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Sucre, riz, curcuma : comment l’Inde fait grimper les prix 

Sur le marché mondial du sucre, du riz ou encore du curcuma, l’Inde est un exportateur clé. Les mesures mises en place par le gouvernement de Narendra Modi à l’approche des législatives et la baisse de production font grimper les cours mondiaux.  

Les prix du sucre, du riz et du curcuma devraient rester hauts après les élections législatives indiennes
© Image générée par l'intelligence artificielle

Sucreriz, curcuma, ces matières premières agricoles indiennes massivement exportées ont vu leur prix exploser sur le marché mondial ces derniers mois. L’indice FAO des prix du sucre a augmenté de 30,6 points (26,7%) comparé à 2022 pour atteindre 145 points. Pour le riz, la hausse annuelle est de 21%. Plusieurs facteurs expliquent ces hausses. 

Lire aussi : Pourquoi l'Inde fait flamber les prix du sucre ?

L’approche des élections législatives  

“Depuis plus d’un an, l’attention du gouvernement est principalement mobilisée sur les élections. Pour maîtriser l’inflation des prix alimentaires, le gouvernement de Narendra Modi utilise l’ensemble des outils à sa disposition pour contenir les prix à la consommation. Par exemple, il a mis en place des restrictions aux exportations (prix d’exportation minimum sur le riz basmati, taxes additionnelles sur les exportations d’oignons, interdiction d’exportation du blé) et mis en vente des stocks publics de céréales à prix bas sur le marché domestique”, nous explique Monique Tran, conseillère aux affaires agricoles à l’ambassade de France en Inde.  

Lire aussi : Riz : pourquoi les cours explosent ?  

Entre protectionnisme et opportunisme 

Nous avons tort de penser qu’une fois les élections législatives (entre avril et mai) passées, les prix se détendent sur le marché. “L’Inde a toujours eu une politique agricole et intérieure déconnectée du marché mondial en ce qui concerne les commodités de base, notamment blé, riz et sucre. Au niveau du commerce international, elle est perçue comme très protectionniste car il y a de nombreuses barrières tarifaires et non tarifaires, et opportuniste car elle n’exporte certaines commodités qu’en cas de surplus ce qui s’apparente à de l’export de dégagement avec des prix très bas”, ajoute Monique Tran. C'est encore plus vrai aujourd’hui alors que l’Inde veut garantir la sécurité alimentaire de sa population et est dans le même temps confrontée à d’importantes baisses de production.  

Lire aussi : L’Inde, géant méconnu de l’export de viande bovine

Chute de la production de sucre 

En sucre, “deux des trois principaux états producteurs, ont vu leur production de canne à sucre fortement diminué (- 40%) du fait de la sécheresse, vraisemblablement liée à El Niño, avec des rendements sucriers également faibles”, d’après la revue de presse de la direction générale du Trésor de New Delhi. “Au niveau du sucre, compte tenu des baisses de rendement cette année 2023 et même si la production reprend, il semble peu probable que l’Inde exporte de grande quantité les prochaines années, en particulier car le pays s’est fixé comme objectif d’incorporer jusqu’à 20% de bioéthanol dans l’essence afin de réduire ses importations de carburant”, complète la conseillère aux affaires agricoles. 

Lire aussi : Les échanges agroalimentaires dynamiques entre l’Inde et l’Union européenne

Un embargo sur les exportations de certains riz 

Pour le riz, “les restrictions aux exportations de riz cette année sont dues à la fois à un retard et à un déficit pour l’ensemencement du riz. Avec une mousson erratique, la production de riz en 2023 a été inférieure de -3 à -8% selon les sources par rapport à l’année précédente”, constate Monique Tran. Autre élément, le retour d’El Niño qui entraîne une baisse de la mousson et entrave la production de riz. “En prévision de mauvaises récoltes de riz [...] le gouvernement Modi a mis en place un embargo sur les exportations de riz non-basmati, dans l’objectif de calmer l’inflation sur cet aliment de base. [...] En réponse à cette mesure, les acheteurs internationaux se précipitent sur le riz basmati dans la crainte d’un embargo sur ce dernier”, peut-on lire dans la revue de presse de la direction générale du Trésor de New Delhi.  

Lire aussi : Pourquoi le marché européen du riz doit rester stable

El Niño perturbe la production de curcuma  

Les prix du curcuma ont explosé sur le marché rapporte Nedspice en prévision d’une chute des récoltes en 2024 estimée entre 20 et 25% sur un an.  Une nouvelle fois, le retour d’El Nino devrait perturber la récolte. Par conséquent, l’offre pourrait être inférieure à la demande, toujours selon Nedspice. 

Lire aussi : Inde : Envolée des envois agricoles bio vers l’UE

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