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Le vignoble français blanchit-il trop ?

Face à la déconsommation du rouge et à la stagnation du rosé, le blanc semble offrir des perspectives plus radieuses. L’encépagement blanc progresse mais la demande est-elle au rendez-vous ?

<em class="placeholder">Vendanges manuelles de raisins rouges et blancs à la cave coopérative vinicole la Goutte d&#039;or, à Vertus dans la Marne, vendanges 2015, champagne, congrès Cnaoc, récolte</em>
L'encépagement du vignoble en blanc a augmenté de plus de 4 000 hectares en 5 ans (hors ugni blanc).
© C. de Nadaillac

Les chiffres clés de FranceAgriMer 2023, publiés en décembre 2024, indiquent que la production de vin blanc a légèrement dépassé celle de rouge. Une situation inédite ! La production de rouge a baissé de 1,5 million d’hectolitres pour atteindre 12,8 millions d’hectolitres tandis que celle de blanc a gagné 1,2 million d’hectolitres pour culminer à 13,5 millions d’hectolitres. 

 

 
<em class="placeholder">Graphique = En 2023, la production de blanc a dépassé celle de rougeÉvolution de la production de vin par couleurs (hors cognac et armagnac)</em>
Graphique = En 2023, la production de blanc a dépassé celle de rougeÉvolution de la production de vin par couleurs (hors cognac et armagnac) © Source : DGDDI/FranceAgriMer

Impact de la distillation, de l’arrachage, des baisses de rendement ? Nous n’avons pas pu obtenir de réponse claire. Nous nous sommes donc penchés sur l’évolution de l’offre de blanc. D’où vient son essor ? Par rapport à la moyenne 2019-2022, la production progresse de 22 % en 2023. 

Lire aussi : Le vin reste la boisson alcoolisée préférée des Français

Tous les bassins produisent plus, sauf en Midi-Pyrénées. Les plus gros gains en volume s’observent en Grand Est puis en Bourgogne-Franche-Comté et en Nouvelle-Aquitaine (hors cognac). Le volume amoindri du millésime 2024 va sans doute rebattre les cartes mais n’empêche, la tendance est là. 

4 300 hectares de cépages blancs en plus

L’encépagement blanc s’est développé. Entre 2018 et 2023, selon les données de l’Observatoire de la viticulture FranceAgriMer, la surface plantée en cépages blancs, hors ugni blanc, a augmenté de 4 379 hectares tandis que les cépages rouges perdaient 19 252 hectares. 

 

<em class="placeholder">Graphique = Les cépages blancs ont gagné plusde 4 000 hectares en 5 ansÉvolution des surfaces plantées cépages rougeset blancs entre 2018 et 2023</em>

 

En tête, le chardonnay enregistre un gain de 2 707 hectares sur cette période, devant le rolle, le sauvignon, le grenache gris. 

Le rendement supérieur des cépages blancs amplifie mécaniquement l'effet de l'agrandissement en surface.

L’ugni blanc a, lui, conquis 12 676 hectares, boosté par l’essor des exportations de cognac mais qui sont aujourd’hui dans la tourmente.

Cette hausse de la production de blanc est-elle justifiée par une hausse de la demande ? Sur le marché français, force est de constater qu’à ce jour, on ne voit pas d’explosion du blanc comparable à ce que l’on a connu sur le rosé. Selon les données de l’institut Circana, les volumes de vin blanc tranquille vendus en grande distribution ont été stables en 2024 (+0,3 %), ce qui est en soi une performance sur un marché en recul globalement (-4,3 %). Par rapport à 2019, ils n’ont pas échappé à une diminution en volume (-2,5 %) mais elle est très amortie par rapport au reste du marché (-17,2 %).

Une hausse de consommation, mais en valeur

Avec près de 20 % sur l’année 2024, la part de marché en volume des blancs est toutefois encore à la moitié de celle des rouges, d’après les données Circana-FranceAgriMer. S’il y a hausse du blanc, c’est en valeur avec une progression de 3,7 % par rapport à la moyenne 2021-2023 alors que dans le même temps, les rouges sont à -7,4 % % et les rosés à -3,7 %. Du côté des effervescents, le bilan 2023 de FranceAgriMer relève uniquement une hausse des AOP effervescentes hors champagne pour ce qui est de la production française mais qui ne compense pas la baisse du champagne et celle des autres catégories de bulles. Les bulles étrangères continuent d’afficher un dynamisme presque insolent (+ 8 % en volume en un an et + 15 % en valeur).

Le marché français n’absorbe donc pas de croissance volumique pour l’instant. L’export est crucial pour assurer le relais de croissance. Les blancs y sont déjà bien présents et ils progressent pour certains d’entre eux. En 2024, les VSIG cépages blancs ont gagné par exemple 5 % en volume et 4 % en valeur. Les mousseux AOC et non AOC ont été dynamiques. Les AOP bourgogne ont affiché un + 8 %.

Un potentiel de conquête mais à convertir

Selon l’étude de l’OIV sur l’évolution de la production mondiale de vin par couleur publiée en 2023, le volume mondial de vin blanc a dépassé celui du vin rouge en 2013. En 2021, le blanc représentait 50 % de la production mondiale avec 130 millions d’hectolitres, 20 millions d’hectolitres de plus que le rouge. À Wine Paris 2025, plusieurs études sur la consommation mondiale ont souligné le potentiel des blancs. Leur atout dans le contexte de déconsommation de vin ? Leur faculté à accompagner l’évolution des moments de consommation, à répondre à une attente de fraîcheur et de légèreté et à se prêter à une diversité de styles (sec, demi-sec, moelleux) incluant les bulles. Ils sont aussi mieux positionnés que les rouges, sur des utilisations alternatives comme les cocktails ou sur la désalcoolisation.

L’attrait potentiel est là mais il est clair qu’il ne repose pas sur un simple transfert du rouge ou du rosé. On a vu comment le prosecco avait réussi à créer des nouveaux consommateurs. L’augmentation des surfaces consacrées aux blancs doit donc s’accompagner d’une stratégie commerciale, en France comme à l’export.

Cap sur le blanc dans les AOP rouges

- Le cahier des charges du médoc blanc a été validé par l’Inao le 6 février 2025.

- Faire un blanc en appellation gigondas est possible depuis le millésime 2023.

- Le beaujolais vise un triplement de sa production de blanc d’ici cinq à dix ans.

- Le cru rhodanien laudun né en 2024, se positionne sur les blancs avec une part de 30 % de la production totale, très au-dessus de la moyenne régionale (12 % en 2023).

 

Fanny Gautier, responsable du service économie & études d’InterLoire

« Le blanc est une couleur qui recrute »

« Les blancs constituent de très loin la couleur de vin la plus résiliente. Ils répondent à une consommation festive, accessible, avec ces codes simples. Cette couleur recrute. Chaque génération consomme plus de vin blanc que la précédente. C’est la couleur préférée des moins de 35 ans. Les femmes de moins de 50 ans l’apprécient de plus en plus à l’apéritif. En valeur absolue, du fait de l’augmentation de la population, le blanc a gagné des consommateurs. C’est la baisse de fréquence de consommation qui impacte les volumes. La tendance c’est moins de sucre mais des vins ronds, plaisir, facile à boire.

Lire aussi : Consommateurs français de vin : InterLoire distingue trois cibles

La consommation d’entrée de gamme disparaît. On le voit pour nos vins, avec le recul du muscadet et du gros-plant. En grande distribution, les vins standards à 3,5-6,99 euros (pour 75 cl) sont le cœur de marché. C’était 36 % en volume et 41 % en valeur en 2022. Mais ils stagnent. Les blancs premium, de 7 à 14,99 euros, eux, ont doublé en dix ans, en volume comme en valeur. Pour les vins de Loire, les vins standards représentent deux bouteilles sur trois mais les vins premium génèrent 40 % du chiffre d’affaires. Les effervescents, surtout le crémant-de-loire, tirent le vignoble. Le volume a progressé en GMS de 13 % en 2024.

Dans l’étude de marché que nous avons réalisée en 2023 sur la consommation des vins blancs en France, nous avons identifié un potentiel de nouveaux consommateurs de 8,9 millions pour les vins blancs de Loire.

Nos blancs progressent à l’export. Pour les vins tranquilles, le cépage y est une clé d’entrée. Le touraine, par exemple, qui s’exporte à 40 %, le met en avant. On y travaille avec le chenin. Les IGP val de loire sauvignon et chardonnay se valorisent bien. La mention du vignoble et le cépage offrent une clé d’entrée simple. « »

Jérémy Arnaud, fondateur de Terroir Manager

« La bulle, c’est stratégique pour le blanc »

« Blanchir l’offre générique ne sert à rien. Il n’y a pas de boom du blanc démontré par les chiffres en France aujourd’hui. Il faut avoir une stratégie pour faire « boomer » le marché.

Il y aura toujours des grands blancs de terroir à plus de 15 euros. Pour des appellations à dominante rouge comme châteauneuf-du-pape, la mise en avant du blanc contribuera à une nouvelle image tout en étant historiquement légitime. Pour ces blancs de terroir, il y a un enjeu de valorisation plutôt que de volumisation.

Mais ce n’est pas l’unique positionnement. Il y a un enjeu en volume, avec une demande de vins légers et frais à laquelle il faut répondre. La légèreté, la fraîcheur, ce n’est pas dégradant en prix. Les trois quarts du marché, cela va être du vin de soif valorisé entre 7 et 15 euros. Le vin de France va sans doute récupérer une partie de ce créneau.

Mais la bulle va continuer d’être stratégique pour le blanc. Pour le chenin, par exemple, la réalité c’est que 60 % du volume est en effervescent. En Bourgogne, en Alsace, les crémants enrichissent le vignoble depuis plusieurs années.

Le bulle s’impose comme un complément de gamme, elle est un déclencheur d’achat. En France, la bulle d’avenir sera alternative, locale, créative et identitaire. Les bulles de soif issues du terroir, comme celles de Gaillac, peuvent se développer sur le créneau 10-15 euros. Le pétillant naturel est une catégorie qui monte. Au Québec, par exemple, il y a un vrai boom. La consommation est désaisonnalisée, entre dans le quotidien.

Sur le créneau 7-10 euros, la gazéification est une voie. Cette technique n’a jamais été aussi performante. Le blanc peut inspirer aussi des boissons en canette où le chardonnay, par exemple, devient un ingrédient à côté d’infusions de plantes et de citron de Menton. Des personnes qui ne boivent jamais de vin pourront les apprécier. »

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