Vente à perte généralisée ?
Vendre à perte est interdit en France, pourtant si l’on en croit le rapport des prix et des marges, cette pratique est très courante dans l’agriculture. Depuis huit ans, date de la création de cet observatoire, les producteurs de viande bovine « n’ont jamais vu leur coût de production couvert non seulement par le prix de marché, mais en incluant la rémunération du travail et du capital », selon son président Philippe Chalmin. En 2017, si les prix agricoles ont progressé en France de 3 %, cela n’a pas empêché un grand nombre de filières agricoles de vendre en dessous de leurs coûts de production. Un constat observé dans la quasi-totalité des secteurs, à l’exception du porc et du lait. L’économiste Philippe Chalmin ne pointe pas de responsable de cette situation. Il martèle en revanche que le grand gagnant de l’affaire est le consommateur, qui ne s’en rend pas compte, ayant pris l’habitude de consacrer de moins en moins de budget à son alimentation. L’ONG Oxfam estime pour sa part dans un rapport publié le 21 juin que c’est bien la grande distribution qui « est devenue la gardienne du commerce alimentaire mondial », faisant pression sur les coûts des producteurs tout en leur imposant des « exigences de qualité des plus rigoureuses ». Et de demander aux supermarchés de réorienter une partie de leurs bénéfices vers les producteurs plutôt que de reverser des milliards de dollars de dividendes à leurs actionnaires. Si ce rapport est volontiers taxé de caricatural par ses détracteurs, il n’est quand même pas faux de pointer le déséquilibre du partage de la valeur au sein de la chaîne agroalimentaire, phénomène renforcé par la volatilité croissante des marchés agricoles. Le consommateur se voyant épargné au maximum de ces fluctuations (comme dans le cas de la crise du beurre en France), l’industrie est régulièrement soumise à des équations insolubles, à tel point que les patrons hésitent de plus en plus à transmettre leur entreprise à leurs enfants. Les solutions seraient de réguler à nouveau les marchés agricoles ou d’obliger les filières à transmettre les variations de prix au consommateur. Pas sûre que ni la réforme de la Pac ni la loi Alimentation obtiendront de tels résultats…