« Nous maîtrisons notre revenu en étant plus autonomes sur notre élevage de porcs»
L’élevage de 165 truies de Benoît et Séverine Le Page a connu une croissance continue de ses performances techniques et économiques. Elle leur a permis d’investir en 2024 dans un nouvel engraissement pour améliorer les marges.
L’élevage de 165 truies de Benoît et Séverine Le Page a connu une croissance continue de ses performances techniques et économiques. Elle leur a permis d’investir en 2024 dans un nouvel engraissement pour améliorer les marges.

« Notre ligne de mire pour maîtriser notre revenu est d’être le plus autonome et indépendant possible : en termes d’alimentation, de places d’engraissement mais aussi de main-d’œuvre », expliquent Benoît Le Page et sa sœur Séverine, à la tête d’un élevage naisseur-engraisseur de 165 truies et de 120 hectares de cultures à Saint-Gilles-les-Bois dans les Côtes d’Armor.
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« Nous ne cherchons pas à nous agrandir mais à avoir un système de production cohérent et optimisé pour deux UTH, tout en optimisant les synergies entre l’atelier porc et les cultures. Toute amélioration technique n’a d’intérêt que si elle se traduit par une valorisation économique. » Depuis l’installation de Benoît en 2020 puis de Séverine en 2023, l’exploitation a connu une trajectoire continue d’amélioration de ses marges, à taille de cheptel constante, grâce à l’optimisation du coût alimentaire et à un gain important de productivité.

Baisse du coût alimentaire de l'élevage de porc
Benoît s’est installé à la suite de son père sur l’exploitation familiale en reprenant 60 hectares de cultures, doublant la capacité foncière de l’exploitation. Sa priorité les premières années a été de prendre en main l’outil de travail, d’optimiser l’existant avant d’investir et de réduire son coût alimentaire. « C’est d’abord là qu’il faut agir pour baisser le coût de production », rappelle-t-il.
Les performances s’améliorent avec le nouvel engraissement Résultat GTE de 2024 avant et après le nouvel engraissement | |||
Janv-juillet 2024 : avant | Août-nov 2024 : après | Écart | |
GMQ technique 8-30 | 460 g | 496 g | +36 g |
Taux de pertes et saisies PS | 0,8 % | 0,2 % | -0,5 % |
IC technique 8-30 | 1,79 | 1,70 | -0,09 |
Poids moyen d’entrée en engraissement | 23 kg | 25,3 kg | +2,3 kg |
Poids sortie engraissement | 120,9 | 125,8 | +4,9 kg |
GMQ technique 30-115 | 876 g | 919 g | +43 g |
Taux de perte et saisies en engraissement | 2,5 % | 0,4 % | -2,1 % |
Indice de consommation 30-115 | 2,79 | 2,66 | -0,13 |
TMP | 60,2 % | 59,7 % | -0,5 % |
Source : GTE Gaec Le Page |
L’exploitation produit chaque année environ 500 tonnes de maïs et 350 tonnes de blé. Le maïs, stocké humide en silo couloir, était déjà valorisé à la ferme en mélange avec un complémentaire. Le blé est désormais traité à façon par le fabricant d’aliment (TAF) et réincorporé dans l’aliment complet. « Cette solution permettait de ne pas tout de suite investir dans le stockage de céréales, tout en améliorant l’autonomie alimentaire de l’élevage, passée de 46 à 72 %. » L’optimisation des formules alimentaires avec Porélia a aussi contribué à réduire le coût d’aliment. Il est désormais en dessous de la moyenne des élevages du groupement.

Augmentation de la productivité en nombre de porcelets sevrés
En parallèle, la productivité de l’élevage a augmenté, décuplant l’impact sur le coût de revient par kilo produit. L’ensemble des critères techniques s’est amélioré : l’indice de consommation, la croissance et le nombre de porcs produits par truie présente et par an qui a augmenté de 24 à 29 (GTE) en cinq ans. L’élevage se distingue par un taux de pertes naissance-vente de 8,2 % en 2024, exceptionnellement bas, s’expliquant par de très bonnes performances en maternité. Le nombre de sevrés par truie et par an a grimpé de 31,1 en 2020 à 35 porcelets sur 2024, avec un taux de perte sur nés vivants de 6,2 %.
Le tonnage carcasse a grimpé de 29 % en cinq ans Résultats techniques et économiques du Gaec Le Page | |||
GTTT | 2019 | 2024 | Écart 2024/2019 |
Nombre de sevrés/truie prod/an | 29,6 | 35 | +5,4 |
Nés totaux/portée | 16 | 17,16 | +1,2 |
% perte sur nés vivants | 14,6 % | 6,2 % | -8,4 % |
Sevrés par portée | 12,3 | 14,67 | +2,4 |
Taux de perte naissance-vente | 19,3 % | 8,6 % | -10,7 % |
GTE | 2019 | 11 mois au 30/11/24 | |
Nombre de porcs produits/truie/an | 24,1 | 28,9 | +4,8 |
Age à 115 kg | 178 j | 170 j | -8 j |
IC global | 2,78 | 2,77(1) | = |
Tonnage carcasse | 358 (12 mois) | 462 (12 mois) | +29 % |
(1) Effet façonnage élevé en 2024 (45 %), IC de 2,66 en 2022 et 2,73 en 2023 Source : Gaec Le Page |
Très animalière, Séverine, en charge de l’élevage, ne laisse rien au hasard et est très rigoureuse. « Je n’ai pas de recette miracle. La taille de l’élevage me permet de connaître individuellement chaque truie, de passer du temps à l’observation et d’être très réactive. Je suis toujours présente lors des deux repas quotidiens des truies et rentre dans chacune des cases », explique-t-elle. « Le changement de génétique mâle et femelle en 2020 a joué aussi, avec des truies maternelles et autonomes lors des mises bas. »

Une amélioration nette de la marge aux 100 kg de carcasse de porc
Ces leviers actionnés pour améliorer la performance économique de l’élevage au fil des ans se sont révélés payants. Le tonnage de carcasses vendues a progressé de 29 % entre 2019 et 2024, passant de 350 à 462 tonnes par an. Cela s’est traduit par une amélioration nette de la rentabilité de l’atelier. La marge sur coût alimentaire par 100 kg de carcasse est depuis 2020 supérieure à l’ensemble des élevages de leur groupement Porélia, alors qu’elle était environ 10 % inférieure les années précédentes. « L’écart de + 3 % à + 5 % entre 2020 et 2022 s’est réduit ces deux dernières années du fait du recours plus important au façonnage, liée à l’augmentation du nombre de porcs à engraisser », analyse Rémi Berthevas, de Porélia.

Une autonomie en place de porcs en engraissement
Avec une situation économique plus favorable grâce aux kilos supplémentaires produits chaque année, les éleveurs ont pu concrétiser en 2024 leur projet de rapatriement des places d’engraissement. « Du fait de l’augmentation de la prolificité, nous étions passés de 17 % à 45 % de façonnage, ce qui impactait notre rentabilité », confirment les éleveurs. « Avec le nouveau bâtiment de 900 places, nous sommes désormais 100 % autonomes en engraissement. Cet investissement doit nous permettre de réduire encore plus le coût de production. Le bâtiment doit se payer tout seul grâce à l’amélioration de l’indice de consommation. » L’ensemble de l’élevage a été restructuré en parallèle, avec la rénovation de la verraterie et du post-sevrage, le remplacement de la machine à soupe et l’ajout de silos pour gagner en souplesse sur les formules alimentaires. Les effets des investissements en post-sevrage et en engraissement se font déjà sentir avec une amélioration de plus de 9 euros de la marge sur coût alimentaire et renouvellement aux 100 kg de carcasse. La prochaine étape pour améliorer le prix de revient sera d’investir dans des silos de stockage des céréales.
Rémi Berthevas, du service suivi d’élevage Porélia
« Raisonner ses choix sur le gain de marge aux 100 kg de carcasse »

« Chez Porélia, la performance économique de l’élevage est évaluée par le tonnage de carcasse produit annuel, combiné à la marge sur coût alimentaire pour 100 kg de carcasse, un critère de comparaison qui nous semble plus pertinent que la marge par truie. Ne pouvant pas agir sur la conjoncture du prix du porc, la maîtrise du coût de revient se fait essentiellement par celle du coût alimentaire. Nos adhérents ont un lien au sol fort avec 80 % de l’aliment produit grâce à des matières premières locales, autoproduites ou achetées. Nous sommes moteurs dans la gestion des couvertures de matières premières et d’aliments afin d’optimiser les coûts alimentaires. »