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Le surgreffage, une technique exigeante mais efficace

Olivier Yobregat est ingénieur à l’IFV Sud-Ouest. Spécialiste du matériel végétal, il a une bonne expérience du surgreffage. Pour lui, c’est un gros investissement en temps et en argent, mais qui pourrait être davantage employé, notamment pour des questions de marché.

Olivier Yobregat est le référent à l'IFV en ce qui concerne le surgreffage. Il estime que cette pratique est parfois injustement boudée par les vignerons. © IFV
Olivier Yobregat est le référent à l'IFV en ce qui concerne le surgreffage. Il estime que cette pratique est parfois injustement boudée par les vignerons.
© IFV

Le surgreffage de la vigne est-elle une technique éprouvée, que l’on peut pratiquer sans appréhension ?

C’est indubitablement une pratique intéressante. Elle est d’ailleurs employée à tour de bras par les viticulteurs en raisins de table. Elle est plus ancrée dans les mentalités car il y a une grosse pression du marché, à cause des modes sur les variétés. En raisin de cuve, elle n’est pas traditionnelle et peu connue, mais elle mériterait d’être plus souvent intégrée dans les réflexions technico-économiques. La pratique est onéreuse certes, mais dans certains cas ça peut valoir le coup financièrement, même en dehors d’appellations prestigieuses. Il faut savoir en revanche que le surgreffage marche très bien quand il est correctement exécuté, mais qu’il demande beaucoup de travail de préparation et de suivi au viticulteur. C’est une opération lourde.

Quels sont ces lourds travaux auquel le viticulteur doit se plier ?

Il y a d’abord la préparation des vignes en amont du greffage. Il faut écorcer les ceps pour que le greffeur ait une zone lisse où réaliser la greffe. Cela peut se faire à la main ou avec une machine à lanières ou à brosses. Une fois que le greffage est réalisé sur le tronc, au printemps, il faut retailler la vigne en ne laissant qu’un seul rameau de l’année, que l’on appelle un « tire-sève ». Dès que le nouveau bourgeon est parti le viticulteur doit passer une nouvelle fois pour ne laisser qu’une feuille au rameau de l’année. Puis il doit revenir toutes les semaines pour épamprer, car il ressort des pousses de partout ! Et en fin d’année il faut décapiter les ceps pour laisser la place au nouveau sarment.

Peut-on surgreffer tous types de vignes et de parcelles ?

En principe oui, je ne connais pas de quelconque phénomène d’incompatibilité. Et les cépages sont théoriquement égaux face au surgreffage. Il faut bien réfléchir en revanche à si cela vaut le coup ou non, car il faut garder à l’esprit que l’on repart sur une base qui a le même âge, ce n’est pas une renaissance. Sur une très vieille parcelle par exemple ce n’est pas du tout pertinent car elle arrivera vite en fin de vie. Plus une vigne est âgée et moins cela vaut la peine. Et c’est de même pour une parcelle dépérissante. L’état des souches doit être globalement bon, il ne faut pas qu’il y ait de blessures, de nécroses, de maladies du bois et pas de viroses. Certains terroirs s’y prêtent plus que d’autres également : un manque important de vigueur peut être préjudiciable à la pousse du greffon. De même pour une vigueur trop excessive, qui pourrait conduire à un rejet de la greffe.

Qu’est-ce qui conditionne la réussite d’une opération de surgreffage ?

Il y a plusieurs éléments qui sont essentiels. La maîtrise du greffeur tout d’abord. Il faut qu’il soit expérimenté. Quand c’est le cas, on peut espérer plus de 90 % de reprise. Il y a ensuite la qualité et la fraîcheur des greffons. Il faut les prélever en hiver, en plein repos végétatif, les emballer immédiatement dans un sac étanche et les mettre au frigo entre 2 et 5 °C. Puis les réhydrater la veille du greffage. Ne surtout pas les mettre dans du sable à la cave, comme on le lit parfois, ce n’est pas suffisant ! Enfin, si l’on est dans une zone sèche, il vaut mieux être en capacité d’irriguer pour éviter des défaillances.

Comment se déroulent les années suivant le surgreffage ?

L’hiver qui suit l’opération, on se retrouve avec un sarment qui fera office de baguette. C’est d’ailleurs elle qui assurera une production dès l’année qui suit le surgreffage. Ainsi on ne perd qu’une seule récolte. C’est à partir de cette baguette que l’on pourra ensuite reformer un cordon ou bien relancer un système en guyot. En revanche, il est recommandé de ramasser à la main pendant deux ou trois ans, le temps que la jeune baguette et le point de greffe se solidifient. Cela évite de les casser.

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