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Un livre dénonce l'accaparement des terres par des géants industriels
Dans son livre « Hold-up sur la terre » publié aux éditions du Seuil et La Pile, la journaliste Lucile Leclair dénonce un phénomène encore secret mais qui risque de bouleverser l’agriculture française : l’accaparement des terres par les géants industriels.
Dans son livre « Hold-up sur la terre » publié aux éditions du Seuil et La Pile, la journaliste Lucile Leclair dénonce un phénomène encore secret mais qui risque de bouleverser l’agriculture française : l’accaparement des terres par les géants industriels.

Alors que les terres agricoles couvrent la moitié de la superficie de la France métropolitaine, un phénomène passe inaperçu depuis une dizaine d’années, celui de l’accaparement des terres, et pas par des puissances étrangères, non, par les grandes entreprises : enseignes de la grande distribution, leaders agroalimentaires et du secteur pharmaceutique ou cosmétique. Le patrimoine agricole est convoité par des grands groupes toujours plus nombreux. Il n’y a pour l’heure aucune donnée chiffrée permettant de quantifier l’ampleur de la chose, mais la journaliste Lucile Leclair, au terme de plusieurs années d’enquête nourries par de nombreux reportages, affirme que des milliers d’hectares seraient passés dans le giron de ces grands groupes.
« Agriculture de firme »
Ce phénomène que la journaliste appelle « agriculture de firme » remonterait à 2010. Elle constate que l’agriculteur qui était déjà « devenu dépendant de la grande distribution » est maintenant confronté au possible rachat de ses terres par une grande entreprise, souvent multinationale. Et sur le plan juridique, si poussé dans ses retranchements car parfois endetté ou proche de la retraite sans repreneur, il accepte le deal, sa ferme devient alors une « simple filiale dans un groupe industriel », selon elle.
Le salon de l'agriculture est l'occasion de parler de l'accaparement des terres agricoles françaises par de grands industriels.
— Reporterre (@Reporterre) March 3, 2022
L'enquête « Hold-up sur la terre » de Lucile Leclair, en librairies, raconte cette dépossession à grande échelle. 📚#SIA2022 pic.twitter.com/Zp0wxBVUNA
Lucile Leclair dénonce par ailleurs le fait que ces nouveaux venus, bénéficient, eux aussi, des aides de la Pac. Des aides très élevées car leurs terres sont souvent immenses. D'où le fait qu'elle qualifie cet accaparement de « hold-up ». Un hold-up qui ne se traduit pas uniquement par une concentration foncière toujours accrue, mais qui entraîne, selon les mots de la journaliste, une agriculture « industrielle » et « chimique » dans le but de toujours produire plus, au détriment de la biodiversité. Les dégâts ne s’arrêtent pas là puisque les agriculteurs deviennent des sous-traitants salariés qui perdent souvent leur autonomie parce que les grandes entreprises achètent ou louent les terres et organisent les récoltes.
La terre doit demeurer « un espace politique »
Lucile Leclair termine son livre en donnant ses solutions. Elle préconise « d’occuper le terrain, avec des fermes paysannes, familiales, indépendantes et inspirantes » et avance les exemples d’achat ce terre en commun. Mais la journaliste reconnaît que ce levier seul ne sera jamais suffisant et estime que les décideurs politiques doivent agir en « annonçant une proposition radicale pour améliorer la condition des agriculteurs, afin qu’ils ne se trouvent pas dans l’impasse sur le plan financier ». Elle prône aussi « une politique foncière à la hauteur des enjeux » tout en déplorant le fait que les Safer n'aient aujourd’hui « ni l’argent ni les moyens juridiques de leur mission ». La journaliste conclut : « Il faudrait leur redonner leurs lettres de noblesse, pour que la terre demeure un « espace politique » comme le définit le sociologue et philosophe Henri Lefebvre, autrement dit un espace façonné par les décisions de tous et non de quelques-uns ».