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En assemblée générale à Lille
La FNP pour un plan collectif de filière

Pour la Fédération nationale porcine, la filière doit évoluer collectivement pour s’adapter aux nouveaux défis de la production.

Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine. « Nous voulons mettre collectivement du contenu avec la démarche Le porc français pour faire reconnaître la qualité de notre production. »
© D. Poilvet

Faible poids de la production dans les relations commerciales, manque de dimension collective dans les réflexions, le constat de Mickaël Guilloux, secrétaire général de la FNP qui présentait le rapport d’orientation lors de l’assemblée générale du syndicat, à Lille le 22 juin dernier, est amer. « Les structures qui servaient collectivement les intérêts des éleveurs volent en éclat. Ce qui avait été mis en place par les éleveurs a échoué », déplorait-il, en évoquant notamment le MPB fragilisé suite au retrait de Bigard et de Cooperl. « Aujourd’hui, quant à la commercialisation, le rapport de force est déséquilibré. L’éleveur n’est plus au centre du fonctionnement des outils ! »

Nos voisins européens sont nos vrais concurrents

Le premier problème identifié par le syndicat est « l’atomisation » de l’offre. "Les éleveurs de chaque groupement comparent leurs petites plus-values pour savoir lequel a décroché la meilleure. Mais la concurrence, ce n’est pas le groupement voisin, ce sont nos voisins européens. » Des groupements dont le rôle est trop restrictif aux yeux de la FNP. « N’oublions pas que le résultat d’une exploitation est lié à la fois au coût de production et au prix de vente. Or, si les groupements jouent un rôle important dans l’amélioration des performances, ils ne pèsent pas assez sur les cours. » Une analyse que partage Claire Chambolle, économiste à l’Inra. « Pour avoir un rapport de force équilibré, il faut que le nombre de vendeurs soit identique au nombre d’acheteurs. Ce n’est pas le cas en production porcine. » Elle souligne l’intérêt de la création d’Evel’up, fusion de Prestor et d’Aveltis, qui regroupe désormais 20 % de l’offre française. « Notre fusion nous permettra de baisser nos coûts de revient et de vendre mieux nos produits », confirme Michel Adam, administrateur Evel’up. Mais pour Claire Chambolle, ce n’est pas suffisant. Elle déplore le nombre encore trop important, selon elle, de groupements en France. « 70 % des OP représentent 20 % de la production. C’est trop ! »

Un avis que ne partage pas Frédéric Descrozaille, député LREM et coprésident du groupe d’étude agro-industrie et alimentation, qui préconise une multitude d’opérateurs sur tout le territoire pour que l’offre puisse s’adapter plus facilement aux attentes sociétales, et notamment aux demandes de circuits courts. « Les AOP (associations d’organisations professionnelles) sont désormais autorisées par les autorités de la concurrence. Elles permettent d’échanger des informations stratégiques en matière de prix et de volumes pour stabiliser les marchés et augmenter le revenu des éleveurs, sans que le regroupement des structures devienne obligatoire. »

Rapprocher Le porc français du référentiel qualité traçabilité

Des AOP qui pourraient aussi servir à construire collectivement la segmentation de la production. « La réponse aux besoins de l’ensemble des marchés est l’un des objectifs des États généraux de l’alimentation », rappelle Paul Auffray, le président de la FNP, tout en soulignant l’importance du logo Le porc français. La FNP veut le rapprocher du référentiel QT actuellement appliqué par les éleveurs, en l’enrichissant « d’éléments sociaux atteignables par tous les éleveurs ». Une façon de faire savoir aux consommateurs tous les efforts réalisés ces dernières années, comme la baisse de 40 % du recours aux antibiotiques. « Ne parlons pas que des trains qui arrivent en retard, parlons aussi de ce que nous faisons de mieux », s’exclame Thierry Coué, éleveur de porcs et vice-président de la FNSEA. « Sortez de la communication de réaction et de justification que vous imposent les ONG aujourd’hui », renchérit Frédéric Descrozaille. « Vous devez communiquer en prenant les devants des attentes sociétales, et surtout dans une démarche de filière. » Une affirmation reprise par Mickaël Guilloux. « Seule une meilleure gestion collective de l’offre pour répondre à la demande permettra un retour de valeur au producteur. »

Paul Auffray a également rappelé les demandes de la FNP relatives au volet économique des EGA : élaborer des indicateurs de coûts de production au sein de l’interprofession, et avancer sur la contractualisation multipartite en tenant compte du prix de revient du kilo produit notamment. Sur ce point, Jacques Mourier, responsable des achats matières premières Herta, a présenté le contrat Swap qui lie son entreprise à des éleveurs de deux groupements bretons. « Mon travail, c’est de réduire la volatilité du prix des matières premières que nous achetons. Les éleveurs avec qui nous passons un contrat ont la même volonté de moins subir la volatilité des prix. C’est donc un contrat gagnant-gagnant », explique-t-il, tout en soulignant que « subir les prix spot n’est pas une stratégie gagnante à long terme. Toutes les entreprises cherchent à trouver des alternatives ». L’autre point de vigilance de la FNP porte sur la nouvelle loi encadrant les promotions. « Il ne faut pas qu’elle soit trop rigide et générale pour toutes les productions, explique Paul Auffray. Les promotions de viande de porcs ne peuvent pas se construire sur le même modèle que celles de volailles. » De manière générale, le président de la FNP reste très vigilant sur le risque que la loi issue des EGA soit détournée de son objectif initial de redonner du pouvoir d’achat aux producteurs. « Nous ne voulons pas qu’elle soit confisquée par les ONG et la distribution, avec la contribution des pouvoirs publics », conclut-il.

Le casse-tête des normes bien-être

Selon François-Régis Huet, référent FNP sur le bien-être animal, le point de fixation européen actuel concernant le bien-être animal est la caudectomie. « La réglementation actuelle tolère la coupe des queues, à condition qu’elle ne soit pas systématique, rappelle-t-il. Selon les essais réalisés en France, on peut s’en passer pendant un mois, deux mois, mais rarement plus », déplore-t-il, en soulignant qu’une étude allemande a recensé 80 facteurs de risque ! L’Europe fait pression auprès des pays membres pour que la loi soit strictement appliquée. « Mais pour l’heure, il n’existe pas de solution toute faite pour s’en passer. »

La menace PPA

La peste porcine africaine arrive aux portes de l’Europe. La déclaration d’un cas en Allemagne aurait de graves répercussions sur le commerce (interdiction d’exporter vers les pays tiers) et sur la santé des porcs. « Bonne nouvelle, l’Union vient d’interdire le commerce de sangliers entre deux pays membres », souligne Jeff Trébaol, référent sanitaire à la FNP. Cependant, il déplore le manque d’initiative politique au niveau européen. « Il faudrait mettre en place un plan de lutte pour éviter l’avancée du front. » En attendant, la profession se mobilise en mettant l’accent sur les mesures de protection concernant les animaux importés et en informant sur les risques de contamination par de la nourriture jetée dans la nature contenant des produits issus de porcs malades.

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