[Edito] Jacques Attali et la caricature

Il ne manquait plus que ça ! Jacques Attali publie un ouvrage intitulé « Histoires de l’alimentation » et appelle à un profond changement des comportements alimentaires pour sauver la planète… Sans même avoir lu son livre, l’envie est grande de tweeter un émoticone soufflant de la fumée par le nez puis un autre se tenant le front. Un comportement puéril ? Certes ! Faute de temps pour le lire (promis ce sera fait pour le prochain numéro !), mieux vaut s’intéresser un peu à l’affaire en lisant quelques interviews que l’expert n’a pas manqué d’obtenir pour la sortie de son énième ouvrage. Jacques Attali y rappelle l’obsession des élites depuis des millénaires « à donner à manger au peuple ». Et quand ils n’y parviennent pas, comme en 1789 en France, c’est la révolution. La chose est connue ! Plus intéressant, il défend la thèse selon laquelle manger serait « un acte subversif » pour le capitalisme : puisque quand vous mangez, vous ne produisez pas, d’où l’industrialisation lancée au milieu du XIXe siècle par les États-Unis pour réduire le temps consacré aux repas. L’alliance entre Will Keith Kellogg et Henry John Heinz serait à l’origine de l’alimentation contemporaine. Le premier, proche des évangélistes, prône que c’est péché de trouver plaisir à manger et l’autre vante sa sauce pour masquer le mauvais goût de la nourriture. On en viendrait presque à vouloir se plonger dans l’ouvrage si la conclusion, du moins telle que Jacques Attali la vend aux médias, ne paraissait pas décevante. Pour nourrir les 10 milliards d’êtres humains peuplant la planète en 2050, pas d’autres solutions que de trouver des substituts (viande artificielle, algues, insectes) ou de désindustrialiser l’alimentation et aller vers un modèle tout bio. Jacques Attali s’y connaît-il vraiment en agroalimentaire ? Sait-il que les Français continuent à consacrer 2 heures par jour en moyenne à leur repas, et sont pour autant inscrits dans un modèle capitaliste ? Certes, l’agriculture doit évoluer face aux attentes environnementales, mais le tout bio générerait des risques de famines bien trop élevés pour des régimes démocratiques. Pourquoi tomber dans la caricature ?