Entreprises cantaliennes, un seul mot d’ordre : “Investissez !”
À l’heure de rallier le pays ruthénois, M. Saigne-Vialleix, directeur de la succursale aurillacoise de la Banque de France(1) pose un regard lucide sur l’économie cantalienne.
Vous avez souvent évoqué une économie cantalienne relativement épargnée par la crise du fait de sa structure intrinsèque. Les indicateurs ont-ils définitivement viré au vert ?
Philippe Saigne-Vialleix : “On n’est plus dans le creux de la crise, on a retrouvé une situation sans doute un peu plus normale sur l’activité des entreprises, mais on ne peut pas dire qu’on est sorti de la crise. Si son faible taux d’exportation et le tissu industriel peu dense - hormis l’agroalimentaire qui pèse lourd - ont effectivement joué un effet amortisseur, aujourd’hui les mêmes raisons font qu’on ne bénéficie pas des marchés actuellement très porteurs, comme l’Asie. De même, la part importante de la population disposant de revenus stables (poids de la fonction publique, des retraités...) a atténué durant la crise les effets négatifs sur la consommation. À l’inverse, quand la reprise se fait sentir, on n’assiste pas à la relance de consommation constatée ailleurs.”
Quand alors pourra-t-on parler d’une véritable sortie de crise ?
P. S.-V. : “Quand l’investissement des entreprises repartira pleinement à la hausse. On relève qu’en 2010 les crédits utilisés par les entreprises et administrations cantaliennes sont en progression de 5 % (contre 4 % au niveau national). Peut-être assiste-t-on là à un phénomène de rattrapage après le coup d’arrêt constaté dans les programmes d’investissement. Ce qui a baissé par contre, ce sont les crédits court terme aux entreprises qui, du fait de leur moindre activité, ont eu moins de stocks et donc moins de besoin en fonds de roulement. Toutes catégories confondues, le volume des crédits a progressé l’an dernier de 8 % (contre 5,6 % en moyenne en France) avec notamment un développement des crédits à l’habitat et à l’équipement. Ce qui peut faire craindre le développement d’une nouvelle bulle spéculative. Sauf si la distribution des crédits se fait de manière uniforme dans l’économie.”
Après huit années dans le Cantal, quelles sont pour vous les fragilités mais aussi les atouts des entreprises locales ?
P. S.-V. : “Malgré les efforts réalisés, l’enclavement est incontestablement un handicap, excepté pour le secteur sanflorain. Au rang des atouts, j’évoquerais l’actionnariat familial des entreprises cantaliennes. Là encore il s’agit d’un formidable amortisseur et d’un gage de maintien des savoir-faire et du salariat. Ces entreprises disposent de bases solides et d’une gestion à plus long terme.”
Fin 2006, vous avez livré une analyse comparée des économies cantaliennes et aveyronnaises, notamment dans le secteur agroalimentaire. Votre diagnostic a-t-il évolué ?
P. S.-V. : “À l’époque, j’avais conclu à une grande fragilité de l’agroalimentaire cantalien, une fragilité immédiate liée au fait que ces entreprises avaient énormément investi, rattrapant ainsi des retards d’investissement anciens tant pour se mettre à niveau du marché que pour répondre aux exigences réglementaires. Cette fragilité financière a depuis été relativement bien gérée malgré, c’est vrai, des restructurations et des pertes d’emplois. Maintenant, les IAA cantaliennes sont dans une situation plus solide, elles sont bien équipées avec de bons marchés en face.”
Êtes-vous confiant pour l’avenir de l’économie cantalienne ?
P. S.-V. : “Oui mais sous réserve d’investissements dynamiques. Ce qu’on constate, c’est que les entreprises cantaliennes qui prennent quelques risques pour innover ou investir sont à chaque fois gagnantes qu’il s’agisse d’investir dans des machines, de nouveaux produits, de s’adapter à un nouveau marché... Ça marche grâce à leur bon savoir-faire et à des bases solides. À l’inverse, les autres continuent à vivre dans une grande stabilité mais sans développement. Si on n’est pas bridé par la peur, on peut faire de très belles choses.”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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