Quand la filière ovine rêve d’un avenir en rose
Un travail prospectif permet d’imaginer un avenir où les éleveurs tirent leur revenu d’un prix rémunérateur obtenu grâce à une consommation qui augmente.
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À quoi ressemblerait la filière ovine en 2025 dans un monde idéal ? C’est à ce jeu de prospective que s’est essayé l’Institut de l’Élevage en analysant les échanges tenus lors de six ateliers en région, organisés avec l’aide des comités d’orientation ovins régionaux (C2OR). En imaginant un scénario idéal pour l’avenir de la filière ovine, les participants ont fait ressortir qu’un futur en rose se traduirait surtout par un revenu suffisant, en adéquation avec le travail réalisé et les standards de la société. « Les éleveurs attendent un revenu qui soit en accord avec le travail engagé en termes de quantité, d’astreinte ou de compétences, détaille Éva Groshens qui a mené l’étude pour l’Institut de l’Élevage. Ce revenu doit également être en accord avec le capital engagé et en cohérence avec la société. »
Ce revenu doit venir d’un prix rémunérateur obtenu, soit par le développement de nouveaux produits adaptés aux nouveaux modes de consommation, soit par le développement de filières locales ou soit par une bonne répartition de la valeur ajoutée dans la chaîne. Le prix rémunérateur devrait être tiré par une hausse durable de la consommation, même si des interrogations sont apparues sur le possible conflit entre hausse des prix et hausse de la consommation.
Encore besoin des aides PAC pour encourager la production
Dans tous les ateliers, il a été rappelé que les aides de la PAC restent nécessaires pour assurer ce revenu tout en maintenant un prix acceptable pour le consommateur. En plus d’être un encouragement à la production grâce à un couplage fort, les aides sont une forme de reconnaissance - et même de rémunération - de l’utilité de l’élevage par la société, pour ses produits, ses paysages, le climat ou la vitalité territoriale. Dans cet avenir en rose, les aides sont donc vécues comme légitimes par les éleveurs. Les participants reconnaissent la nécessité de contrôles pour justifier leurs aides, mais ceux-ci se doivent d’être cohérents, simplifiés et logiques…
Dans ce scénario idéal, la production est plus technique, plus moderne avec des gains de productivité par brebis et par unité de travail. L’innovation, notamment génétique, est tournée vers cet objectif. Les éleveurs investissent dans des équipements, des bâtiments avec toujours l’objectif de simplification du travail. Enfin, le revenu ne venant pas tant de la production que de la marge, les éleveurs parviennent à réduire les coûts de production grâce à des systèmes plus économes, plus autonomes et qui valorise mieux l’herbe.
Augmenter la consommation d’agneau pour éviter la crise
Une fois cet objectif d’avenir en rose bien identifié, plusieurs scénarios ont été imaginés : l’embellie, la crise ou un scénario tendanciel où la consommation d’agneau devient de plus en plus occasionnelle et déclinante. Pour tendre vers l’embellie et éviter la crise, les participants ont imaginé des actions pour conserver une production significative de viande ovine. Premier levier incontournable qui doit tirer le reste : augmenter la consommation d’agneau français. En faisant penser à l’agneau par de la communication mais aussi en proposant des produits innovants et adaptés à la demande. Il faudra alors répondre à cette nouvelle demande croissante au niveau de la production grâce à des exploitations techniques, viables avec de nouveaux producteurs… Un rêve possible pour 2025 ?
les plus les moins
Les forces et faiblesses de la filière
LES +
Une production qui s’adapte à de nombreux milieux et de nombreux systèmes
Motivation et dynamisme des éleveurs
Des éleveurs techniques, modernes, réactifs
Un prix correct grâce aux relations entre les éleveurs et l’aval
Existence d’une filière, complète et organisée
LES MOINS
La rentabilité du travail n’est pas suffisante !
Des revenus trop faibles
Mauvaise image de la production ovine
Manque de dynamique collective
Forte hétérogénéité technique
L’évolution de la consommation nationale inquiète