Exportations de vins 2024 : les destinations gagnantes et perdantes
Si nos exportations de vins et spiritueux subissent les conséquences de la crise économique, de la déconsommation structurelle et de tensions géopolitiques, certains pays résistent mieux que d’autres.
Si nos exportations de vins et spiritueux subissent les conséquences de la crise économique, de la déconsommation structurelle et de tensions géopolitiques, certains pays résistent mieux que d’autres.

Le Royaume-Uni fidèle même après le Brexit
Point positif, le Brexit n’a pas freiné les exportations vers le Royaume-Uni. En 2024, ce pays reste notre deuxième client en valeur pour les vins et spiritueux. Le chiffre d’affaires export des vins a baissé de 3,9 %, mais il a grimpé de 5,4 % en volume. Le marché s’est donc orienté vers des produits moins chers. Pour les spiritueux, c’est l’inverse, avec une hausse de chiffre d’affaires de 21 % mais un recul du volume exporté de 2,5 %.
L’Amérique du Nord plutôt dynamique
Bonne nouvelle également du côté des États-Unis, toujours notre premier client pour les vins comme pour les spiritueux. Nos exportations y ont grimpé de 10,5 % en volume pour les vins, et de 7,6 % pour les spiritueux, alors qu’elles avaient reculé en 2023. Les opérateurs reconstituent les stocks. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) observe aussi une montée des expéditions en novembre et décembre, suite à l’élection de Donald Trump, en anticipation d’une probable hausse des tarifs douaniers en 2025. Toutefois, pour les spiritueux, la baisse de 0,1 % en valeur traduit un recentrage du marché sur les qualités de moyenne gamme.
Le Canada affiche aussi une évolution positive avec 4 % de hausse en volume et 1,8 % en valeur pour les vins. La FEVS souligne l’effet positif de l’accord commercial Ceta (1), calculant que « le chiffre d’affaires des vins français a augmenté de 45 % » depuis son entrée en vigueur en 2017. Ce pays est aujourd’hui pour les vins, notre sixième client en valeur comme en volume. Le dynamisme se mesure également pour les spiritueux avec + 17,2 % en valeur et + 0,2 % en volume.
Situation difficile sur Chine-Hong Kong-Singapour
En Chine, se conjuguent l’effet de la crise économique, celui du retour des vins australiens depuis mars 2024 et enfin celui de l’enquête antidumping chinoise visant les eaux-de-vie de vin de l’Union européenne, donc principalement le cognac. L’ensemble Chine-Hong Kong-Singapour est touché. Même si les taxes ne sont pas encore officiellement adoptées dans l’attente des résultats définitifs de l’enquête, le cautionnement bancaire imposé depuis début octobre par les douanes chinoises a déjà un effet récessif puissant. Les exportations d’eaux-de-vie françaises vers cette zone ont baissé de 25 %. Avant l’enquête, elles représentaient 30 % du total de nos exportations de spiritueux.
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« Chaque mois qui passe nous perdons plus 50 millions d’euros et cela nous fait basculer vers un désastre économique et social déjà très perceptible », alerte Florent Morillon, président du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) dans un communiqué cosigné par le BNIC, le BNIA (armagnac) et la FEVS et publié le 21 février, à la veille du Salon de l’agriculture.
Le cognac a aussi été exclu des magasins en duty free en Chine. La situation perdure malgré les protestations de la filière, « appuyées par les autorités européennes », souligne le communiqué. La filière avait eu une lueur d’espoir lorsqu’en novembre dernier, le président de la République Emmanuel Macron s’était engagé à obtenir l’ouverture d’une négociation bilatérale avec la Chine et promis d’envoyer son Premier ministre. Mais à ce jour, rien n’a avancé. « À ce stade, aucune date n’est fixée pour ce déplacement et aucune négociation n’a été lancée, ni même préparée, s’alarme Gabriel Picard. Les engagements politiques pris à notre égard doivent être honorés. »
Au Japon, davantage de vins entrée de gamme
En 2024, les exportations de vins français vers le Japon ont gagné 1,9 % en volume tandis que leur valeur reculait de 4,8 %. « Il y a une bonne valorisation sur ce marché mais on voit que la démocratisation du vin a favorisé le développement de l’offre entrée de gamme », pointait Maxime Alazard, responsable filières vins et spiritueux chez Business France, lors de la conférence « Export : comprendre le marché japonais » organisée par Millésime Bio 2025. Ainsi, 70 % de la demande se fait sur des vins à moins de 8,60 euros (1 500 yens). Les vins en grandes surfaces se vendent à partir de 5,35 euros (700 yens). Les blancs progressent alors que les AOP rouges sont en recul et les rosés cessent de croître. Il note par ailleurs « une sensibilité au bio élevée comme dans les pays nordiques ».
La distribution évolue. Pour Yuki Eguchi Mansoux, de Soleil Le Vin, importatrice de vins français au Japon, les konbinis peuvent être une opportunité. Ces magasins de proximité ouverts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sont de plus en plus nombreux. Ils ont des petits rayons vins mais sont très fréquentés par les urbains. Pour abaisser les coûts de transport de plus en plus élevés, elle conseille de « collaborer avec plusieurs partenaires » pour grouper les expéditions.
L’Union européenne suit globalement la tendance générale
Chez nos clients de l’Union européenne, l’effet d’une baisse structurelle de la consommation, amplifiée par la hausse des prix du vin, est assez général en 2024. Il conduit comme ailleurs à une baisse de la valeur plus accentuée que celle des volumes. En moyenne, le chiffre d’affaires des exportations de vins baisse de 5 % en un an, et le volume de 2 %. L’Allemagne illustre particulièrement la tendance avec un volume presque stable à - 0,7 % et une valeur en retrait de 8,2 %. Idem pour la Suède, avec + 0,7 % en volume et - 4,5 % en valeur.
Des nouveaux pays pour développer l’export
La FEVS signale la « bonne tenue » de la Malaisie (+ 5 % en valeur) et de la Thaïlande (+ 8 % en valeur). Une croissance est aussi observée au Panama, surtout pour le champagne et le cognac, ainsi qu’au Brésil.
Vers l’Afrique du Sud, le chiffre d’affaires a doublé en cinq ans. Il augmente de 12 % en 2024 par rapport à 2023, notamment grâce au cognac. Dans le reste de l’Afrique, les volumes sont stables mais le chiffre d’affaires progresse de 3 %, et même de 27 % pour le seul Nigeria, qui est aussi un hub de réexportation.
Au Moyen-Orient, les Émirats arabes unis affichent une hausse de la valeur exportée de 23 %. Elle reflète « la bonne santé du travel retail », analyse la FEVS.
Évolution pour la certification bio au Japon

Le Japon a sa propre certification bio, appelée JAS (Japanese agricultural standards) organic. Elle s’applique aux vins et spiritueux bio depuis octobre 2022 mais les modalités vont changer. « À compter du 1er octobre 2025, afin d’étiqueter les boissons alcoolisées comme « 有機 (“organic” en japonais) » ou « Organic », il sera nécessaire d’acquérir la certification JAS organic et d’apposer la marque JAS organic », indique Business France. Faute de certification, on pourra afficher le logo bio européen mais pas se revendiquer « organic ». Un accord sur une équivalence biologique pour les boissons alcoolisées est en cours de négociation entre l’Union européenne et le Japon, ce qui simplifiera l’obtention de la certification. Mais il n’est pas sûr qu’il soit finalisé avant le 1er octobre 2025, prévient Business France. C’est à l’importateur de réaliser les formalités de certification auprès d’un organisme agréé qui délivrera un certificat d’exportation.