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Pour les fromages AOP normands, le prix du lait ne monte pas assez

Le prix du lait AOP se fait dépasser par le conventionnel, alors que les coûts augmentent plus qu’en conventionnel.

Le manque d'attractivité actuel du prix du lait AOP au regard des contraintes en élevage et de la rémunération en conventionnel concerne de nombreuses AOP.
Le manque d'attractivité actuel du prix du lait AOP au regard des contraintes en élevage et de la rémunération en conventionnel concerne de nombreuses AOP.
© C. Pruilh

« Pour la première fois, le prix de base du lait d’un éleveur en AOP camembert, pont-l’évêque ou livarot, est inférieur au prix du lait conventionnel », souligne Jean-Philippe Duchange, représentant de l’OP AOP Lactalis Normandie, et vice-président de l’Union des producteurs de lait pour les AOP fromagères normandes. Ainsi, en avril, le prix de base des éleveurs en AOP était de 383 €/1 000 l quand il était déjà à plus de 400 € en conventionnel. En mai, il s’établit à 392 € contre 428 €.

Espoir avec les nouvelles négociations

Depuis cinq ans, le prix de base AOP Lactalis suit une formule de prix composée à 40 % du prix conventionnel (m-1) et à 60 % d’une référence prix AOP, issue d’une négociation avec Lactalis et qui est liée à la valorisation des fromages. Des négociations entre l’OP et Lactalis avaient abouti à des hausses de la référence entre 2020 et janvier 2022, de 340 à 370 €/1 000 l. « Mais depuis, nos coûts de production ont continué d’exploser et le prix conventionnel a beaucoup progressé. » Les négociations entre distributeurs et industriels se sont réouvertes suite à la récente poussée de l’inflation. L’OP espère donc une nouvelle hausse.

Des exigences sanitaires stressantes

Certes, au prix de base s’ajoutent des primes AOP : 50 €/1 000 l pour le respect du cahier des charges, 15 € pour le non-OGM, 15 € pour le pack lait cru. Mais ce sont des montants maximums, valables pour de très bons résultats sanitaires. Les primes réellement perçues peuvent être largement inférieures. « Or la qualité est difficile à maîtriser. Certains éleveurs essayent de tout bien faire (mise en place de filtres, analyse de l’eau…) et n’en récoltent pas suffisamment de fruits », pointe Jean-Philippe Duchange.

Alors, ça grogne chez les producteurs. « Certains s’interrogent sur le fait de rester ou non en AOP, voire d’arrêter l’élevage, surtout en zone de grandes cultures. »

Des coûts en AOP moins dilués

« Les coûts en AOP étaient plus élevés qu’en conventionnel d’environ 100 € à la clôture de mars 2021 d’après les résultats du centre de gestion, pointe Jean-Philippe Duchange. C’est surtout parce que nos coûts sont moins dilués du fait d’une productivité inférieure (230 000 l/UMO en moyenne) par rapport au conventionnel (315 000 l/UMO en Normandie). »

Le travail en lait cru prend également plus de temps (contrôles, nettoyage…) et peut demander une personne de plus à la traite. S’ajoute la charge mentale, avec une vigilance de tous les instants sur le sanitaire.

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