Témoin, un grand projet de prospective à l’échelle du Massif central
Le réseau Installer en Massif central porte le projet Témoin (accueillir et transmettre en milieu rural, ouvrir à des initiatives novatrices). Alors que le travail d’audit des acteurs de terrain se poursuit, des pistes d’action émergent.

Lancé fin 2016, et porté par Installer en Massif central (réseau des syndicats JA des vingt-deux départements du grand Massif central), le projet Témoin (accueillir et transmettre en milieu rural, ouvrir à des initiatives novatrices) est né d’un constat : aujourd’hui pour un jeune qui s’installe en agriculture, ce sont trois exploitants qui partent à la retraite. Un ratio insuffisant pour « assurer le renouvellement des générations et maintenir la vie sur nos territoires ruraux », estime Benoît Julhes, éleveur dans le Cantal, secrétaire général d’Installer en Massif central, et fer de lance du projet. Quels sont les freins à la transmission ? Quelle est la nature des initiatives qui germent ici et là pour accompagner les porteurs de projets ? Comment construire des démarches concertées… Par une approche à la fois économique, sociologique, géographique, politique… le projet ambitionne d’apporter des éléments de réponse à l’enjeu de la transmission « de manière décloisonnée pour faire émerger des solutions innovantes mais aussi des pistes qui seront de l’ordre de la facilitation et de l’évolution réglementaire », souligne Benoît Julhes. Le réseau s’est donné trois ans pour aboutir à des propositions concrètes, concertées et adaptées aux territoires matérialisées par une charte Massif central et un guide de recommandations concrètes.
Des audits aux quatre coins du territoire
Aujourd’hui, Témoin ce sont des dizaines d’acteurs impliqués à l’échelle du grand Massif central, un partenariat professionnel (Installer en Massif central), universitaire (Institut d’Auvergne du développement des territoires) et stratégique (Sol et Civilisation). Plusieurs audits ont d’ores et déjà été menés sur plusieurs territoires : Parc naturel régional du Morvan, Pays Roannais, Parc naturel régional de l’Aubrac, Communauté de communes de Saint-Affrique, Parc naturel régional du Livradois-Forez, Communauté de communes de Limagne et de la Montagne d’Ardèche, Tulle Agglo et Vallée de la Dordogne. À chaque fois, grâce à l’aide précieuse d’étudiants stagiaires, pouvoirs publics, agriculteurs, élus, jeunes, responsables professionnels… sont interrogés. Les dispositifs en faveur de l’installation et de la transmission sont répertoriés. « C’est souvent à l’occasion de ce recensement, que l’on a mesuré la méconnaissance mutuelle des dispositifs entre structures œuvrant pourtant sur un même territoire », souligne Chrystelle Coudert, agricultrice en Corrèze et trésorière d’Installer en Massif central. « Sur Tulle agglo et la Vallée de la Dordogne, deux territoires aux dynamiques différentes, il ressort globalement que les envies des porteurs de projets et les offres de projet ne coïncident pas toujours ».
Des voisins plutôt que des hectares
Difficile, en effet, d’escompter convertir une exploitation d’élevage en production végétale dans bon nombre du secteur du Massif central. Dire que l’élevage n’est pas le terrain de prédilection des candidats à l’installation est une réalité, mais pas une fatalité. « Ce qui se joue dans la transmission est beaucoup plus complexe que cela », souligne Didier Christin, ingénieur-chercheur de Sol et Civilisation. Et de rappeler que la diminution du nombre d’agriculteurs sur les territoires, a été voulue à un moment donné, à la faveur de la mécanisation, des perspectives du monde urbain… « Aujourd’hui, la réappropriation des territoires ruraux est indispensable. La vitalité d’un territoire comme le Massif central repose sur la mise en valeur des ressources naturelles et donc sur l’agriculture ».
Preuve que le monde rural poursuit sa mue, « la logique à l’œuvre monodimensionnelle en faveur de la restructuration, de l’agrandissement, de la course à la productivité est entrain de freiner », poursuit Didier Christin. « Nos voisins, demain, seront tous aussi précieux que nos hectares. D’où l’intérêt de réunir toutes les conditions pour multiplier les transmissions », assure Benoît Julhes.