Des fenêtres dans la végétation de la vigne pour avoir moins de sucre
En ouvrant des fenêtres dans la végétation, technique appelée effeuillage à trous, la vigne accumule moins de sucre dans les baies. Attention toutefois en climat chaud…
En ouvrant des fenêtres dans la végétation, technique appelée effeuillage à trous, la vigne accumule moins de sucre dans les baies. Attention toutefois en climat chaud…
Depuis une dizaine d’années, l’effeuillage à trous apparaît comme une solution crédible dans l’esprit de certains chercheurs. Cette pratique consiste à ôter les feuilles les plus actives, au-dessus de la zone des grappes, un peu avant la véraison, créant ainsi une sorte de « fenêtre » dans la végétation. Et cela dans le but de limiter l’accumulation de sucre dans les baies. Alain Carbonneau, professeur français, s’est penché sur la question en 2014 et s’est montré très enthousiaste. « Une légère diminution du taux de sucre a été obtenue, sans altération des autres composés », avait-il affirmé à l’époque. Une réduction des sucres correspondant à environ 1 degré d’alcool. Même son de cloche du côté des Italiens.
Les chercheurs de l’université de Plaisance ont obtenu sur sangiovese une accumulation de sucres ralentie sans aucune influence sur la pigmentation des baies. Lors des vendanges, le témoin a donné des raisins à 18,8 °Brix et 5,34 g/l d’acidité totale, là où l’effeuillage à trous a permis d’arriver à 17,5 °Brix et 6,03 g/l d’acidité. Mieux, les vignes ayant reçu un effeuillage à trous post-véraison ont affiché respectivement 16,4 °Brix et 6,22 g/l. « D’autres tests, menés ultérieurement, ont confirmé cet essai et validé le mode opératoire, exposent les professeurs Stefano Poni et Matteo Gatti. Le plus efficace consiste à intervenir lorsque la concentration en sucres atteint les 12 à 14 °Brix (8 à 9,5 % de TAVP, n.d.l.r). Il faut alors ouvrir une fenêtre « haute », de 50 cm, et ôter au moins 30 % de la superficie foliaire. » Mais cette pratique pourrait trouver quelques limites dans les vignobles aux climats chauds et semi-arides.
Une baisse de la couleur plus importante que celle des sucres
Une étude plus récente menée dans l’est de l’Espagne sur tempranillo et bobal a mis en lumière le risque de réduction du taux d’anthocyanes. Le but de cette étude était de voir si l’effeuillage tardif retardait la récolte. Les chercheurs ont partiellement défolié les vignes au-dessus de la zone des grappes peu avant la véraison, dans des conditions de pluie et d’irrigation déficitaires pendant deux saisons. « Le taux de maturation des raisins a été significativement affecté, retardant par conséquent la récolte », indique l’étude. Autre aspect positif, le statut hydrique de la vigne et le taux de photosynthèse des feuilles ont été améliorés. Mais la baisse du rapport surface foliaire/fruit s’est avérée limiter davantage l’accumulation des anthocyanes que des sucres.
Affectant négativement l’intensité de la couleur du vin. Ainsi, même si l’effeuillage à trous réduit le taux de sucres, cela ne se traduit pas nécessairement par une maturité des baies plus équilibrée. « L’effeuillage à trous pourrait ne pas être pertinent dans des conditions de stress hydrique modéré », concluent les chercheurs, qui précisent que l’efficacité de la technique semble dépendre de l’intensité d’effeuillage, du statut hydrique de la vigne, du cépage et encore des conditions environnementales. Dernier écueil, sur tempranillo, le rendement a également été affecté, en raison d’une réduction du poids des grappes et des baies.
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