Quel rôle joue l’agriculture mondiale dans la dégradation des terres ?
Un rapport scientifique sur la lutte contre la désertification et la dégradation des terres est publié alors que vient d’être lancée la COP16 à Riyad, en Arabie Saoudite, où elle va se tenir jusqu’au 13 décembre et à laquelle vont participer quelque deux cents Etats.
Un rapport scientifique sur la lutte contre la désertification et la dégradation des terres est publié alors que vient d’être lancée la COP16 à Riyad, en Arabie Saoudite, où elle va se tenir jusqu’au 13 décembre et à laquelle vont participer quelque deux cents Etats.

Publié à l'occasion de la COP16, un rapport intitulé "Stepping back from the precipice: Transforming land management to stay within planetary boundaries" produit sous la direction du professeur Johan Rockström de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique (PIK), en collaboration avec la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) affirme que la superficie mondiale touchée par la dégradation des terres est d’environ 15 millions de km², soit plus que la superficie de l’Antarctique ou presque celle de la Russie. Fait alarmant, elle augmente chaque année d’environ 1 million de km².
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Neuf seuils critiques essentiels à la stabilité de la planète
Le rapport situe les problèmes et les solutions potentiels liés à l’utilisation des terres dans le cadre scientifique des limites planétaires. Ces limites définissent neuf seuils critiques essentiels à la stabilité de la planète. L’utilisation ou la mauvaise gestion des terres par l’humanité affecte directement sept de ces limites, notamment le changement climatique, la perte d’espèces, la viabilité des écosystèmes, les systèmes d’eau douce et la circulation des éléments naturels tels que l’azote et le phosphore.
Today #COP16Riyadh - the largest @UN land conference to date - opened with delegates from all over the world. From visionary policies to grassroots solutions, this is where global action on land restoration, resilience, & sustainability takes center stage. https://t.co/q066jSj0hU pic.twitter.com/dKwhOOjMXC
— UN SDG Action Campaign (@SDGaction) December 2, 2024
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Réduction du taux de couverture forestière
Ce qui est inquiétant, c’est que six de ces limites ont déjà été dépassées et deux autres approchent de leurs seuils critiques : l’acidification des océans et la concentration d’aérosols dans l’atmosphère. Seule la limite relative à l’ozone stratosphérique reste dans un espace « sûr », grâce au traité de 1989 visant à réduire les produits chimiques appauvrissant la couche d’ozone, note le rapport.
La déforestation et le changement climatique ont réduit de 20 % la capacité des arbres et des sols à absorber l’excès de CO₂
Côté forêts, « un taux de couverture forestière supérieur à 75 % maintient un espace sûr, mais celui-ci a déjà été réduit à 60 % de sa superficie d’origine » note le rapport. Selon lui, jusqu’à récemment, les écosystèmes terrestres absorbaient près d’un tiers des émissions de CO₂ causées par l’homme, même si ces émissions augmentaient de moitié, mais au cours de la dernière décennie, la déforestation et le changement climatique ont réduit de 20 % la capacité des arbres et des sols à absorber l’excès de CO₂.
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Le rapport pointe du doigt l’agriculture conventionnelle
Le rapport estime que « l’agriculture conventionnelle est le principal responsable de la dégradation des terres, contribuant à la déforestation, à l’érosion des sols et à la pollution et que les pratiques d’irrigation non durables épuisent les ressources en eau douce, tandis que l’utilisation excessive d’engrais à base d’azote et de phosphore déstabilise les écosystèmes ». Il souligne que la production agricole intensive et la forte demande en irrigation touchent notamment les régions arides comme l’Asie du Sud, le nord de la Chine, les Grandes Plaines des États-Unis, la Californie et la Méditerranée.
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Les subventions agricoles dans le viseur
De 2013 à 2018, plus de 500 milliards de dollars ont été dépensés en subventions agricoles dans 88 pays, selon un rapport de la FAO, du PNUD et du PNUE publié en 2021. « Près de 90 % de ces subventions ont soutenu des pratiques inefficaces et injustes qui ont nui à l’environnement » souligne le rapport qui affirme par ailleurs que l’agriculture contribue pour 80 % à la déforestation mondiale et pour 70 % à l'utilisation des ressources en eau douce.
Autres faits marquants : 20 % des surfaces couvertes par les savanes sont menacées par l'expansion des terres agricoles et des projets de boisement mal conçus et 90 % de la déforestation récente est directement causée par l'agriculture, dominée par l'expansion des cultures en Afrique et en Asie et le pâturage en Amérique du Sud.
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Des droits fonciers précaires pour un milliard de personnes
Alors qu’un quart de la biodiversité mondiale se trouve dans les sols, 10 % des terres arables mondiales étaient cultivées avec des cultures génétiquement modifiées en 2018, principalement du soja (78 %), du coton (76 %) et du maïs (30 %). Le rapport affirme également que 23 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l'agriculture, de la foresterie et de l'utilisation des terres.
Le rapport chiffre à un milliard le nombre de personnes ayant des droits fonciers précaires, craignant de perdre leurs logements ou leurs terres : 28 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 26 % en Afrique subsaharienne. Il estime qu’une personne sur cinq dans le monde a payé des pots-de-vin pour des services fonciers en 2019, et même une sur deux en Afrique subsaharienne.
Différentes solutions pour « stopper et inverser la dégradation des terres et des sols »
Sans surprise, le rapport préconise d’avoir recours à l’agroécologie, à l’agriculture régénératrice, de mieux gérer les ressources en eau, d’utiliser les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle ou les drones qui permettent de développer une agriculture de précision. Selon lui, sont également nécessaires un meilleur stockage du carbone, une gouvernance foncière équitable , la protection et la restauration des forêts, des prairies, des savanes et des tourbières afin de « stopper et inverser la dégradation des terres et des sols ».
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