Centre-Ouest : des éleveurs ovins optent pour une gestion simplifiée de la reproduction
Pour améliorer leur efficacité, des éleveurs ovins spécialisés du Centre Ouest ont fait le choix d’une gestion plus simple de la reproduction.
Pour améliorer leur efficacité, des éleveurs ovins spécialisés du Centre Ouest ont fait le choix d’une gestion plus simple de la reproduction.

Ces dernières décennies, la conduite de la reproduction ovine dans les régions du Centre Ouest s’est complexifiée. Pour écrêter les pointes de travail, étaler les ventes ou optimiser l’utilisation des bâtiments, de nombreux éleveurs allaitants ont adopté une stratégie de fractionnement des agnelages.
Toutefois, la multiplication des lots d’agnelage allonge considérablement la durée du travail d’astreinte sur l’année. Gérer deux lots de 50 mises bas demande ainsi plus de temps qu’un seul lot de 100.
Limiter l’étalement des agnelages
Face à ces contraintes, plusieurs éleveurs du réseau ovin Centre Ouest ont choisi de simplifier leur organisation en réduisant l’étalement des mises bas.
En moyenne, dans cette région, la période d’agnelage s’étend sur cinq à six mois, avec environ 100 mises bas par mois et par unité de main-d’œuvre (UMO). Un quart des éleveurs ont toutefois opté pour une concentration des agnelages sur trois mois maximum, impliquant alors des pics pouvant atteindre 200 mises bas mensuelles par UMO.
Les stratégies mises en place varient : un agnelage unique au printemps ou encore une organisation en deux ou trois périodes très courtes. Autant de choix qui facilitent la gestion du troupeau tout en améliorant l’efficacité du travail.
Arrêt de la contre-saison
Au Gaec du Trançon, en Charente, deux associés ont décidé de supprimer la lutte de contre-saison. Alexandre et Nadine Boutant pratiquaient auparavant deux périodes d’agnelage par an : une première entre octobre et décembre (avec synchronisation et insémination artificielle) pour produire des agneaux de bergerie, et une seconde, de janvier à mai, en monte naturelle, avec des agneaux d’herbe finis en bergerie.
Désormais, ils n’effectuent plus qu’une seule période d’agnelage, de janvier à mai, afin de simplifier leur organisation sur l’année et d’élever les agneaux surtout à l’herbe. Ce changement leur a permis de limiter la charge de travail sur l’année, notamment en s’affranchissant de certaines manipulations (chantiers de pose ou dépose d’éponges, inséminations artificielles) et en réduisant le temps de présence des animaux en bergerie.
Pour mettre en place cette nouvelle conduite, les éleveurs, à la tête d’un troupeau de 875 brebis et 43 vaches allaitantes, ont dû revoir leur organisation. Ils ont baissé le chargement en optant pour l’achat de vaches suitées plutôt que de génisses de renouvellement, réaménagé leurs parcelles (clôtures, eau, alimentation, implantation de haies), amélioré le potentiel des prairies semées en intégrant davantage de légumineuses et investi dans un parc de contention mobile pour faciliter les manipulations.

Entre 2020 et 2023, les résultats techniques montrent une légère baisse de la productivité numérique (de 103 à 99 %), de la prolificité (de 139 à 137 %) et une augmentation du taux de mortalité (de 15 à 19 %). Cependant, la réduction du nombre d’animaux élevés en bergerie a amélioré l’autonomie alimentaire. La consommation de concentré par brebis est passée de 123 à 94 kilos, tandis que la distribution de fourrage a diminué de 185 kilos de matière sèche par brebis à 118 kilos.
Regrouper les agnelages
Dès son installation, Vincent Bienfait, éleveur de 550 brebis de race Romane dans le Morbihan, a mis en place une conduite d’élevage simple et cohérente avec ses objectifs. Soucieux de favoriser l’autonomie, il cherche à maximiser le pâturage de ses brebis sur neuf mois de l’année tout en maintenant une bonne productivité et en limitant les pics de travail.
Son système repose sur deux périodes d’agnelage : l’une en août-septembre et l’autre en janvier-février. Pour regrouper au maximum les luttes, il introduit des béliers vasectomisés dans les lots quinze jours avant les mâles afin de provoquer un effet bélier. Après les échographies, réalisées un mois et demi suivant le retrait des béliers, les brebis vides sont intégrées au lot suivant.
Le renouvellement du troupeau est assuré par la sélection de 110 agnelles issues du lot de septembre, mises en lutte à un an. Chaque année, le rééquilibrage du lot de septembre est réalisé en accélérant 110 brebis (mises bas de janvier) en avril.

Pour garantir une bonne fertilité en contre-saison, Vincent Bienfait a choisi la race Romane, reconnue pour sa productivité et son aptitude au désaisonnement. Selon lui, « il est impératif d’obtenir des taux de fertilité élevés à chaque période afin d’éviter un déséquilibre des lots et du système de reproduction ».
Un autre enjeu majeur de ce système à deux périodes d’agnelage est la gestion de la charge de travail, notamment en raison de la taille des lots. « Il faut être bien organisé et bien équipé. Par exemple, les mises bas de janvier 2024 se sont déroulées en seulement dix jours », souligne l’éleveur morbihannais.