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Christelle Louvrier : les toitures au féminin

Christelle Louvrier est depuis cinq ans aux côtés de son frère pour réaliser ou restaurer les toitures. Un métier à la hauteur de son besoin de liberté. Les toitures au féminin.

Une femme avec un marteau avec un homme sur sa gauche
Christelle Louvrier, ici avec son frère Franck. Elle aime son métier pour la liberté qu’il représente et les savoir-faire qui l’accompagnent.
© b.parret

Le métier de couvreur, n'est pas le plus féminin. Cependant quelques femmes en France choisissent de monter restaurer les toitures

Pouvait-elle échapper à son destin? Il lui aura fallu du temps et de la patience pour enfin accéder à un métier qui sans être le plus sexy, lui plait énormément. Pour Christelle Louvrier voilà bien l’essentiel ! Ses trois filles, qu’elle a déjà montées dans la nacelle pour leur montrer un petit peu de son quotidien, sont très fières d’avoir une maman «courageuse», capable de jouer les équilibristes pour venir au petit soin des toitures des demeures de la région sanfloraine. Christelle Louvrier était à bonne école avec un père et un frère eux-mêmes couvreur. Le premier a trouvé la mort dans un accident du travail il y a une vingtaine d’années. Un jour, il avait  invité sa fille, qui n’avait que 16 ans, à le suivre en haut du clocher de l’église de Massiac à 42 mètres au-dessus du sol. L’adolescente, ce jour-là n’éprouva ni vertige ni appréhension mais, un sentiment de liberté. Un sentiment qu’elle avait depuis gardé au plus profond d’elle-même. 


Être capable


Cependant, aux yeux de beaucoup et notamment de son mari, ce métier n’est pas un métier pour les femmes. Elle a donc patienté de longues années, faisant carrière dans la restauration et propriétaire d’un bar. Il y a cinq ans, son frère Franck, blessé aux vertèbres après une chute, lui a proposé de le rejoindre. Mais il n’y a pas le temps pour la formation et l’exigence est d’être autonome. Christelle s’engage doucement avec des contrats de trois mois. «Je voulais voir si je tiendrai le coup physiquement. Pas évident à 45 ans de porter des kilos d’ardoise ou de lauze, de grimper les échelles à longueur de journée, d’être en permanence en vigilance pour ne pas perdre les cadences et ne pas jouer avec la sécurité. Il y a là-haut les matériaux rendus brûlant par le soleil. Il y a le froid, la pluie, le vent. Rien de bien réjouissant mais, Christelle ne laisserait nullement sa place dans l’équipe. «Ici on prend de la hauteur et, la liberté et l’indépendance sont de vrais moteurs», partage-t-elle. 


Un métier, mal valorisé


Toujours à trois pour remonter une toiture, Christelle évolue à droite. Pour la clé, c’est à dire la dernière tuile quand les deux équipiers se rejoignent, c’est bien souvent elle qui trouve la tuile nécessaire à l’ultime pose. Pour cela, elle a reçu le surnom d’Œil Bouillon Gras pour sa perspicacité à trouver le bon élément avant les autres. Tout en gardant la cadence, il faut très vite juger la largeur, l’épaisseur pour que chaque élément trouve sa place. Sur les chantiers sa souplesse, sa légèreté constituent des atouts? Elle compense ainsi son manque de force comme pour lever les plus hautes échelles. Rien ne lui est épargné et elle ne se sent pas autrement qu’à l’égal des autres.  
Quel que soit la hauteur, il faut remettre en état les toitures de lauze, d’ardoise, de tuiles mécaniques... «J’aime le travail à l’ancienne lorsqu’il faut restaurer un four à pain par exemple, explique Christelle Louvrier. C’est plus compliqué et donc plus valorisant. Le travail du zinc permet une approche plus moderne et très intéressante également. C’est un beau métier qui malheureusement se perd parce qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Il est difficile de finir une carrière en ayant  le dos cassé, mal partout. Pourtant, ce n’est pas donné à tout le monde de monter sur les toits et il est important d’avoir une bonne toiture pour préserver son habitation. C’est aussi la touche finale à l’esthétique d’un bâtiment. Pour les jeunes, il y a de l’argent à se faire à la condition d’aimer ce métier». 

Dans des métiers «d’hommes

En France 24 % des Très Petites Entreprises et des PME du bâtiment sont dirigées par des femmes. Pour ces mêmes entreprises, les femmes représentent 14% des effectifs salariés principalement dans les tâches administratives. La féminisation concerne seulement 5% des apprentis dans les métiers du bâtiment. C’est un processus lent mais la marche en avant s’accélère sous l’effet de la mécanisation réduisant de fait les tâches les plus physiques et le besoin de main d’œuvre permanent dans toutes les branches de ce secteur économique. Celles qui se sont engagées et que l’on croise sur les chantiers se sont imposées avec la maitrise des savoir-faire et bien souvent un diplôme en poche.       
Au BTP-CFA de Massiac, pour cette nouvelle promotion, les jeunes femmes sont deux fois plus nombreuses que d’habitude. Cependant, elles sont douze sur un effectif de 179 apprentis. «Alors que nous avions principalement des trentenaires en reconversion, nous accueillons de plus en plus de jeunes filles avec notamment une section exclusivement féminine en CAP carrelage» se félicite Stéphanie Sauvagnac, la directrice de l’établissement. Nous avons même une inscrite en formation (CAP et Bac Pro) couvreur. Le regard a changé et les femmes ont pour atouts : la discipline, la patience, l’application et la qualité du geste.» 

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