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Détecter et gérer la consanguinité

Pour le renouvellement du troupeau, les béliers, issus d’une autre exploitation, ne doivent pas rester plus de deux ans sur le troupeau. Rappels des défauts génétiques visibles et conseils pour améliorer la variabilité génétique.

Certains défauts génétiques peuvent être le symptôme d’une consanguinité trop importante. Certains signes apparaissent dès la naissance comme des bégus, des cous tordus ou des hernies ombilicales, déjà plus rares. Ces défauts ne sont pas mortels, et certains peuvent passer inaperçus au départ. À vérifier de près, donc, lorsque l’on triera les agnelles pour l’élevage, et encore plus sur les futurs béliers. L’entropion (paupière du bas enroulée, blessant l’œil, rendant l’agneau pleureur dès la naissance, voire aveugle par la suite) s’observe couramment en Ile-de-France, mais aussi dans certaines souches de Vendéens et Texel. Il est inconnu chez les rustiques : donc, si un bélier de croisement (Ile-de-France le plus souvent) en est porteur, ses agneaux pleureront peu ou pas en première génération. Mais si l’on garde des brebis croisées, le défaut s’étendra, et il faudra « opérer » les jeunes en clampant la paupière quelques secondes.

Animaux chiqueurs ou faiblesse de la paroi du ventre

D’autres défauts apparaissent plus tard. Une faiblesse de la paroi du ventre entraînera une hernie inguinale chez un mâle (souvent à quelques mois), ou une éventration chez la brebis pleine, des années plus tard cette fois, mais c’est la même tare. Les prognathes, ou « grignards », fréquents chez les Mérinos, ne sont pas flagrants chez le jeune, mais s’accentuent avec l’âge, jusqu’à donner un aspect étrange aux vieilles brebis. Ce défaut est plus gênant pour l’esthétique que grave.

Bien plus ennuyeux, un défaut d’aplomb des molaires, qui poussent de travers, branlent et tombent, avec déformation de la mâchoire à la clé, apparaît à partir de trois ou quatre ans chez les sujets les plus exposés. Ce sont les animaux « chiqueurs », à la joue verte, qui ruminent de travers et recrachent des boules de rumination. Ce défaut, plus ou moins rare chez les rustiques, est très présent dans les races lourdes (Berrichons notamment) jusqu’à devenir la première cause d’amaigrissement de brebis « non vieilles » dans beaucoup de troupeaux.

Des familles à problèmes, signes de dégénérescence génétique

Moins flagrantes que les tares génétiques, les prédispositions sont à prendre en compte lorsque tel ou tel problème prend de l’ampleur d’une année sur l’autre. Ainsi, la tendance de certaines souches au prolapsus vaginal, voire double parfois, est bien connue. D’autres se montrent très sensibles aux boiteries contagieuses, fourchet puis piétin… Sur certaines races, on surveillera de très près les familles à mammites, voire à paratuberculose…

Dans ces exemples, la génétique n’explique évidemment pas tout, et il faut déjà suivre les mesures de prévention classiques. Mais on peut en outre repérer les « lignées à risque », et ne pas en garder d’agnelles. C’est du long terme, mais qui s’avère payant en cinq à dix ans…

Trois règles pour gérer la consanguinité

Pour éviter ou gérer la consanguinité, on appliquera les trois règles de Rochambeau, auteur avec Vu Tien Khang d’un rapport sur la gestion de la variabilité génétique dans les petites populations d’animaux domestiques. Il en ressort trois règles simples dont chacune contribue à limiter le risque de consanguinité.

Première règle, « les reproducteurs mâles et femelles doivent contribuer de manière équilibrée au renouvellement ». À la fin de sa carrière une brebis aura produit deux ou trois filles (maximum cinq ou six) alors qu’un bélier en lutte sur 50 brebis par campagne peut en laisser une trentaine par an ! Il est donc nécessaire que les béliers soient renouvelés très rapidement dans l’élevage.

Seconde règle, « les reproducteurs doivent être aussi nombreux que possible et il faut les renouveler rapidement ». C’est la conséquence de la première règle. Lorsque l’on est dans une logique de conservation de race, il est donc dangereux d’utiliser quelques mâles dits « fondateurs » et de les diffuser au maximum dans les élevages pour « garantir la pureté de la race ».

Troisième règle, « chaque élevage doit à la fois fournir et recevoir des reproducteurs mâles ». L’échange de mâles entre les élevages est donc fondamental dans la gestion de la variabilité génétique.

Des béliers « jetables » qui ne servent pas plus de deux ans

Concrètement, pour mettre en pratique ces trois règles sur un troupeau conduit traditionnellement, sans contrôle de paternité, tous les béliers utilisés comme pères d’agnelles doivent être nés ailleurs. La plupart du temps, les généalogies sont peu ou pas connues… Comment savoir alors que le bélier né sur l’exploitation ne va pas saillir sa mère, sa grand-mère, ses sœurs ou ses tantes ? Ensuite, le bélier doit servir deux ans maximum dans chaque exploitation. Et en évitant, bien sûr, de le mettre avec les agnelles la seconde année, pour l’empêcher de saillir ses propres filles. En sélection, chaque bélier ne devrait être utilisé que dans deux élevages adhérents maximum. Après c’est sans regret, direction la boucherie, ou un troupeau hors schéma.

Pour le bélier de croisement boucher, le souci est inverse. L’enjeu est qu’il ait une carrière longue, mais donc justement qu’il ne décroche pas trop prématurément, par le poumon, par les molaires, ou par les aplombs… La gestion de la variabilité génétique est une des missions des organismes de sélection. Dans certaines races, un effort est encore à faire sur ce point pour lutter contre les éléments de fragilité, éliminer les tares visibles et limiter les carrières de béliers parfois beaucoup trop longues. Il en va de la pérennité du noyau de sélection et de la motivation des jeunes à continuer la sélection, et dans le cas le plus extrême de la survie de la race.

La mise en place de règles de base, comme le bélier « jetable », a permis dans plusieurs races de regagner rapidement de la variabilité génétique… C’est bien la preuve que ça marche !

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