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Qui est Thierry Coste ? Le lobbyiste de la ruralité se dévoile dans un ouvrage

Dans Le plan secret de nos élites contre le monde rural, sorti le 12 octobre aux éditions Plon, le lobbyiste Thierry Coste, défenseur de la chasse et de la ruralité, éclaire sur son itinéraire tout en faisant des confidences sur les coulisses du traitement de la ruralité par les élites. Et ce à la veille des élections européennes.

Thierry Coste, lobbyiste.
Thierry Coste, lobbyiste, auteur de Le plan secret de nos élites contre le monde rural
© Plon

Le nom de Thierry Coste est apparu dans les médias au moment du départ de Nicolas Hulot du ministère de l’Ecologie (sur France Inter, l’ancien présentateur télé avait prétexté de sa présence la veille à l’Elysée lors d’une réunion d’arbitrage sur la chasse pour annoncer sa démission surprise). Mais qui est ce lobbyiste assumé, omniprésent dans les couloirs des ministères sur les questions liées à la chasse et à la ruralité ? Son ouvrage Le plan secret de nos élites contre le monde rural (1) sorti le 12 octobre nous en dit plus sur l’homme de l’ombre.

Ancien paysan et militant rural

« Thierry Coste, ancien paysan et militant rural, est un lobbyiste renommé. Il n’a fait ni l’Ena, ni polytechnique », voilà comment l’auteur est défini par le communiqué de presse de son éditeur Plon. « Thierry Coste a été paysan et vit toujours à la campagne. Il est conseiller de la Fédération nationale des chasseurs et le secrétaire général de l’Alliance des sports et loisirs de nature », lit-on en dernière de couverture de l’ouvrage.

Mise à jour : L’Alliance Rurale : qui est derrière la liste aux élections européennes, avec quel programme ?

Thierry Coste a été paysan durant dix ans

Né à Poligny dans le Jura, Thierry Coste a passé son enfance à Sochaux dans le Doubs. Sa passion : les balades dans la campagne. A 15 ans, il crée un club de la nature puis, avec l’ambition de devenir garde-chasse, s’oriente après la troisième vers un lycée agricole où il devient « l’un des leaders lycéens de la mouvance trostkiste ». Il réalise son premier stage chez André, éleveur de vaches laitières montbéliardes dans le nord de la Haute-Saône, et se passionne pour le métier. Pendant plus de deux ans, après le lycée agricole, il officie au premier service de remplacement de la région, puis décide de s’installer avec sa jeune épouse sur une petite ferme près de Vesoul avec un petit troupeau de moutons et de chèvres. Le maire refuse qu’il agrandisse ses terres, il s’installe dans une ferme plus grande.  

Non sans regret, nous avons vendu la ferme

En 1984, après dix ans de métier d’agriculteur, Thierry Coste jette l’éponge devant le montant des investissements nécessaires à la modernisation de son cheptel. « Non sans regret, nous avons vendu la ferme. Je me souviens du dernier jour. Le déchirement en quittant les bêtes », écrit-il. 

Voir nos articles sur la ruralité


Membre de commandos contre l’accaparement des terres

Pendant ses années d’agriculteur, Thierry Coste raconte qu’il appartenait au syndicat minoritaire des Paysans travailleurs, qui organisait de nuit des petits commandos pour « lutter contre l’accaparement des terres par des bouchers et maquignons qui mettaient la pression sur des petits paysans pour les faire partir ». Leur technique : couper les fils barbelés des clôtures et pousser le troupeau dans les forêts. Thierry Coste participe aussi, pendant la crise du lait, à vider des litres de lait dans les fossés pour faire remonter les prix.

Lire nos articles sur la chasse


L’homme qui murmure à l’oreille des présidents sur la ruralité 

Livre de Thierry Coste

A partir de 1985, Thierry Coste s’oriente vers le lobbyisme, qu’il pratique toujours aujourd’hui. Il crée un cabinet en conseils en stratégie, nommé Atout Vert, et s’intéresse d’abord à la lutte contre les incendies de forêts. Ce premier dossier lui permet d’avoir l’écoute de François Mitterrand qu’il conseillera ensuite sur « toute la politique environnementale ». Ce qui lui vaudra d’être en disgrâce auprès de Jaques Chirac, qui selon Thierry Coste « confondait la ruralité et l’agriculture » et sous-traitait « facilement la politique agricole par les leaders du domaine qui devenaient ministres, comme François Guillaume ». Le lobbyiste saura ensuite obtenir l’écoute d’Emmanuelle Mignon, conseillère juridique de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, en tant que secrétaire général du Comité Guillaume Tell, un groupe de défense des armes. 

Puis soutient le candidat socialiste François Hollande auprès qu’il « aide à conserver une partie de l’électorat rural et chasseur ». Mais surtout Thierry Coste se revendique comme proche d’Emmanuel Macron, qu’il qualifie de « provincial et rural assumé ». Il conseille aujourd’hui le président de la République sur la ruralité, la chasse et l’écologie.

Jacques Chirac confondait la ruralité et l'agriculture    
 

Lobbyiste des chasseurs depuis trente ans

Thierry Coste est devenu le lobbyiste des chasseurs en 1994. Face à la montée de l’écologie et du bien-être animal, il comprend vite qu’il faut être « malin et opportuniste ». Dans son ouvrage celui qui se qualifie lui-même de « Machiavel rural » raconte comment il a contribué à créer le parti Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) avant de le « démolir sans états d’âme » pour se concentrer sur la Fédération nationale des chasseurs (FNC). 

Voir aussi : Ruralité : agriculteurs et chasseurs appelés à manifester virtuellement le 12 juin pour défendre leur rôle 

Lire aussi : Chasse et chasseurs - Willy Schraen opte pour une communication détonante   

Son rôle dans l’interdiction des néonicotinoïdes

 

Le lobbyiste raconte dans son ouvrage être à l’origine de la bataille parlementaire qui a conduit en 2015 au vote de la loi pour l’interdiction sous cinq ans de l’usage des néonicotinoïdes, « à une poignée de voix près ». Ses motivations : « les pesticides brisent la chaîne alimentaire. Ils tuent les insectes, privant ainsi de nourriture les oiseaux puis le gibier », aurait-il ainsi expliqué à « Bayer et ses lobbyistes dans un café parisien ».

Les pesticides brisent la chaîne alimentaire. Ils tuent les insectes, privant ainsi de nourriture les oiseaux puis le gibier

Provocateur dans l’âme Thierry Coste se délecte à raconter comment il a fait une apparition remarquée au sein la manifestation de la FNSEA le 8 février 2023 aux Invalides pour réclamer le maintien de dérogations.


De bonnes relations avec Christiane Lambert

Christiane Lambert, alors présidente de la FNSEA, ne lui en tient pas rigueur. Le lobbyiste apprécie la responsable agricole dont « l’énergie force l’admiration ». Il raconte comment ils ont réussi à réunir plus de quarante organisations rurales pour signer « le manifeste pour des ruralités vivantes » lors des élections présidentielles de 2022.

Lire aussi : Les dix propositions de la FNSEA pour des ruralités vivantes 


Mobilisation autour du Think Tank nos campagnes

L’ancienne présidente de la FNSEA fait d’ailleurs partie du cercle rapproché autour de Thierry Coste, avec Stéphane Layani, le patron de Rungis, David Douillet ou encore Eric de la Chesnais, journaliste au Figaro, à l’origine du Think Tank Nos campagnes créé cet automne 2023. A la veille des élections européennes, le lobbyiste veut en faire « une machine de guerre pour promouvoir nos campagnes auprès de l’opinion publique » et « penser l’adaptation des normes dans le monde rural ». 

 

Le Think Tank sera adossé à un fonds de dotation rurale. Dans la ligne de mire : la loi montagne, la loi littoral et Natura 2000 « très impactantes pour le monde rural ».

 (1) Edition Plon, 20,90 euros

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