Le plan d'actions français sur le Ceta ne convainc pas
Le Gouvernement a présenté son plan d'action sur le Ceta. Les éleveurs appellent les parlementaires français à s'opposer à la ratification.

Le 25 octobre le Gouvernement a présenté son plan d'actions encadrant le Ceta (accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada). Il contient trois axes : un sur la mise en oeuvre « concrète » et « exemplaire », un sur des actions complémentaires pour l'enjeu climatique et un dernier sur la prise en compte des enjeux sanitaires et environnementaux dans les accords commerciaux à venir. Le bilan de l'accueil a été négatif. Estimant que le plan est « insuffisant », agriculteurs et associations reviennent à leur demande initiale qui était d'ouvrir à nouveau les négociations avec le Canada et appellent les députés à s'opposer à la ratification du traité.
« Souhaitable, mais pas réalisable »
De fait, les professionnels sont en colère, notamment sur un des volets du plan qui appelle à approfondir la coopération agricole avec les pays tiers afin d'améliorer les pratiques agricoles : « C'est irréalisable. Comment voulez-vous qu'on aille dire à nos collègues canadiens qui travaillent sur des élevages de 30 000 animaux de passer à notre modèle sur 100 animaux ? On va leur dire de changer de modèle ? De quel droit ? », s'interroge Bruno Dufayet, président de la FNB qui conclut : « Ce changement de modèle est souhaitable. Mais c'est irréalisable ».
Par ailleurs, le gouvernement propose de renforcer les contrôles sur les importations. Attac, mouvement altermondialiste, rétorque : « Au moment où l'Union européenne s'engage à l'OMC pour un allégement des contrôles aux frontières, cette mesure ne peut avoir aucune portée pratique. »En outre, la FNSEA s'interroge : « Où est la cohérence gouvernementale entre vouloir élever nos standards de production et vouloir baisser nos standards d'importation ? »Le syndicat affirme que 46 substances interdites en Europe sont autorisées au Canada pour produire ses denrées alimentaires concernées par le traité.
Étiquetage : de grosses réserves
Autre mesure démontée par l'opposition : l'étiquetage. Le gouvernement français propose son élargissement en le dématérialisant, notamment pour aller au-delà de la simple mention OGM et l'ouvrir aux hormones de croissance, aux modèles d'élevage... Si l'objectif est « louable », là encore éleveurs et associations sont peu convaincus. Deux problèmes majeurs se dégagent. « En 2015, le Canada a attaqué les États-Unis qui imposent l'étiquetage de l'origine des viandes bovines et porcines », rapporte Mathilde Dupré, chargée de campagne à l'Institut Veblen (pour des réformes économiques dans le cadre d'une société soutenable). L'OMC a condamné à plusieurs reprises la réglementation américaine la jugeant discriminatoire pour les produits importés. « Qu'est-ce qui nous dit que le Canada ne fera pas la même chose avec l'Union européenne ? », interroge-t-elle.
L'autre problème est la destination de la viande canadienne. Bruno Dufayet affirme que « l'aloyau canadien qui arrivera en France partira en restauration hors foyer. »Or, selon lui, l'étiquetage est possible sur une barquette dans un supermarché, mais semble difficile à mettre en oeuvre dans les restaurants collectifs.