Viande
Abattoirs de proximité : une vingtaine de dossiers en cours
Plusieurs projets d’abattoirs de proximité pour les bovins, ovins ou porcins sont sur le point d’aboutir comme en Côte-d’Or ou en Loire-Atlantique, avec des modèles différents.
![Abattoir mobile du projet AALVie. © AALVie](https://medias.reussir.fr/lesmarches/styles/normal_size/azblob/2023-06/_LMH534_COEUR_ABATTOIR_NIV1.jpg.webp?itok=5ZwX383S)
Un peu partout en France, des collectifs d’éleveurs se mobilisent autour de la question de l’abattage de leurs animaux. La Confédération paysanne, les Associations pour le développement de l’emploi agricole et rural (Adear) et leurs partenaires accompagnent actuellement une vingtaine de projets d’abattoirs de proximité. « La réappropriation des outils d’abattage par les éleveurs leur permet d’accompagner leurs animaux et de garantir qu’ils soient traités dignement et sans le stress de longs trajets, notamment dans les zones du territoire dépourvues d’abattoirs. Elle assure aussi une réelle traçabilité pour ceux qui sont en circuit court et qui peuvent ainsi rassurer leurs consommateurs », explique Yves-Pierre Malbec, coordinateur national de la Confédération paysanne sur ce sujet, lui-même éleveur d’ovins dans le Lot.
Onze projets d’abattoirs mobiles et six dossiers d’abattoirs fixes sont actuellement gérés par des éleveurs seuls ou avec d’autres membres des filières en SCIC, comme ceux de Die (Drôme) ou de Lacs (Indre). Ce dernier a, en effet, été relancé par les éleveurs après une vidéo qui avait motivé sa fermeture en 2018 et dont le jugement a été prononcé le 7 avril 2021.
Première ouverture prévue en juin
Le premier projet d’abattoir mobile qui devrait voir le jour est une initiative privée en Côte-d’Or avec un abattoir complet en camions, sur le modèle de ce qui se pratique en Suède. Porté par l’éleveuse Émilie Jeannin à l’origine de la marque Bœuf Éthique, il est annoncé pour juin. « Le projet en Loire-Atlantique est tout à fait différent puisqu’il s’agit ici d’un caisson mobile, comme en Allemagne », détaille Yves-Pierre Malbec.
La chercheuse de l’Inrae Jocelyne Porcher avait alors participé à des réunions régionales d’éleveurs sur l’abattage. « Cette question a un vrai impact sur la pérennité des élevages dans certains territoires, et nous avons engagé la réflexion sur les abattoirs innovants, alternative aux abattoirs fixes qui sont de moins en moins nombreux. Pourtant, l’abattage de proximité existe en Suède et en Allemagne ou bien encore en Autriche et en Belgique », indique-t-elle.
Pour le responsable, le point de bascule date d’il y a quatre ans lorsque des vidéos, dénonçant certains sites, tournent sur le web : « Même si les vidéos sont critiquables, elles ont fait avancer les politiques avec le projet de loi, puis l’article dans la loi Egalim qui prône l’expérimentation de nouveaux systèmes. »
La réglementation est l’un des éléments qui bloquait en effet ces projets. « Nous accompagnons les groupes d’éleveurs qui se mobilisent, car l’élevage paysan a besoin de ces outils pour pérenniser des élevages extensifs, dans les différents territoires et répondre aux demandes des consommateurs pour de réels circuits courts. L’abattage est bien l’aboutissement de l’élevage. Nous ne voulons pas abandonner nos animaux à ce moment-là. Nous voulons être certains de leur bientraitance. Sans oublier que réduire le stress des animaux a aussi un impact sur la qualité de la viande », résume Yves-Pierre Malbec.
Loire Atlantique : le projet AALVie
Dès 2016, des éleveurs de l’ouest de Loire-Atlantique et du nord-Vendée se mobilisent sur l’abattage des animaux sur leur lieu de vie. Le collectif, AALVie compte désormais 200 éleveurs et éleveuses (150 exploitations). Ils ont choisi le principe d’un étourdissement à la ferme, puis la saignée dans une remorque mobile (caisson) avant mise en carcasse dans une unité fixe. Les différents caissons mobiles fonctionnent comme un prolongement de l’abattoir. Le test réalisé en 2020 avec un caisson acheté en Allemagne valide ces choix. Après une première levée de fonds sur Mimosaa, qui a permis d’embaucher Stéphanie Blais-Arrazat, le collectif cherche à rassembler les financements (3,5 M€) pour la construction de l’abattoir sans bouverie à Machecoul (Loire-Atlantique), car il n’en existe aucun dans les 60 km à la ronde.