Vaches allaitantes : des besoins spécifiques en oligoéléments à prendre en compte pendant la période de reproduction
Les besoins en oligoéléments des vaches allaitantes sont accrus au moment de la période de reproduction. Revue sur les rôles du cuivre, zinc, manganèse et sélénium avec Rumexperts, bureau d’études belge en médecine vétérinaire.

« Les besoins en oligoéléments des vaches allaitantes ne sont pas constants. Une complémentation ciblée sur certaines périodes est intéressante », a présenté Léonard Théron, vétérinaire et directeur technique de Rumexperts, bureau d’études en Belgique issu de l’université de Liège, à l’occasion d’un webinaire en décembre 2024.
La mise à la reproduction est l’une de ces périodes clés. Les oligoéléments majeurs qui ont été les plus étudiés chez la vache allaitante sont le cuivre, le zinc, le manganèse et le sélénium.
Le cuivre est lié, en cas de subcarence, à un risque d’œstrus décalé dans le temps, de mortalité embryonnaire précoce et de diminution de la fécondation. Chez les génisses, il est un facteur de retard de la puberté.
Un manque de zinc augmente le risque de dystocie et d’œstrus anormal.
Pour le manganèse, il a été montré un risque accru d’anoestrus et d’avortement, une baisse d’activité ovarienne et une baisse du taux de fécondation. Le manganèse a un rôle particulièrement important sur la synthèse des hormones ovariennes et la transformation des hormones dans la granulosa (la couche protectrice externe de l’ovule en développement).
La viabilité des cellules de la granulosa augmente avec la dose de sélénium. Le sélénium a aussi un effet bénéfique sur la synthèse de l’œstradiol. Des recherches montrent en effet une fonction assez importante des oligoéléments sur la synthèse des hormones.
Les taureaux aussi ont des besoins spécifiques en oligoéléments
« Il ne fait pas oublier le mâle reproducteur. Les oligoéléments ont un effet sur la libido, la croissance des organes reproducteurs et sur la spermatogenèse elle-même des taureaux », explique Léonard Théron. Une carence en cuivre est liée à une baisse de libido et de la spermatogenèse. Le zinc en quantité insuffisante augmente le risque de retard de la puberté, de réduction de la taille testiculaire et de la libido. Cuivre et zinc interviennent aussi dans l’intégrité du spermatozoïde. Un manque de manganèse augmente le risque d’une production de sperme anormal. Dans le liquide séminal qui entoure les spermatozoïdes, le sélénium en concentration seize fois plus importante que dans le plasma sanguin conserve leur motilité. Il a également un effet sur la croissance des organes reproducteurs.
Maîtriser les bases pour assurer l’absoption des nutriments
« Pour ces quatre éléments, la présence de soufre dans les aliments a un effet antagoniste : elle réduit leur absorption, prévient Léonard Théron. Autre effet moins connu : quand les rations sont très riches en fibres, les villosités intestinales affichent une moins bonne absorption des oligoéléments. »
« Il faut garder en tête que la micronutrition ne remplace pas une bonne gestion sur le plan technique de la reproduction. Ce sont des pratiques complémentaires », insiste Léonard Théron. D’autre part, Rumexperts rappelle que le métabolisme minéral des bovins ne fonctionne bien que si les bases de la nutrition sont en place. « D’abord le foie doit être en bon état. Sans quoi l’essentiel des processus dont dépend l’absorption des nutriments et des oligoéléments va être anormal quelle que soit la ration. » Ensuite le métabolisme protéique, puis le métabolisme énergétique doivent bien fonctionner.
Des bilans sanguins pour trancher plus rapidement
Rumexperts conseille de se baser sur les concentrations d’oligoéléments présentes dans le sang des bovins et dosées régulièrement pour définir une stratégie de complémentation en oligoéléments du troupeau allaitant.
Au cours des trente dernières années, les besoins théoriques en oligoéléments n’ont pas été actualisés alors que la physiologie des races allaitantes a fortement évolué vers des formats d’animaux plus importants. « Les besoins spécifiques des vaches allaitantes en oligoéléments sont très souvent sous estimés, d’après notre expérience et celle de l’université de Liège compilant plus de 2000 analyses par an sur différentes races allaitantes. »
De plus, entre les quantités théoriquement absorbées par les animaux et les résultats d’analyses de sang sur le terrain, il y a très fréquemment des différences », explique Léonard Théron.
Des gestations plus précoces avec des oligoéléments injectables
Rumexperts et l’université de Liège ont testé en 2024 l’effet sur la reproduction de vaches allaitantes de race Blanc Bleu Belge d’une supplémentation en oligoéléments injectables par le vétérinaire. « Dans notre étude, les chances de gestation précoce ont été améliorées d’un facteur de 1,8 en moyenne. Ce facteur a varié selon les vaches entre 1,05 et 2,9 », présente Léonard Théron.
Les 350 vaches issues de onze élevages étaient conduites en insémination sur chaleurs naturelles. L’injection sous cutanée d’oligoéléments a été réalisée 28 jours en moyenne (18 à 43 jours) avant les premières inséminations.
Le taux de gestation moyen à l’issue la période de reproduction était de 56 % toutes parités confondues, et le pourcentage de vaches non gestantes était le même que les femelles aient reçu l’injection d’oligoéléments ou non.
Par contre, pour les vaches, à partir du 50e jour de reproduction, environ 20 % de vaches de plus étaient gestantes parmi celles qui avaient reçu la supplémentation en oligoéléments par voie injectable. Dans cet essai, l’injection a eu peu d’effet chez les génisses sur la vitesse d’obtention d’une gestation.
« Dans deux des élevages sur les onze de l’essai, l’effet de l’injection d’oligoéléments était pratiquement nul, alors que l’amélioration du taux de gestation précoce a été constatée dans tous les autres élevages. »