Début de campagne préoccupant
La campagne de pommes de terre primeurs s’était engagée sous de bons auspices avec une bonne récolte en volume, permettant de compenser les quelques pertes de surfaces et, surtout, une très belle qualité par rapport à ce critère décevant l’an dernier. Mais sur le plan commercial, la tendance n’a pas suivi l’aspect très positif de la production et l’on attaque le gros de la campagne dans des conditions difficiles, entraînant même des arrêts d’arrachage pour éviter la surcharge d’un marché qui ne se dégage pas.
L’export de primeurs démarre mal
Les chiffres d’exportations sont d’ailleurs éloquents. Au 1 er mai, les exportations françaises de primeurs ont porté sur 12 700 tonnes contre 27 200 l’an dernier, même époque, 25 200 il y a 2 ans et 21 500 au 1 er mai 2006. Par rapport à l’an dernier, seule l’Espagne est en nette progression par rapport à l’an dernier avec 2 500 tonnes contre 1 200. Les ventes à l’Allemagne (2 700 tonnes contre 7 700) ou à la Grande-Bretagne (300 tonnes contre 1 200) s’effondrent et même les opérations de dégagement tentées vers la Russie n’ont mobilisé que quelques camions épars pour une marchandise offerte à des prix de braderie.
Le bilan financier, aussi, est lourd, avec une recette de 5,1 M€ contre 11,9 l’an dernier. La concurrence des autres bassins de production, arrivés parfois plus tôt, comme le Danemark, a joué, limitant les besoins de nos habituels clients.
En France, cependant, la concurrence de l’importation a été limitée puisqu’au 30 avril, 20 500 tonnes ont été importées, dont 13 500 en provenance d’Israël et 6 000 du Maroc, contre plus de 50 000 les années précédentes.
La vieille récolte concurrence la nouvelle
La concurrence est venue d’ailleurs, en particulier d’une persistance de l’offre en vieille récolte, dont on croyait que les stocks étaient bien plus réduits qu’ils ne l’étaient en réalité. La concurrence de la vieille pomme de terre française s’est portée jusqu’en Espagne, provoquant l’ire des producteurs de primeurs espagnols.
Sur l’intérieur, ce marché souffre aussi de la crise qui incite le consommateur à se tourner vers les articles les moins chers, en l’occurrence la vieille récolte, les consommateurs, surtout les jeunes, ayant de plus en plus de mal à établir le distinguo entre les deux types de marchandises, entre la pomme de terre de conservation et le légume frais particulier que représente la primeur. La campagne de pub radio a commencé et l’interprofession française de la pomme de terre (le CNIPT) a rappelé à la grande distribution que c’est le moment ou jamais de promouvoir la primeur. Mais les enseignes ont actuellement bien d’autres soucis avec les producteurs de lait ou de fruits et légumes d’été.