Edito
Négociations commerciales, prix du lait : « À chacun sa responsabilité ?»
L’amont de la filière laitière est aujourd’hui à un tournant décisif, la décapitalisation est en marche même dans les régions très laitières. Nous le savons tous, une ferme laitière ne reprend jamais son activité après l’avoir arrêtée. Si nos transformateurs coopératifs ou privés veulent avoir du lait pour alimenter leurs usines dans les années à venir, ils doivent sérieusement se poser la question de la rémunération de leurs fournisseurs, de leurs sociétaires. Si les distributeurs veulent avoir des produits transformés pour remplir leurs rayons, ils doivent sérieusement se poser la question des prix d’achat. La défense autoproclamée du pouvoir d’achat est non seulement mensongère, mais aussi destructrice. La maximisation des profits est court-termiste, à force de scier la branche…
Pour continuer à y croire, pour espérer un avenir pour la filière, l’amont a besoin maintenant d’un signal fort, d’un signal massif, d’un signal jamais envoyé par l’aval solidaire des prix des intrants non négociables qui explosent dans toutes les fermes. Nous avons besoin d’une augmentation générale de 50 €/1000 L de lait payé. Toutes les laiteries doivent dire maintenant à leurs éleveurs nous avons besoin de vous ! Tous les distributeurs doivent cesser ce jeu délétère qui entraînera la ruine de toute une filière et accepter les hausses. Faute de quoi, comme les constructeurs automobiles aujourd’hui, dans quelques années ils seront à la merci des marchés mondiaux pour s’approvisionner en produits laitiers.
50€/1000L de plus payés aux producteurs, c’est par exemple 0,005 € sur un yaourt et 0,06€ sur une bouteille de lait. C’est le prix de l’avenir, c’est la route barrée aux pénuries qui contrairement à ce qui se passe chez nos amis américains ne seront pas liées à la remise en marche d’une usine vétuste, mais à la faillite d’une filière.
Ensemble, refusons la défaite et pérennisons notre filière laitière en payant le lait à sa valeur !