« Il n'y a qu'un système qui protège efficacement la vigne : les filets antigrêle », Jean-François Berthoumieu, climatologue
Climatologue à l’ACMG (Association climatologique de la Moyenne Garonne), Jean-François Berthoumieu dresse un état des lieux des solutions de lutte contre la grêle.
Climatologue à l’ACMG (Association climatologique de la Moyenne Garonne), Jean-François Berthoumieu dresse un état des lieux des solutions de lutte contre la grêle.

Réussir Vigne – Vous avez réalisé des études sur la climatologie et la formation des orages ainsi que de la grêle. Qu’avez-vous conclu sur l’utilisation de l’iodure d’argent ?
Jean-François Berthoumieu – Mes recherches sur l’iodure d’argent remontent notamment à la fin de mes études (fin des années soixante-dix – début des années quatre-vingt). À l’époque, tout le monde était persuadé de l’efficacité de cette technique. Néanmoins, les quatre campagnes d’observations, s’appuyant sur plusieurs centaines de grêlimètres et un radar météorologique, m’ont permis de sérieusement douter de cette théorie simpliste des années cinquante et de comprendre que cela ne pouvait pas fonctionner. Pourtant, l’ensemencement était réalisé en avion, dans les zones de convection, donc directement au cœur de la formation des orages et de la grêle (qui n’arrive que dans 8 % des cellules orageuses). J’ai du mal à croire qu’on arrive à un meilleur résultat en ensemençant depuis le sol.
RV – En est-il de même pour l’ensemencement par le biais de sels hygroscopiques ?
J. -F. B. – Non, car le mode d’action est différent. L’objectif avec les particules d’iodure d’argent est de servir d’accroche solide pour la formation de grêle à partir de l’eau à l’état de surfusion (état liquide en dessous de 0 °C), avant que cette eau ne monte par convection à des altitudes bien plus élevées et ne produise à terme des grêlons de beaucoup plus grosses dimensions. L’ensemencement avec des sels hygroscopiques (chlorure de calcium) va quant à lui générer des gouttes d’eau. Il intervient à des altitudes plus basses.
Les études que nous avons menées sur les sels hygroscopiques nous ont permis de montrer une tendance dans les effets positifs de cette technique. Cependant, la quantité de mesures est insuffisante pour donner une significativité scientifique à cette tendance. Néanmoins, il suffit d’ensemencer avec des sels hygroscopiques au sol par temps de brouillard pour constater instantanément l’effet de cette technique : la brume se dissipe. Il reste à prouver que ce constat au sol est le même en altitude.
RV – Que pensez-vous des canons à grêle ?
J. -F. B. – Dans les années 86-87, nous avons placé des grêlimètres autour de sept à huit canons. Nous n’avons pas constaté de différences significatives en termes d’impacts à proximité ou à distance des canons. Par deux fois, nous avons vu les canons remplis de grêle. Souvent, les agriculteurs investissent dans cette solution à la suite de plusieurs épisodes de grêle consécutifs, qui se terminent par l’assurance qui menace de ne plus prendre en charge d’autres dégâts.
À la suite de l’installation, les agriculteurs constatent souvent qu’il n’y a plus de dégâts de grêle. Je suis convaincu que c’est simplement dû à la faible probabilité qu’un nouvel épisode de grêle désastreux ait lieu après plusieurs événements majeurs.
Physiquement, il n’y a aucune raison qu’une onde sonore d’aussi faible énergie puisse avoir un quelconque effet ! Pour moi, il n’y a réellement qu’un système qui protège très efficacement les cultures des dégâts de grêle, ce sont les filets antigrêle.
RV – Avec le réchauffement climatique, constatez-vous une évolution de la fréquence et de l’intensité des épisodes orageux avec grêle ?
J. -F. B. – Ce n’est pas tant sur l’intensité et la fréquence des grêles que le changement climatique a un effet. Globalement, on a toujours moins de 8 % des épisodes orageux qui conduisent à de la grêle. Ce que je constate de manière évidente en revanche, c’est que les épisodes orageux que l’on rencontrait il y a vingt ans, trente ans, quarante ans sur un secteur, se retrouvent aujourd’hui 200 km plus vers le nord. La hausse des températures s’est accompagnée d’un déplacement vers le nord des conditions optimales à la formation de cellules orageuses et de grêle.