Engraissement : « Mon autonomie est poussée un cran plus loin »
Nicolas Urbain, situé dans la Creuse, ne laisse rien partir en maigre. En 2023, la marge brute de son atelier viande frôle 157 000 euros. L’éleveur combine une parfaite maîtrise de la reproduction, des investissements en matériel raisonnés depuis vingt ans et une autonomie alimentaire quasi-totale qui assurent la rentabilité de son système naisseur-engraisseur.
Nicolas Urbain, situé dans la Creuse, ne laisse rien partir en maigre. En 2023, la marge brute de son atelier viande frôle 157 000 euros. L’éleveur combine une parfaite maîtrise de la reproduction, des investissements en matériel raisonnés depuis vingt ans et une autonomie alimentaire quasi-totale qui assurent la rentabilité de son système naisseur-engraisseur.



« Mon grand-père a fait partie des premiers adhérents de la coopérative des éleveurs de la marche (Celmar) à la fin des années soixante, dont la politique a toujours été d’aller jusqu’au bout dans la valorisation des produits », présente Nicolas Urbain, à Saint-Étienne-de-Fursac dans la Creuse. La totalité des bovins engraissés est contractualisée avec le groupement pour les filières bœuf limousin Label rouge. Sur la campagne 2022-2023, 40 jeunes bovins ont été abattus entre 14 et 17 mois à un poids moyen de carcasse de 436 kg, 40 femelles ont été valorisées en génisses de Lyon entre 14 et 24 mois (394 kgc), 15 autres ont été finies entre 24 et 30 mois (409 kgc) et 20 vaches de réforme sont venues compléter les ventes (496 kgc). « En janvier 2025, ces mêmes génisses lui seraient réglées entre 5,75 et 5,80 euros le kilo de carcasse, voire 6 euros dans les meilleures. Les jeunes bovins connaîtraient les mêmes ordres de prix. Quant aux vaches labelisables, celles de moins de 10 ans seraient valorisées entre 5,80 et 6,20 euros », calcule Michel Ringuet, responsable production bovine à la coopérative Celmar.
Figurant parmi les fermes de référence Inosys Réseaux d’élevage, Nicolas Urbain capitalise sur les essais menés de longue date et les données produites à l’échelle de son système pour maximiser son autonomie alimentaire et ainsi piloter ses bovins d’engraissement à l’économie. Sur la campagne 2022-2023, la productivité MO rémunérée s’élève à 45 114 kgvv/UMO. Le coût de production affiche 436 €/100 kgvv et le prix de revient, 362 €/100 kgvv. Les charges de mécanisation figurent en tête parmi les postes de dépense, mais restent tout à fait maîtrisées : 141 €/100 kgvv. La rémunération du travail permise par le produit équivaut à 2 SMIC/UMO, hors amortissements.
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Un travail perpétuel vers davantage d’autonomie
L’une des clés de rentabilité, l’amélioration continuelle du niveau d’autonomie alimentaire. L’autonomie énergétique et protéique des rations dépasse les 95 %, ramenant le coût des aliments achetés à 34 €/100 kgvv. Les besoins en paille sont couverts à 80 % (40 t achetées par an). Nicolas Urbain, très impliqué dans des groupes de travail sur cette thématique, n’hésite pas à innover. « J’ai tenté l’implantation de la féverole, mais le salissement et les rendements décevants ne m’ont pas convaincu. Le mûrissement par étage rendait par ailleurs la récolte en sec difficile, évoque Nicolas Urbain. Dans le cadre d’un GIEE avec la coopérative, j’avais introduit des méteils dans mes rotations de céréales à paille et testé plusieurs associations pois/féverole/triticale/blé. Les valeurs alimentaires et les rendements en grains étaient satisfaisants, mais une fois passé dans la batteuse, les volumes en paille étaient nuls. Ce que je gagnais d’un côté, je le perdais de l’autre. » L’introduction de la luzerne sur 6 ha a fini par payer. « L’apport de granulés (1/30) dans les rations d’engraissement a été divisé par deux, témoigne Nicolas Urbain. Afin de préserver la valeur apportée par les feuilles, je récolte en enrubanné. Je réalise au moins trois coupes, à 12 t de MS en moyenne. Si les conditions ne sont pas réunies, la première coupe est ensilée. » L’éleveur fait analyser ses fourrages au moins une fois par an.
Des investissements motivés par l’engraissement mais qui profitent à tous
Des investissements motivés par l’engraissement ont été réalisés au fil des années et garantissent à l’éleveur de meilleures conditions de travail. Une fabrication d’aliments à la ferme (FAF) a vu le jour dès le début des années 2000, pour une capacité de stockage annuelle de 150 tonnes. « C’est une installation qui n’avait pas coûté cher, amortie et fonctionnelle, qui me permet de stocker et de transformer toutes les céréales autoconsommées. » Elle comprend deux cellules de 55 tonnes pour les céréales à paille et une cellule de 33 tonnes pour le maïs grain. Deux autres de 9 et 12 tonnes servent pour la complémentation. « Si c’était à refaire, j’aurais privilégié le stockage à plat, alternative moins coûteuse et plus pratique pour verser et reprendre l’aliment », rapporte Nicolas Urbain. Pour gagner en simplicité de conduite, l’éleveur s’est équipé d’une mélangeuse avec bol pailleur (18 m3) en 2012 lorsqu’il a fait le choix de passer en ration sèche. Ce dernier n’a plus qu’à incorporer l’enrubannage et le minéral à son mélange de céréales aplaties à la FAF. « J’ai également opté pour un round baler équipé d’un hacheur, qui précoupe les brins de 6-7 cm, afin d’obtenir des rations plus homogènes. » L’hiver, le bol tourne dans les bâtiments d’élevage et d’engraissement.
Un plat unique complet
Les vêlages se répartissent sur deux périodes : de septembre à novembre et de février à avril. Cette conduite permet à la fois de mieux gérer le taux d’occupation en bâtiment, les éventuels tracas sanitaires et d’étaler les ventes. « Les veaux nés à l’automne rentrent en bâtiment à partir de décembre et reçoivent le même mélange grossier que leurs mères (ensilage d’herbe/ensilage de maïs/foin), auquel j’ajoute un peu de farine. Les veaux nés en hiver sont complémentés au champ à volonté à partir de début avril avec un mélange fermier (blé, orge, complémentaire 1/30), ce qui fait guise de transition alimentaire », appuie Nicolas Urbain. Tous les veaux sont sevrés à l’âge de huit mois. Ils sont systématiquement déparasités et démarrent la ration d’engraissement. Les mâles reçoivent en plat unique 4 kg bruts d’enrubannage de luzerne, 3 kg bruts de foin de prairie permanente de 1re coupe (8 % MAT), maïs grain, blé, orge, complémentaire 1/30 et minéraux dont les proportions totales varient entre 7,5 et 11 kg de MS entre le début (300-420 kgv) et la fin de l’engraissement (540-655 kgv), pour un objectif de GMQ à 1 500 g/j et une durée d’engraissement de 7 mois. En se basant sur les poids à 210 jours, l’éleveur estime que ses jeunes bovins font au moins 1 700 g/j. « En ration sèche, les derniers kilos sont plus difficiles à aller chercher sur la voie mâle (pour un objectif supérieur à 400 kg de carcasse), mais la valorisation de carcasses plus légères coïncide aussi avec les attentes de marché », rapporte l’exploitant.
Les génisses de boucherie et les vaches de réforme ont au menu la même base de ration (8 à 9 kg de MS), pour un objectif de GMQ à 1 050 g/j et une durée d’engraissement de 6 à 8 mois. « Pour 60 à 70 bovins à l’engrais, je réalise une seule distribution le matin (environ 1 tonne). Je compte environ 1 heure d’astreinte par jour, paillage compris », calcule Nicolas Urbain. Les mâles se répartissent dans huit cases par lot de sept en aire paillée intégrale dans un bâtiment qui leur est dédié. Dans une autre stabulation en aire paillée intégrale également, une cinquantaine de places sont réservées l’hiver aux génisses de première et seconde générations et l’été aux femelles d’engraissement. Tous disposent à volonté d’un foin le plus grossier possible.
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Chiffres clé de l’EARL Urbain

Natacha Lagoutte, conseillère spécialisée bovins viande à la chambre d’agriculture de la Creuse
« Mettre en avant des pratiques qui encouragent l’engraissement »
« Afin de préciser encore davantage les calculs de marge de son atelier viande, l’EARL Urbain s’est porté volontaire avec une quarantaine d’autres élevages naisseur-engraisseur de la région Nouvelle-Aquitaine pour participer au projet Efficasse(1). Ce programme, porté sur trois ans, vise à suivre de façon plus fine sur chaque exploitation support les itinéraires techniques, les conduites alimentaires et sanitaires, ainsi que les performances de lots mâles et femelles à l’engraissement (avec des pesées en début, milieu et fin d’engraissement). Les exploitations recrutées, qui cochent les cases de l’autonomie et d’un pilotage de l’engraissement à l’économie, illustrent une grande diversité de rations dans des zones plus ou moins herbagères. L’objectif est de proposer une large palette des pratiques qui se cultivent déjà sur le territoire, en appui de données technico-économiques fournies. Chacun pourra ainsi se référer à des exemples près de chez soi. Sur notre secteur creusois, au nord du département plus propice aux grandes cultures, de plus en plus d’éleveurs se posent la question d’abaisser le nombre de vêlages et, pour compenser le manque à gagner, finir quelques animaux. Souvent motivé par un départ en retraite ou une reprise en individuel, ce choix de conduite fait partie des solutions de rentabilité sans peser sur la charge de travail. »
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