« On n'est pas très sexy »
« Nous, les industries agroalimentaires, on n'est pas très sexy pour les sociétés d'investissement. Mais nous sommes résilients, il faut se le dire. Ce serait bien que se créent des fonds patients pour trouver des solutions nouvelles », déclarait Jean-Philippe Girard, président de l'association nationale des industries alimentaires (Ania) le 21 janvier lors de la présentation de ses vœux. L'idée tient à cœur au président-directeur général d'Eurogerm, mais pour l'heure les fonds s'intéressent encore peu à l'agroalimentaire français. Aux États-Unis, le secteur attire depuis peu des grands acteurs de l'économie et des fonds de capital-risque. Bill Gates, l'ancien président-directeur général de PayPal, les cofondateurs de Twitter ou encore un cofondateur de Google viennent de placer des capitaux dans des start-up d'un genre nouveau. Ces entreprises, Creek Foods, Beyond Meat, Modern Meadow ou encore Soylent, produisent ou veulent produire des substituts végétaux d'œufs, des blancs de poulet à partir de plantes ou encore des steaks de bœuf par impression 3D. Après les OGM, cette industrie agroalimentaire high-tech a peu de chance de séduire les consommateurs français. Mais faut-il surfer sur l'univers de « l'aile ou la cuisse » pour susciter l'intérêt d'investisseurs ? Sans aller si loin, de larges perspectives s'ouvrent aux industriels qui, par exemple, cherchent à améliorer le bien-être des séniors. Le pain brioché G Nutrition, conçu dans le cadre du pôle Vitagora et présenté le 24 janvier dernier à Bercy, fait ainsi partie de ces innovations prometteuses qui pourraient intéresser des investisseurs pas trop gourmands. Le Crédit agricole doit ouvrir un village de l'innovation à deux pas des Champs-Élysées qui accueillera de jeunes pousses intervenant notamment dans l'agroalimentaire. Espérons que cette initiative ne sera pas qu'un épiphénomène et que les fonds et banques vont enfin considérer l'agroalimentaire d'un œil nouveau et voir en elles un secteur plus sexy. Nathalie Marchand