Bien-être animal : les éleveurs plébiscitent la sociabilisation des porcelets en maternité
Une enquête réalisée par les chambres d’agriculture de Bretagne analyse les pratiques d’éleveurs qui sociabilisent leurs porcelets en maternité. Les avantages mis en avant sont nettement plus importants que les inconvénients.
Une enquête réalisée par les chambres d’agriculture de Bretagne analyse les pratiques d’éleveurs qui sociabilisent leurs porcelets en maternité. Les avantages mis en avant sont nettement plus importants que les inconvénients.

Une enquête réalisée par les chambres d’agriculture de Bretagne dans 17 élevages naisseurs engraisseur et une maternité collective dresse un état des lieux plutôt positif de l’usage de la sociabilisation des porcelets en maternité.
Elle identifie les objectifs de sa mise en place, la manière dont elle est pratiquée, ainsi que ses avantages, qui prennent nettement le pas sur les inconvénients. En général dans l’échantillon enquêté, les éleveurs souhaitent augmenter la surface disponible aux porcelets. Ils pratiquent la sociabilisation depuis trois ans en moyenne. La technique la plus répandue est de retirer les cloisons donnant accès aux couloirs. Certains enlèvent plutôt les cloisons entre les truies pour éviter d’encombrer les couloirs. Dans l’enquête, les porcelets sont sociabilisés entre un et vingts jours d’âge. Cependant, une majorité d’éleveurs le fait entre quatre et dix jours. Les éleveurs enquêtés soulignent que cette pratique doit être réalisée avec des portées dont l’état sanitaire est jugé satisfaisant (absence de diarrhée notamment). Les porcelets doivent être en bon état corporel. Les portées de porcelets chétifs sont exclues. Enfin, les truies doivent avoir suffisamment de réserves et présenter un comportement maternel envers leurs porcelets.
Les animaux réagissent de façon positive
Une fois les portées mélangées, la grande majorité des porcelets commence immédiatement à explorer les autres enclos, parfois dès l’heure qui suit, et au plus tard dans la même journée. Les éleveurs constatent des petites bagarres mais qui n’ont rien à voir avec celles observées en post-sevrage. Elles entraînent des griffures de faible importance. Les porcelets se couchent la plupart du temps par petits groupes près de truies. Certains forment de grands groupes. Leur appétit ne semble pas changer. La consommation de bouillie et d’aliment premier âge tend même à augmenter sous la mère. Les truies, elles, restent calmes lors du mélange des portées. Elles ne refusent quasiment pas de porcelets issus d’autres portées à la tétée. Au début, certaines manifestent des signes de nervosité ou d’inquiétude, mais ces réactions sont généralement éphémères. Quelques-unes simulent une tentative de morsure pour inciter les porcelets à s’éloigner promptement. D’autres sentent les porcelets qui viennent vers elles sans signes d’agressivité.
Avantage net sur le bien-être des animaux
Le principal avantage de la sociabilisation des porcelets relevés par les éleveurs est avant tout la réduction des bagarres en post-sevrage (cité quinze fois). « Cela n’a rien à voir avec un sevrage de porcelets non sociabilisés », explique l’un des éleveurs enquêtés. « Les porcelets se connaissent, il y a beaucoup moins de griffures et elles sont moins profondes. » Dans le même thème sont citées respectivement neuf et six fois « des porcelets mieux dans leurs têtes et plus sociaux », et la diminution du stress au sevrage. Les éleveurs citent dix fois le gain de temps au sevrage. En effet, les porcelets ont l’habitude d’explorer leur environnement. « Lors du sevrage, il n’y a plus besoin de les pousser, ils sortent tout seuls de la salle », témoigne un autre éleveur. Certains expliquent qu’ils n’ont plus besoin d’être à deux pour sortir les porcelets des maternités. Ils estiment que le temps de l’opération est réduit de moitié. Plus difficile à démontrer mais ressenti par 65 % des éleveurs enquêtés, la santé des porcelets est améliorée.
Des inconvénients concentrés sur la praticité des cases
Les désagréments sont disparates et ne sont pas souvent cités par les éleveurs enquêtés. Certains mettent en avant quelques points de désagréments. « Il est plus difficile de se déplacer dans les maternités. Il faut parfois enjamber les cloisons », cite l’un d’entre eux. « Il est plus dur d’attraper les porcelets », souligne un autre. « Mes cases ne sont pas conçues pour mélanger les porcelets, ajoute un troisième. Il faut pouvoir stocker les cloisons que l’on retire. » Enfin, certains soulignent que les maternités sont plus sales au sevrage. D’autres remarques sont évoquées : nécessité d’habituer les truies, difficulté d’avoir des nounous dans les cases, apparition de chaleurs de lactation, crainte de sursolliciter certaines truies, allègement des porcelets au sevrage, difficulté d’affecter les porcelets morts à leur mère, et décrochages parfois plus précoces. Mais, au final, ce qui revient le plus souvent est l’absence d’inconvénients.
Camille Gérard, camille.gerard@bretagne.chambagri.fr
Repère
Les cinq raisons qui motivent les éleveurs à sociabiliser leurs porcelets en maternité
Mes conseils

Camille Gérard, chambres d’agriculture de Bretagne
La sociabilisation n’est pas généralisable à tous les élevages. Il est nécessaire d’étudier le ratio bénéfices/risques avant de la mettre en place. Dans les élevages où le niveau sanitaire est dégradé, la sociabilisation n’est probablement pas une pratique à développer en première intention.