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Des bouchons de vin écolos à qualité égale

La dernière génération de bouchons voit ses constituants d’origine fossile remplacés par des matières naturelles, dites « biosourcées ». Leurs créateurs affirment que la qualité technique n’est pas affectée, ce que confirment pour l’heure les utilisateurs.

Nomacorc, propriété du groupe Vinventions, ouvre le bal en 2014 avec le lancement de Select bio, un bouchon synthétique fabriqué à partir de polymères de canne à sucre. Il est l’aîné de la Green line, aujourd’hui composée de cinq références, qui contiennent de 60 à 100 % de cet intrant naturel. « C’est le premier bouchon à empreinte carbone neutre ; la culture de la plante compensant intégralement les émissions de CO2 générées lors de la production », dépeint Olav Aagaard, responsable R & D de Vinventions. En 2017, c’est au tour de Diam d’entrer dans la danse avec Origine un bouchon en liège microaggloméré grâce à l’huile de ricin. Les microbilles utilisées pour boucher les pores et empêcher au vin de remonter sont quant à elles remplacées par de la cire d’abeille. « Notre bouchon est composé à 98 % de matières biosourcées. À ce jour, seul le durcisseur employé pour permettre à l’huile de ricin de se polymériser n’est pas d’origine naturelle », commente Christophe Loisel, responsable R & D chez Diam.

Si ces bouchons s’inscrivent dans les tendances actuelles de durabilité et d’écoresponsabilité, les boucheurs semblent être en avance sur la demande. « Actuellement, le consommateur ne s’intéresse aux bouchons que lorsqu’il y a un problème », explique le chercheur de Diam. « Mais il y a un intérêt grandissant envers les bouchons biosourcés de la part des producteurs de vins haut de gamme », poursuit-il. À condition que les performances techniques soient les mêmes, s’accordent à dire les responsables R & D des deux structures. Au sein des deux entreprises, la stratégie utilisée pour le développement de ces nouveaux produits est identique : reproduire un bouchon qui a strictement les mêmes caractéristiques que la version standard. « On a réfléchi à quoi servait chacun des ingrédients et on a regardé ce par quoi on pouvait les remplacer », détaille Christophe Loisel. En tenant compte de diverses contraintes : neutralité alimentaire, matières premières non OGM, non utilisées dans l’alimentation humaine, non-allergènes, recyclables et renouvelables. Ce qui réduit fortement la liste des substituants envisageables.

Une seule molécule et deux origines distinctes

Chez Nomacorc, le polyéthylène fossile est remplacé par du polyéthylène obtenu à partir d’alcool de canne à sucre brésilienne, d’ores et déjà produit par l’industrie des bioéthanols. À terme, le groupe aimerait se fournir directement au sein de la filière viticole puisqu’il est également possible d’en produire à partir d’alcool de marc de raisin. " Mais nous peinons à trouver des fournisseurs ", regrette Olav Aagaard. Une même molécule donc, et des performances en termes de résistance et d’étanchéité a priori identiques. C’est en tout cas ce que confirme Alain Malard, vigneron au Clos Sainte-Pauline, dans l’Hérault, qu’il gère avec son fils. Également consultant, il a trop souvent constaté chez ses clients des problèmes d’oxydation avec les bouchons en liège. Quand il s’installe début 2017, ce producteur de vin nature s’oriente donc vers le synthétique d’origine végétale. Il produit des vins sans sulfites, et contrôle de façon très précise les interactions entre ses vins et l’oxygène tout au long du processus d’élaboration.

De ce fait, la question de la perméabilité de l’obturateur est pour lui centrale. « Le Select Green de Nomacorc est pour moi l’un des seuls à garantir de façon fiable la quantité d’oxygène qui traversera le bouchon. De plus, les différents formats proposés permettent d’adapter très justement le bouchon au potentiel de garde de nos vins », explique-t-il. Le caractère recyclable du Select Green a par ailleurs fait pencher la balance, et sa ressemblance avec le liège l’a définitivement fait basculer en faveur de ce produit. Après un peu plus d’un an de bouchage, le profil aromatique des vins d’Alain Malard n’a pas changé. « C’est cohérent avec ce qui était annoncé », témoigne-t-il. Seul inconvénient relevé par le vigneron : une fois le bouchon transpercé, il n’est plus du tout étanche. S’il n’est pas entièrement consommé, le vin doit être rebouché avec un nouvel obturateur.

Différents paramètres à contrôler sur l’aggloméré

Pour Diam, spécialisé dans le bouchon en liège, le maintien de la performance de l’obturateur ne tient pas à un seul composant. Huile de ricin, cire d’abeilles… Autant de constituants aux caractéristiques proches mais pas identiques, susceptibles de modifier ses performances. D’autant qu’Origine se destine des vins haut de gamme avec des potentiels de garde allant de dix à trente ans. En laboratoire, c’est donc toute une batterie de tests qu’ont subi les bouchons pendant près de dix ans. Les chercheurs ont réalisé un ensemble d’analyses mécaniques visant à mesurer leur retour élastique. Ils les ont soumis à des conditions de vieillissement accéléré afin de déterminer avec précision leur durée de vie. Les techniciens se sont de plus intéressés à leur perméabilité et ont effectué des mesures de taux de transfert d’oxygène dans le but de les quantifier avec précision. Celles-ci ont en outre révélé que la porosité de la cire d’abeille, légèrement supérieure à celles des microbilles utilisées auparavant, entraîne une introduction en oxygène plus rapide au cours des six premiers mois. Mais celle-ci se stabilise et n’impacte pas la perméabilité finale du bouchon.

En parallèle, de nombreux tests sensoriels ont été réalisés pour vérifier la neutralité aromatique des différents composants. Pour Basile Saint-Germain, vigneron au Domaine Les Aurelles dans l’Hérault, le temps et les moyens accordés par la firme à la recherche pour le développement de ce bouchon biosourcé gagent de la qualité de l’innovation. C’est ce qui l’a conduit dès 2017 a basculé l’intégralité de sa gamme de vin sous la protection d’Origine. « Le bouchon aggloméré est d’une grande régularité, sur la gamme classique je n’ai jamais eu de goûts de bouchon ni de problèmes d’oxydation, déclare-t-il. J’avais donc déjà très confiance dans les produits de Diam, et Origine était pour moi la suite logique, la marche du dessus en termes de qualité. » Malgré un prix qui grimpe de 30 % par rapport au microaggloméré de la gamme standard, Basile Saint-Germain est prêt à mettre le prix. « L’argument naturel est intéressant, mais ce qui compte surtout pour moi, c’est la tranquillité que m’apporte le bouchon : quand j’ouvre une bouteille, je n’ai aucune angoisse. Pour le moment Origine tient ses promesses et respecte entièrement mon vin », conclut-il.

 

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