Aller au contenu principal

La méthanisation passive du lisier de porc, une solution rentable

D’après les suivis réalisés par la Chambre d’agriculture de Bretagne, la méthanisation passive du lisier de porc peut être une solution intéressante d’un point de vue économique et environnemental pour les élevages de porcs. Certaines contraintes techniques doivent cependant être prises en compte.

<em class="placeholder">La méthanisation passive est une solution rentable pour couvrir sa fosse à lisier, à condition de tenir compte de certaines contraintes techniques et économiques</em>
La méthanisation passive est une solution rentable pour couvrir sa fosse à lisier, à condition de tenir compte de certaines contraintes techniques et économiques
© Chambre d'agriculture de Bretagne

Selon un suivi réalisé par la Chambre d’agriculture de Bretagne dans quatre élevages porcins bretons, jusqu’à 80 % d’économies d’énergie sur le chauffage de la maternité et du post-sevrage et un temps de retour sur investissement de moins de six ans peuvent être atteints grâce à la méthanisation passive de type « Nénufar » sur des fosses à lisier existantes. 

Lire aussi : "Mes porcelets sont chauffés à 78 % grâce au biogaz d’une fosse à lisier"

Il faut cependant pour cela que les conditions de fonctionnement soient optimisées. La Chambre d’agriculture de Bretagne a identifié quatre éléments primordiaux qui agissent sur la rentabilité ce procédé : une configuration de fosse enterrée ou semi-enterrée, des apports de lisier mixte ou d’engraissement frais, a minima à chaque fin de bande, un climat tempéré qui évite une rupture de production bactérienne en période hivernale et le coût initial du kWH thermique.

 

 

Des apports réguliers en lisier frais

L’élevage enquêté qui obtient la meilleure rentabilité présente un temps de retour sur investissement inférieur à six ans, subventions incluses, par rapport à une facture initiale en tout électrique à 0,20 €/kWh. Dans cet élevage, 80 % des besoins en chaleur de la maternité et du post-sevrage sont couverts grâce à une gestion optimisée du lisier. Les 3 450 m3 de lisier d’engraissement de cet élevage sont envoyés à chaque fin de bande dans une fosse enterrée de 1 200 m3 équipée d’une méthanisation passive. 

Synthèse des configurations et des consommations de méthane des méthanisations passives

 Élevage 1Élevage 2Élevage 3
Configuration de l’élevage
Volume lisier produit + eaux de lavage (m3/an)3 450 m3/an7 833 m3/an13 380 m3/an
Taille fosse avec méthanisation passive (m3)1 200 m32 400 m31 800 m3
Présence deuxième fosse pour évacuation du trop-plein de lisierOuiNonOui (station de traitement biologique)
Type et fraîcheur de lisierDe porcs charcutiersMixte, stocké en préfosses pendant plusieurs bandesMixte frais
Utilisation de l’énergie issue de la méthanisation passiveChauffage 1 300 places PS + 10 places maternitéChauffage 1 800 places PSChauffage 2 258 places PS 
+ 98 places maternité
Valorisation du biogaz
Volume moyen de CH4 valorisé, m3/an12 184 m3/an5 672 m3/an40 764 m3/an
Volume moyen de CH4 valorisé, m3/j33 m3/j16 m3/j112 m3/j
Volume moyen de CH4 valorisé, m3/m3 de lisier ayant transité par la fosse3,5 m30,7 m33 m3
Énergie valorisée (kWh/an)117 572 kWh/an54 731 kWh/an621 747 kWh/an
Autonomie énergétique des places chauffées au biogaz (%)78 %40 %72 %
Source : Chambre d’agriculture de Bretagne

Le biogaz capté permet de chauffer 1 300 places de post-sevrage et dix places de maternité sur les 53 places présentes. Une deuxième fosse à proximité reçoit le trop-plein de la première fosse équipée pour pouvoir apporter du lisier tout au long de l’année. Dans cet élevage, les charges annuelles sont estimées à 2 200 € auxquelles peut être soustrait le gain lié au non-épandage des eaux de pluie grâce à la couverture de la fosse. À noter cependant que si les bâtiments avaient été initialement chauffés au propane, moins onéreux que l’électricité (0,10 €/kWh), le temps de retour sur investissement aurait été de dix ans.

Un climat océanique favorable

Dans un autre élevage, le procédé de méthanisation passive a été installé dans une fosse aérienne de 1 800 m3. Elle se situe en amont d’une station de traitement biologique du lisier recevant les 13 380 m3 de lisier mixte de l’atelier naisseur-engraisseur total. Sa production de méthane couvre 72 % des besoins en chauffage de 2 258 places de post-sevrage et 98 places de maternité. Malgré la configuration aérienne de la fosse, les apports quotidiens de lisier ultrafrais trois semaines sur quatre et le climat tempéré breton permettent de maintenir l’activité bactérienne tout au long de l’année.

Temps de retour sur investissement des installations de méthanisation passive – coûts 2024

  

Élevage 1 
(rentabilité

élevée)

Élevage 2 
(rentabilité

faible)

Investissements en eurosTotal hors aides156 580 €234 284 €
Montant des aides43 432 €32 194 €
Total investissement aides déduites113 148 €202 091 €
Consommations énergétiques (kWh/an)Méthane113 110 kWh/an54 731 kWh/an
Propane37 059 kWh/an81 713 kWh/an
Total150 169 kWh/an135 444 kWh/an
Facture initiale de chauffage tout électrique (€/an) 30 034 €/an27 089 €/an
Nouvelle facture de chauffage au propane (€/an) 2 620 €/an5 705 €/an
Charges de fonctionnement (électricité, main-d’œuvre, consommables, entretien…) (€/an)Total2 286 €/an3 315 €/an
Gains (€/an)Épargne épandage eaux de pluie1 129 €/an0
Économie réalisée sur nouvelle facture chauffage, gains et charges inclus (€/an) 26 257 €/an18 068 €/an
Temps de retour sur investissement aides incluses (années) 4,3 ans11,2 ans
Source : Chambre d’agriculture de Bretagne

Ces facteurs de rentabilité précités doivent cependant être alliés à un suivi régulier pour optimiser l’installation. En routine, trente minutes par semaine en moyenne sont nécessaires pour effectuer un contrôle visuel quotidien de l’installation (aspect général de la bâche plus ou moins tendue, suivi des quantités de biogaz et de propane consommées), une analyse hebdomadaire de la qualité du biogaz, l’injection éventuelle d’oxygène pour diminuer le taux d’hydrogène sulfuré (H2S) dans le biogaz et diverses interventions ponctuelles pouvant survenir (enlèvement des feuilles mortes accumulées sur la bâche…).

Attention au lisier peu méthanogène

Dans un autre élevage, le suivi réalisé par la Chambre d’agriculture de Bretagne a permis de mettre en évidence un manque de rentabilité lié à un ensemble d’éléments plutôt défavorables. Dans cet élevage, le suivi de l’installation par l’éleveur est compliqué à réaliser (fosse éloignée des bâtiments de l’autre côté d’une route, succession de plusieurs opérateurs pour réaliser le suivi). Le lisier mixte (7 833 m3) utilisé pour la méthanisation passive est peu méthanogène. Il transite par plusieurs préfosses intermédiaires. Résultat, seulement 40 % des besoins en eau chaude des 1 800 places de post-sevrage sont couverts. Malgré une configuration de fosse idéale (2 400 m3 enterrée) et des subventions, le temps de retour sur investissement n’est que de 11,2 ans par rapport à une facture initiale en tout électrique à 0,20 €/kWh. La consommation de méthane par jour et par mètre cube de lisier envoyé dans le méthaniseur est cinq fois moins élevée par rapport à celle de l’élevage qui obtient le meilleur temps de retour sur investissement.

Anne Sophie Langlois, anne-sophie.langlois@bretagne.chambagri.fr

Un procédé de méthanisation simplifié

Le procédé de méthanisation Nénufar est composé d’une couverture de fosse étanche posée à la surface qui capte le biogaz émis par le lisier. Contrairement à la méthanisation classique dite mésophile (le réacteur est chauffé), l’objectif de la méthanisation passive est de valoriser l’existant sans chercher à maximiser la production de biogaz. La fosse n’est pas chauffée et seul un minimum d’agitation est requis. Une population de bactéries dites psychrophiles capables de produire du biogaz sur de larges gammes de température se développe. La production de méthane est bien moindre qu’en méthanisation mésophile pour un temps de séjour plus long. L’investissement est également moindre et le mode de valorisation sera différent. Lorsque la production de méthane ne suffit pas à couvrir les besoins, un complément de propane permet généralement de prendre le relais.

<em class="placeholder">La méthanisation passive du lisier de porc, une solution rentable</em>

Repères

Retrouvez tous les détails de cette étude sur le site internet de la Chambre d’agriculture de Bretagne :

 

 

Les plus lus

<em class="placeholder">Guillaume Degoulet, SCEA des Sables (à gauche) et Sylvain Jouy, Agrial : &quot; Le Label rouge Opale m&#039;a permis de financer un nouvel engraissement lors de mon installation. &quot;</em>
« La montée en gamme m'a aidé à financer mon bâtiment de porc en engraissement »

Avec le Label rouge Opale, Guillaume Degoulet a orienté la production porcine de son exploitation vers une montée en gamme…

<em class="placeholder">Fabien Sabourin : « Le gain technico-économique global est estimé à 175 000 euros annuels, soit 23,30 euros par porc produit. »</em>
"J'ai investi dans un nouveau bâtiment de porc en engraissement pour une meilleure rentabilité"

La Scea Le Mignon se dote d’un nouvel engraissement de 2 556 places. Moderne et innovant, l’installation doit permettre…

<em class="placeholder">Florence Guého et Jérémy Mainguy, SARL de la ville Corvec : « La gestion des performances bande par bande nous permet d&#039;être hyper réactifs. »</em>
« Avec le suivi à la bande, nous chiffrons l’impact de nouvelles stratégies de notre atelier porc»
À la SARL de la Ville Corvec, le suivi à la bande proposé par Nutrifirm a permis aux éleveurs d’améliorer leurs performances…
<em class="placeholder">Valérie Courboulay, Ifip-Institut du porc</em>
Propositions de l'EFSA : le coût du bien-être animal estimé à 10 milliards d'euros pour la filière porcine 

Une étude de l’Ifip chiffre à plus de dix milliards d’euros pour la filière porcine française le coût des principales mesures…

Une maternité pour truies en liberté apportant du confort de travail

À l’EARL Le Lann à Cléden-Poher dans le Finistère, Mathis et Estelle Talec ont investi en 2024 dans une maternité neuve…

<em class="placeholder">Thierry Boulet, Porc Amor Évolution et Jean Jacques Breton, SCEA Kerroc’h : « Investir dans un post-sevrage pour améliorer la cohérence de l’élevage a permis de ...</em>
« J’ai renforcé la cohérence de mes bâtiments porcins pour produire plus à moins cher ».

À la SCEA de Kerroc’h, le nombre de kilos produits a progressé d’un tiers et le prix de revient a baissé de 0,16 euro le…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 96€/an
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Porc
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Filière Porcine
Newsletter COT’Hebdo Porc (tendances et cotations de la semaine)