[Edito] Négociations 2019 : un bilan si noir ?

« Où sont passés les 600 millions d’euros gagnés par les distributeurs suite au relèvement du SRP ? Aujourd’hui, ni les entreprises de l’alimentation ni les agriculteurs n’en ont vu l’ombre d’un centime ! » a déclaré Richard Girardot, président de l’Ania, le 3 avril lors d’une conférence de presse. D’après l’observatoire des négociations commerciales de l’association, 49 % des industriels auraient accepté des baisses de tarifs demandées par les distributeurs. Pour l’ensemble des entreprises, la déflation se chiffre à -0,5 % en 2019. Une analyse contestée par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), pour qui la publication de cette étude « au caractère biaisé et totalement orienté » ne vise « en réalité » qu’à cacher « le manque total de transparence des industriels sur les retours des hausses consenties vers les producteurs agricoles ». Et d’appeler à un changement « urgent de comportement des représentants des grandes entreprises agroalimentaires multinationales ». Sous-entendu, l’Ania ne représente que les grands groupes. La FCD affirme que le bilan officiel, qui sera fait fin avril par la médiation des relations commerciales agricoles, permettra de démentir ces « affirmations déconnectées de la réalité ». D’ores et déjà, Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d’État, a présenté le 4 avril un bilan plus nuancé des négociations commerciales devant le Sénat. Selon les contrôles réalisés auprès de 150 PME, 115 ETI et 20 très grands groupes, la déflation serait de l’ordre de 0,27 %, avec des prix à +0,90 % pour le secteur du lait et des fruits et légumes, et de +0,71 % pour les PME. Les négociations les plus difficiles auraient concerné les grands groupes, dusecteur des alcools. « Globalement le comportement des distributeurs a été plus constructif et moins agressif. Avec des demandes de déflation deux fois plus faibles que l’an passé », a déclaré la secrétaire d’État, d’après les remontées informelles des transformateurs agroalimentaires. Certes des « comportements condamnables » seraient toujours à déplorer, mais la situation ne serait peut-être pas si caricaturale que présentée par l’Ania…