veut protéger ses agriculteurs et ses industries alimentaires respectueuses de l’environnement.