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Bâtiment : « J’ai construit ma contention à l’intérieur du bâtiment pour plus de sérénité »

Au Gaec des Reclous, dans la Creuse, les éleveurs ont construit leur contention en demi-camembert dans le bâtiment d’élevage et prouvent qu’il est possible d’avoir un outil à l’intérieur adapté, pour davantage de sécurité et d’ergonomie, à moindre coût.

La sécurité et le confort ont un prix, mais il n’est pas toujours aussi élevé qu’on peut le penser. La preuve au Gaec des Reclous, à Colondannes dans la Creuse, qui a prolongé son bâtiment pour y installer une contention en demi-camembert à l’abri des intempéries, le tout auto-construit. « Au total, le projet s’est chiffré autour de 10 000 euros », estime Arnaud Jannot, associé sur le Gaec avec son frère et ses parents. L’agrandissement du bâtiment et la mise en place de la nouvelle contention les ont mobilisés durant l’hiver 2022, à hauteur de trois à quatre heures de travail par jour. « Faire réaliser le chantier par une entreprise aurait coûté au moins quatre fois plus cher », complète Renaud Selles, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de la Creuse.

Pour ces naisseurs-engraisseurs à la tête d’un troupeau de 180 vaches limousines inscrites au herd-book, améliorer leur matériel de contention était une nécessité pour s’inscrire au contrôle de performances. « Pour réaliser sereinement les pesées régulières, il nous fallait un équipement adapté, ergonomique et sécuritaire », insiste Arnaud Jannot.

Le pari est réussi. « Les bêtes sont beaucoup plus calmes depuis que nous avons changé d’outil. Les manipulations s’en retrouvent facilitées, nous avons gagné en sécurité, en confort en temps de travail », se réjouit l’éleveur.

Faciliter la circulation des bovins

Placer la contention à l’intérieur du bâtiment facilite la circulation des bovins, car il n’y a plus de problème d’éblouissement. Au niveau du camembert, le mur sud est plein. Le couloir est ensuite orienté vers le nord-est. « Ainsi les animaux n’ont jamais le soleil dans les yeux, souligne Renaud Selles. La position des translucides du toit s’anticipe également. »

Une fois dans le camembert, les parois en sapin sont pleines, et celles du couloir ont seulement un jour en hauteur. « Cela incite les bovins à lever la tête. Ainsi, ils avancent mieux », ajoute le conseiller. L’accès au couloir se fait par une porte à 45 °. « Le bovin ne voit la cage qu’une fois engagé. À ce moment-là, la largeur du couloir l’empêche de faire demi-tour », indique Arnaud Jannot. L’éleveur peut en amont régler la largeur du couloir, entre 45 et 80 cm, pour s’adapter au gabarit des animaux, du veau à la vache en passant par le taurillon, grâce à un levier installé à côté du marchepied. Si une bête venait à se coucher, il peut intervenir pour ouvrir la paroi droite du couloir et lui permettre de se dégager et de retrouver la zone d’attente.

« Les veaux sont pesés tous les quatre mois, les taurillons tous les mois, donc ils n’associent pas la contention uniquement aux manipulations traumatisantes », observe Arnaud Jannot.

Le calme perdure jusqu’au quai de chargement, dont l’accès se fait par une porte ouverte dans le camembert.

Travailler en autonomie

Tout aussi important que celui des bêtes, le confort des éleveurs n’est pas en reste. « Dans quelques années, nos parents partiront à la retraite. Nous avons donc conçu un outil qui peut être utilisé par une personne seule, en toute sécurité », insiste Arnaud Jannot.

Ils ont donc misé sur un outil de taille modeste : le demi-camembert d’un rayon de 4,5 mètres accueille six à huit grosses vaches, et le couloir, trois ou quatre vaches. « Au global, il est plus rapide de passer davantage de petits lots dans le calme, que quelques gros lots dans l’agitation », estime Arnaud Jannot.

Des jeux de barrières transforment les couloirs du bâtiment en parcs d’attente et de sortie, orientant ainsi les flux d’animaux selon qu’ils viennent du bâtiment qui abrite la contention, du bâtiment d’élevage attenant, mais aussi des prairies ou du bâtiment d’engraissement situé à une centaine de mètres. Depuis ce dernier, un grillage à mouton en métal forme un couloir de 5 mètres de large jusqu’au parc d’attente.

« Le grillage à moutons suffit largement pour contenir les taurillons. Le trajet est en montée, ce qui encourage les taurillons à avancer. Une personne seule déplace ainsi facilement un lot de seize animaux », souligne Arnaud Jannot.

Sécuriser par des gestes simples

Travailler en autonomie signifie aussi être en mesure d’assurer seul sa sécurité. La contention du Gaec des Reclous regorge d’astuces pour ouvrir et fermer rapidement les portes d’un geste simple, et ainsi se mettre à l’abri d’animaux agités qui pourraient générer des accidents. À de multiples endroits, des tendeurs de vélo referment les passages d’hommes jusqu’à l’enclenchement du loquet. « Nous voulions éviter ces moments où il faut viser un petit trou avec une tige métallique pour fermer une porte, car avec un taurillon qui s’agite et le stress de la situation, cela peut vite devenir dangereux », explique Arnaud Jannot. Ce sont également des tendeurs qui enclenchent le système anti-retour de la porte poussante du demi-camembert. « Nous avons vu des systèmes anti-retour mécaniques, mais le système de ressort est plus sécurisant, car il se cale tout seul, immédiatement », affirme l’éleveur.

« Un super outil peu coûteux et créatif »

Renaud Selles, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de la Creuse

<em class="placeholder">Renaud Selles, conseiller bâtiment à la chambre d’Agriculture de la Creuse</em>
© L. Pouchard

« Avant de se lancer dans la conception de leur outil de contention, les éleveurs du Gaec des Reclous ont suivi une formation de quatre jours proposée par la chambre d’agriculture et la MSA. La première journée est consacrée au comportement des bovins, dont la compréhension est cruciale pour concevoir un outil de contention efficace. La seconde journée se passe au Sommet de l’élevage permettant de voir un nombre important d’équipements et les nouveautés. Ensuite trois à quatre visites d’exploitations dotées de parcs de contention permettent d’échanger autour de différents outils dans leur contexte d’élevage. La formation se clôt sur une journée de pratique des techniques de manipulations : attraper une vache à la corde, faire différents licols et attaches… La MSA apporte également des informations quant aux financements existants. Aujourd’hui, les éleveurs en formation visitent le Gaec des Reclous lors des visites d’exploitation. Leur outil prouve qu’il est possible d’avoir un super outil créatif et sans se ruiner. »

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