Nord
Avec le « zéro phyto », les GMS vendent du rêve !
L’argument marketing « zéro pesticide » trouble les consommateurs et rend furieux les producteurs de fruits et légumes. Ils en ont fait part aux représentantes de Carrefour.
L’argument marketing « zéro pesticide » trouble les consommateurs et rend furieux les producteurs de fruits et légumes. Ils en ont fait part aux représentantes de Carrefour.
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Les deux représentantes de l’enseigne Carrefour, invitées à participer au débat organisé par le pôle Légumes Région Nord sur le thème « zéro phyto, tendance ou dérive ! » étaient plutôt mal à l’aise face aux producteurs venus comprendre la démarche du grand distributeur. « Nous avons volontairement choisi cet intitulé un peu provocateur pour évoquer le thème de la protection chimique en production légumière », a expliqué d’entrée de jeu Christian Durlin, président du pôle Légumes Région Nord, en ouvrant son assemblée le 18 mai dernier.
Un auditoire pas convaincu dans le face à face
La protection des cultures (produits phytosanitaires et produits de biocontrôle) est un sujet qui occupe 60 % du temps de travail des 11 salariés de cette structure qui mènent des expérimentations et viennent en appui technique auprès des 360 adhérents. « Notre priorité est de trouver des solutions techniques à proposer aux producteurs tout en prévoyant le moyen terme », a expliqué Dominique Werbrouck, directeur du pôle. Le pôle Légumes se dit être « en prospective permanente », mais ses responsables ne comprennent pas forcément les messages envoyés aux consommateurs par les GMS, et notamment Carrefour. « La filière qualité Carrefour est le véritable laboratoire de l’agroécologie », ont affirmé d’entrée de jeu Sophie Lefevre, directrice adjointe du Carrefour Douai, et Christelle Genetelli, sa responsable fruits et légumes. Elles affirment d’ailleurs que l’objectif de l’enseigne est bien « de faire disparaître à terme les pesticides des fruits et légumes » !
On vend du rêve aux consommateurs
Mais les cahiers des charges FQC proposés aux producteurs mélangent allégrement la culture de pleine terre, l’absence de traitement pesticides de la floraison à la récolte (pour les fraises Gariguette), les tomates cultivées sans herbicides ou les kiwis cultivés sans insecticides. Et les deux représentantes d’évoquer « les tests menés avec des producteurs pour supprimer les pesticides chimiques pour la pomme de terre, la pêche, ou la nectarine ». Mais « le zéro pesticide » ne créerait-il pas l’amalgame avec les limites maximales de résidus ? Michel Huchette, producteur d’endives bio, a aussitôt rappelé que « si le consommateur ne veut pas de pesticides, il lui suffit tout simplement d’acheter des fruits et légumes bio qui, eux, respectent une véritable réglementation ». Point besoin de grands discours, ni d’arguments commerciaux fallacieux pour convaincre un consommateur désorienté par les discours des enseignes qui s’apparentent plus à des arguments marketing qu’à des démarches scientifiques. Et quand un producteur a abordé la question de la contrepartie financière qu’il est en droit d’attendre, les représentantes de l’enseigne sont apparues fortement démunies ! « On nous demande de prendre des risques mais on n’a aucune contrepartie financière », a lancé un producteur s’interrogeant dans la foulée sur la place des produits de biocontrôle : « Sont-ils des produits de santé végétale assimilés aux pesticides » ? Utiliser le "zéro pesticide" en associant cette notion à un produit de qualité et gustativement irréprochable n’est que « de la simple communication qui vend du rêve », pour Christian Durlin. Et si aucun producteur ne signait ce type de contrat ?